« Oui... »
Louis afficha un petit sourire avant de franchir la dernière porte. L'air extérieur était frais, mais pas glacial. La nuit s'annonçait douce, presque apaisante.
—
Léon le suivait en silence. Lui qui, d'ordinaire, se montrait bavard et curieux, semblait maintenant renfermé.
Sortir lui faisait un bien fou... mais il savait qu'en revenant dans sa chambre, ce serait pire que tout.
« Pourquoi on fait cette sortie, cette nuit ? »
Il restait proche de Louis, la tête basse.
—
Une fois dehors, Louis ralentit le pas. Son allure se fit plus calme, presque paisible.
« Parce que ça fait longtemps, tu ne crois pas ? Moi qui pensais que tu en mourais d'envie... »
—
« J'en mourais d'envie, oui... Mais le problème, c'est de revoir les murs blancs du labo après... »
Léon mit ses mains dans son dos et marcha tranquillement.
Dehors, il se sentait vivant. Il aurait voulu y rester pour toujours.
Dans les livres que Louis lui avait apportés, les gens étaient libres : ils aimaient, ils avaient des animaux, des maisons... une vie à eux. Et lui, il n'avait rien de tout ça.
« Louis... C'est normal que l'orphelinat me manque ? »
—
Au moins, il n'avait pas oublié d'où il venait. Cela rassura Louis : Léon n'était pas complètement brisé, il restait encore une part de lui-même.
« Peut-être... C'est l'endroit où tu as grandi, après tout. »
—
« Je sais... Mais... ce n'est pas contre toi... Je voudrais y retourner, y revivre... »
Il s'arrêta et baissa la tête. Son regard se posa sur un parterre de fleurs rouges qu'il n'avait jamais vues. Intrigué, il se pencha et tendit la main.
Mais il retira aussitôt son doigt, piqué par une épine.
« Aïe... »
La douleur l'avait surpris. Ces fleurs étaient belles, mais cruelles. Il resta planté là, le visage triste, fixant les roses comme si elles détenaient une vérité qui lui échappait.
—
Louis s'agenouilla à son tour. Les fleurs le fascinaient.
Rouges comme le feu et la passion, belles comme une promesse, mais protégées par leurs épines...
« Les roses sont magnifiques... mais fragiles. Elles ont besoin de se défendre. »
—
Léon resta debout, les yeux fixés sur les fleurs, le visage baissé.
« Louis... »
Ses yeux se remplirent de larmes. Il les essuya d'un geste maladroit, mais elles revenaient aussitôt, inarrêtables.
—
Louis, absorbé par la contemplation des roses, ne comprit pas tout de suite. Il releva enfin la tête vers lui, intrigué.
« Qu'est-ce qu'il y a, Léon ? »
—
« Tu... tu te souviens, quand tu m'as emmené dehors... au parc ? »
Léon plongea son regard triste dans celui de Louis. Il l'aimait, et ça se voyait.
—
« Bien sûr... Comment l'oublier ? Il s'y est passé beaucoup de choses. Pourquoi ? »
—
« Tu te souviens du test...? »
Ses doigts nerveux jouaient avec une mèche blanche de ses cheveux. Il n'osait pas quitter Louis des yeux.
—
Louis plissa légèrement les yeux avant de détourner le regard vers les fleurs.
« Évidemment que je m'en souviens. Tu me prends pour un idiot ? Je n'ai pas perdu la mémoire... »
—
Léon inspira profondément, puis tourna légèrement la tête pour cacher son visage rougi par la gêne. Ses bras se croisèrent contre sa poitrine.
Il soupira, ferma les yeux quelques secondes... et lâcha enfin ce qu'il gardait au fond de lui :
« Pendant ton absence... j'ai fini de lire les livres que tu m'avais apportés. Et je... »
Un silence, puis, plus bas :
« Je ressens de l'amour pour toi. »
VOUS LISEZ
Humain de laboratoire
RomanceLéon est ce qu'on appelle un humain de laboratoire. Depuis sa naissance, il n'a connu que les murs froids d'un orphelinat expérimental. Aujourd'hui âgé de dix-sept ans, son destin bascule lorsqu'il est adopté par Louis, un scientifique influent d'un...
