Effet secondaire

1.4K 90 5
                                        

Louis s'était installé dans son bureau, ses dossiers éparpillés devant lui. L'odeur sèche du papier, mêlée à celle du café froid qui traînait sur un coin de la table, emplissait la pièce. Derrière ses lunettes, ses yeux parcouraient les rapports des anciens cobayes. Il comparait leurs résultats, leurs réactions aux produits, leurs fins plus ou moins désastreuses. Puis, d'un coup, un léger mouvement sur l'un des écrans attira son attention.

Sur l'image tremblotante, la chambre 108 s'anima.

« Ah... Il est réveillé. » ; souffla-t-il, un éclat particulier traversant ses yeux fatigués.

Il se pencha en avant, le menton presque collé à l'écran, pour observer le moindre geste. Quand il jeta un coup d'œil à l'heure, un sourire discret lui échappa : c'était l'heure du repas. Prétextant ce devoir banal, il se porta volontaire pour aller lui-même apporter le plateau.

Quelques minutes plus tard, la porte de la chambre s'ouvrit sans un bruit.

Léon, étendu sur son lit, dos tourné vers l'entrée, n'entendit rien. Ses pensées étaient lourdes, noires, plus que d'habitude. La journée l'avait vidé de sa force et, pire encore, quelque chose d'indéfinissable rongeait son esprit. Lui qui avait toujours été mélancolique, il découvrait pour la première fois le goût amer des pensées suicidaires. Cela lui faisait peur : ce n'était pas lui, et pourtant... cette idée s'imposait, insistante.

Quand la porte se referma, un léger déclic le tira de ses pensées. Il réalisa qu'il n'était plus seul.

Louis s'était arrêté juste à l'entrée, immobile, son plateau à la main. Contrairement aux fois précédentes, Léon ne réagissait pas. Pas un mouvement, pas un regard. Le scientifique fronça les sourcils, puis décida de briser le silence.

« C'est l'heure du repas. »

Les yeux fermés, Léon répondit d'une voix brisée, presque éteinte :

« Je n'ai pas faim... »

Il tira la couverture sur son corps comme pour disparaître, comme pour effacer sa présence.

Louis resta un instant figé. Le plateau chauffait dans ses mains. Finalement, il s'approcha, se pencha et le posa doucement sur la petite table. Il saisit l'ancien plateau du matin, preuve que le personnel avait oublié de passer, puis sortit en silence.

De retour dans son bureau, il nota chaque détail. Le changement d'attitude était net. Mais était-ce dû au produit, ou seulement à la lassitude d'être enfermé ici ? Il avait déjà vu ce type de comportement, il savait que certains sujets ne supportaient pas le transfert brusque de l'orphelinat vers ce laboratoire.

Et pourtant... il n'arrivait pas à se détacher de l'idée que quelque chose clochait.

Les heures s'écoulèrent. Léon dormit presque toute la journée, épuisé au-delà du raisonnable. Jusqu'au moment où un cri déchira la chambre.

« AAAAAH!! »

Louis sursauta, ses yeux bondissant sur l'écran. L'alarme interne retentit : hémorragie externe détectée.

Léon se tenait la tête, hurlant, ses mains couvertes d'un liquide sombre qui coulait de ses yeux. Les draps devinrent rouges, l'oreiller maculé. Pris de panique, il pleurait, ce qui ne faisait qu'aggraver le flot.

Immédiatement, quatre infirmiers envahirent la chambre. Ils le sortirent du lit de force malgré ses gestes désordonnés, son corps agité par la terreur. Il se débattait à l'aveugle, hurlant encore plus fort parce qu'il ne voyait rien.

Humain de laboratoire Où les histoires vivent. Découvrez maintenant