Louis avait fini par laisser le jeune se reposer lorsqu'il remarqua son épuisement. Léon s'endormit presque aussitôt, sombrant dans un sommeil lourd et continu. Cette fois, il ne rêva pas, ne gémit pas : la nuit s'écoula étrangement paisible, comme une parenthèse fragile au milieu du chaos de ses journées.
À neuf heures, ses paupières s'ouvrirent lentement. La lourdeur de son corps le forçait à chaque geste, mais il finit par se traîner jusqu'à la porte, la main tremblante posée sur la poignée métallique. Il ne cherchait rien d'autre qu'une chose simple, presque banale : retourner dans sa chambre, retrouver un semblant de repère.
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Dans l'aile principale, le laboratoire commençait à se remplir. Les collègues de Louis n'étaient nullement surpris de le voir déjà installé, penché sur ses dossiers, concentré au point d'en paraître absent. L'homme leva un instant les yeux et aperçut, à travers la vitre, la silhouette fragile de 103, debout devant la porte.
Il se leva et alla à sa rencontre.
« Qu'est-ce que tu fais là? » ; demanda-t-il, d'une voix neutre mais ferme.
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Léon serrait les dents, l'impatience et la lassitude se lisant sur son visage. Quand la porte s'ouvrit enfin, ses mots jaillirent secs, presque agressifs.
« Je veux aller dans ma chambre. »
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Louis haussa à peine les sourcils.
« Ho, si ce n'est que ça, allons-y alors. »
Il lui fit signe de passer, puis l'accompagna dans les couloirs. Le garçon marchait d'un pas traînant, mais Louis l'observait attentivement, intrigué par son calme étrange.
« Tu vois à nouveau normalement? »
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Léon détourna la tête, cherchant à échapper aux regards des employés qu'ils croisaient. Instinctivement, il se rapprocha de son tuteur, glissant sa main contre le bas de sa blouse blanche, comme s'il cherchait une protection.
« Hm... Un peu. » ; répondit-il à mi-voix.
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Deux scientifiques passant dans le couloir échangèrent un regard complice et laissèrent échapper un petit rire discret. Pas de moquerie, mais une curiosité mal contenue : qu'avait-il bien pu se passer la nuit pour que Louis et son cobaye paraissent si proches ?
Louis fronça à peine les sourcils, mais ne s'attarda pas.
« Comment ça, "un peu"? Sois plus précis. »
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Léon serra davantage le tissu entre ses doigts.
« Pourquoi... Pourquoi ils rient? » ; murmura-t-il, mal à l'aise. « C'est presque clair... »
Il lâcha soudain le scientifique et pressa le pas jusqu'à sa porte, la tête basse, attendant qu'on lui ouvre.
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Louis leva brièvement les yeux vers ses collègues qui s'éloignaient déjà, leurs voix se perdant dans le couloir.
« Ils ont ri? Je ne sais pas. »
Il reprit sa marche, mais son regard se fit plus attentif.
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« Oui... »
La voix de Léon tremblait légèrement. Ses jambes devinrent molles, la fatigue l'écrasant de nouveau.
« Il faut que je rentre. » ; souffla-t-il, les yeux déjà à moitié clos.
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Humain de laboratoire
RomanceLéon est ce qu'on appelle un humain de laboratoire. Depuis sa naissance, il n'a connu que les murs froids d'un orphelinat expérimental. Aujourd'hui âgé de dix-sept ans, son destin bascule lorsqu'il est adopté par Louis, un scientifique influent d'un...
