Test #1

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Quelques minutes passèrent après que Léon eut terminé son repas. Comme le règlement l'exigeait, on attendit que la digestion commence avant de procéder aux tests. Ce ne serait pas Louis qui viendrait le chercher : pour la répartition des rôles, il devait rester derrière ses écrans, observant les réactions et notant chaque détail. Pour l'instant, aucun contact direct.

Un autre membre de l'équipe entra donc dans la chambre. Léon, qui somnolait à nouveau, ouvrit les yeux avec difficulté. Encore réveillé par quelqu'un d'autre. Son cœur se crispa : cet homme n'était pas son tuteur. Il se leva pourtant sans protester et le suivit, tête basse, l'estomac déjà noué.

Louis, de son côté, s'installait devant les moniteurs. Ses doigts pianotaient avec une rigueur quasi maniaque sur le clavier. Il s'apprêtait à consigner chaque réaction de 103 dans son rapport. La précision était son domaine, et il comptait bien ne rien laisser lui échapper.

La nouvelle pièce glaça Léon dès qu'il franchit le seuil. Aussi blanche que sa chambre, mais encore plus impersonnelle, elle sentait le désinfectant à plein nez. Un lit médical trônait au centre, entouré de machines dont les voyants clignotaient faiblement. Une lampe aveuglante projetait une lumière crue, semblable à celle des cabinets dentaires. L'ambiance n'avait rien d'accueillant ; tout ici respirait la froideur et l'expérimentation.

Il déglutit. Ses yeux parcoururent la salle, incertains.

« C'est quoi comme pièce? » ; osa-t-il demander, d'une voix fragile.

Son escorte ne répondit pas tout de suite. Il se contenta de lui indiquer le lit d'un geste ferme. Louis, à travers les caméras, surveillait déjà la scène.

« C'est la salle d'infusion. » ; finit par dire le scientifique. « Ici, on introduit des produits dans le corps du patient. »

Le mot fit frissonner Léon. Des produits. Quel genre de produits ? Il obéit malgré lui et s'assit sur le lit, son regard fixé sur l'homme qui préparait une seringue posée sur un plateau métallique. L'aiguille scintillait sous la lumière trop vive.

« Des produits? » ; répéta-t-il, inquiet.

« Oui. Ici, on fait des tests médicaux. » ; répondit l'homme, sa voix neutre, presque lasse.

Avant même que Léon puisse dire autre chose, on lui passa un bracelet blanc autour du poignet. Il reconnut immédiatement son numéro inscrit dessus.

« 103... » lut-il à voix basse, troublé.

La seringue fut remplie entre ses mains, déjà prête.

« Les tests n'ont pas été concluants sur les animaux, après tout. »

Il plaça un garrot sur le bras maigre de Léon. Un coton imbibé d'alcool passa sur sa peau glaciale. Le tapotement sec fit saillir une veine.

« Ça risque de brûler un peu, c'est normal. »

Léon sentit l'aiguille pénétrer son bras. La brûlure le traversa aussitôt, violente et étrangère. Ses dents se serrèrent, son corps se mit à trembler. Le liquide coula lentement dans ses veines, provoquant une chaleur anormale qui se diffusa jusque dans son ventre et sa tête.

« Sur... Sur des animaux? » ; murmura-t-il, la voix brisée.

Mais déjà, la seringue était vide. L'homme retira l'aiguille, pressa un pansement, enleva le garrot. Tout était terminé. Pour lui, ce n'était qu'un geste de routine. Pour Léon, c'était une intrusion dans son corps, incompréhensible et irréversible.

Ce qu'il venait de recevoir était une nouvelle forme d'antidépresseur, jamais testée sur l'homme auparavant. À peine quelques secondes plus tard, Léon se sentit basculer. Sa tête tournait, son cœur battait trop vite, et une chaleur lourde se répandait dans son corps. Ses paupières devinrent trop lourdes pour résister.

« Je... Je me sens pas bien... J'ai sommeil... » ; balbutia-t-il.

Il s'effondra contre le matelas, englouti par une torpeur soudaine.

Les assistants vérifièrent ses signes vitaux. Pas d'effet létal immédiat. Seulement une accélération du rythme cardiaque et une fatigue extrême. Le jeune fut installé dans une chaise roulante, reconduit dans sa chambre et replacé sur son lit comme un objet qu'on range.

De longues heures passèrent avant qu'il ne revienne à lui. Ses paupières s'ouvrirent avec peine, lourdes comme du plomb.

« Aïe... »

Il se frotta les yeux et reconnut aussitôt sa chambre blanche. Son cœur se serra. La brûlure dans son bras avait disparu, mais une autre douleur s'était installée : un poids écrasant de tristesse. Il se sentait vide, terriblement seul, comme si quelque chose en lui avait été volé ou éteint.

Il enfouit son visage dans l'oreiller, incapable de retenir la vague de mélancolie qui l'engloutissait.

Humain de laboratoire Où les histoires vivent. Découvrez maintenant