Léon se rapprocha instinctivement de Louis, comme un petit animal cherchant une présence familière au milieu d'une meute étrangère. Ces gens l'intimidaient avec leurs regards froids, trop curieux, presque cliniques. Ils le détaillaient comme s'il n'était pas une personne, mais une chose.
« Ma chambre? Je ne dors pas chez toi? » ; demanda-t-il, la voix chargée de perplexité et d'un léger tremblement.
Louis le fixa, comme si la réponse allait de soi. Chez lui? Impossible. Son appartement était son sanctuaire, protégé des microbes, des intrusions, et surtout de toute proximité humaine qu'il jugeait inutile.
« Bien sûr que non. Entre. Ici, c'est ta chambre désormais. »
Il se déplaça légèrement de côté pour le laisser passer, ses yeux l'inspectant de la tête aux pieds, comme s'il mesurait déjà la moindre de ses réactions.
Léon sentit son visage se décomposer. Ce n'était pas ce qui était prévu. Pas du tout. Tout ce blanc, cette froideur impersonnelle, l'absence de la moindre trace de vie... Il avait l'impression d'entrer dans une cage sans barreaux apparents.
« Mais... »
Le mot mourut dans sa gorge. Les yeux baissés, il franchit le seuil. Son sac glissa de son épaule pour atterrir sur le lit aux draps blancs, si fins qu'ils semblaient prêts à se déchirer au moindre mouvement. Autour de lui, rien que des murs immaculés, une commode blanche, une table de chevet blanche, une petite bibliothèque blanche. La lumière du plafond, crue et impitoyable, écrasait tout relief, rendant l'ensemble presque irréel. La salle de bain attenante, avec sa douche, sa toilette et son miroir réduit à l'essentiel, n'offrait pas plus de réconfort.
Louis entra à son tour, ouvrit la porte de la salle de bain comme on présenterait une marchandise.
« Bien. Tu devrais te changer et mettre ces vêtements. »
Son doigt désigna une tenue posée bien pliée au coin du lit : un pantalon court et un chandail, tous deux d'un blanc éclatant. À l'arrière du chandail, brodé en grand, le numéro 103. L'uniforme des cobayes.
« Tu as des livres à ta disposition, et un bouton express en cas d'urgence. Des questions? »
Léon tourna sur lui-même, mal à l'aise. Cette chambre n'était pas une chambre. C'était une coquille vide. Un décor sans couleur, sans chaleur, sans âme. Mais plus encore, c'était une énigme : pourquoi n'était-il pas dans une maison, auprès de son tuteur, comme il l'avait imaginé?
« Me changer? » pensa-t-il, la gorge serrée. Mais il n'osa pas protester.
« D'accord... Et non, je n'ai pas de questions pour l'instant. » ; lâcha-t-il dans un mensonge maladroit, encore sonné par tout ce qui lui arrivait.
Il prit la pile de vêtements et se réfugia dans la salle de bain pour s'habiller. Face au petit miroir, il vit son reflet habillé de blanc, presque avalé par la pâleur. Fade, impersonnel, interchangeable. Il serra les poings, mais céda.
Louis, de son côté, sortit déjà de la pièce. La porte se referma automatiquement derrière lui dans un chuintement mécanique. Une bonne chose de faite, pensa-t-il. Curieusement, ce garçon lui paraissait différent : docile, silencieux. Trop calme, peut-être.
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Une fois changé, Léon s'assit sur son lit, sortit de son sac un cahier de feuilles vierges et quelques crayons. Dessiner lui donnait toujours l'impression d'exister un peu. Dos contre le mur, il traça des lignes, mais chaque trait lui paraissait plus lourd que le précédent. L'ennui le rattrapait déjà.
Après un moment, il ferma son cahier et rangea ses crayons sur l'étagère. Il se coucha sur le lit, tourné vers le mur blanc. Le silence pesait, encore plus écrasant que celui de la voiture.
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De l'autre côté, dans la salle d'observation, Louis rejoignit ses collègues. Des écrans alignés diffusaient les images des différentes chambres. L'œil des caméras captait chaque geste, chaque soupir.
« Peut-être qu'il sera un élément intéressant. C'est quel numéro? » ; demanda Louis sans détour.
« 103. » ; répondit l'un de ses collègues.
Louis hocha la tête. Sur l'écran, Léon venait d'enfiler l'uniforme, comme prévu. Tout semblait en ordre. Il nota son numéro sur une petite pancarte et alla l'accrocher à la porte de sa chambre avant d'y déposer un plateau repas.
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Humain de laboratoire
RomanceLéon est ce qu'on appelle un humain de laboratoire. Depuis sa naissance, il n'a connu que les murs froids d'un orphelinat expérimental. Aujourd'hui âgé de dix-sept ans, son destin bascule lorsqu'il est adopté par Louis, un scientifique influent d'un...
