La voiture continua de rouler un long moment, avalant les kilomètres dans un silence pesant. Aucun mot ne franchissait les lèvres des deux passagers. Pour Louis, ce mutisme était une bénédiction : moins il parlait, moins il s'exposait.
Léon, lui, trouvait cette lourdeur étouffante. Malgré sa timidité, une part de lui brûlait de curiosité. Son nouveau tuteur lui semblait à la fois intriguant et inaccessible, comme une énigme qu'il aimerait déchiffrer.
Quand le moteur finit par s'éteindre, le véhicule se figea devant un immense bâtiment à l'architecture sévère. Les murs lisses, d'un blanc glacé, s'élevaient sur plusieurs étages, dépourvus de chaleur, rappelant davantage une prison qu'un lieu d'accueil. Louis sortit sans un mot, son mouvement précis et mécanique, comme s'il répétait un rituel quotidien.
Léon mit quelques secondes à réagir. Puis, serrant la lanière de son sac sur son épaule gauche, il suivit l'exemple et referma doucement la portière derrière lui. Ses yeux fixaient le mastodonte de béton.
« Tu vis ici? » ; demanda-t-il, la voix teintée d'un mélange de curiosité et d'appréhension.
Il aurait préféré ne pas imaginer l'intérieur... mais il savait qu'il allait bientôt le découvrir.
Louis esquissa un bref regard vers lui, presque amusé de son ignorance.
« Non. Je travaille ici. Suis-moi. »
Sa voix neutre et ferme tranchait avec le doute qui rongeait Léon. Sans attendre, l'homme marcha d'un pas décidé jusqu'aux portes massives. La première s'ouvrit d'elle-même, et il sortit son badge pour franchir la deuxième barrière de sécurité. Tout dans ce lieu respirait la discipline et la surveillance.
Léon pressa le pas pour ne pas se laisser distancer. Ses yeux, un peu fuyants, se posaient sur les silhouettes en blouse blanche qu'ils croisaient. Chacun semblait le dévisager comme une bête curieuse, un objet d'étude. Un frisson lui parcourut l'échine.
Une femme apparut à l'angle d'un couloir. Ses longs cheveux noirs étaient tirés en une queue de cheval stricte. Sa blouse immaculée accentuait la blancheur presque maladive du décor. Elle jeta un regard scrutateur au garçon, le détaillant comme si elle jaugeait la valeur d'un spécimen, avant d'offrir un sourire complice à Louis.
« Oh... Un petit nouveau. » ; lança-t-elle avec une pointe d'enthousiasme.
« Nouveau? » ; répéta Léon, interloqué, comme si le mot sonnait faux dans ce contexte.
« Oui, je vais le conduire à sa chambre, répondit sèchement Louis. Je n'ai pas le temps pour la discussion. »
« Toujours aussi charmant, Louis... » ; répondit-elle, moqueuse, avant de disparaître dans le couloir.
Sans prêter attention à la remarque, Louis reprit sa marche à travers le dédale aseptisé. Les néons, trop vifs, blanchissaient encore davantage les murs et faisaient naître une impression de froid clinique. Le bruit régulier de leurs pas résonnait dans ce silence contrôlé.
Après un long moment, ils s'arrêtèrent devant une porte. Louis posa sa main sur un scanner. L'appareil émit un bip sec, et la serrure s'enclencha. La porte s'ouvrit, révélant enfin ce qui attendait Léon derrière.
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Humain de laboratoire
RomanceLéon est ce qu'on appelle un humain de laboratoire. Depuis sa naissance, il n'a connu que les murs froids d'un orphelinat expérimental. Aujourd'hui âgé de dix-sept ans, son destin bascule lorsqu'il est adopté par Louis, un scientifique influent d'un...
