Surveillance

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Louis ouvrit la porte de la chambre 103 après avoir fixé la petite pancarte numérotée à côté. Le claquement sec de la serrure résonna dans le silence aseptisé.

Léon, allongé sur le lit, avait fini par s'assoupir, rongé par l'ennui. Son esprit, même dans ses rêves, errait autour des mêmes questions : pourquoi ne pouvait-il pas sortir ? Pourquoi devait-il porter ces vêtements qui lui paraissaient ridicules ? Pourquoi ne vivait-il pas simplement chez Louis, comme il l'avait imaginé ?

Le silence, d'ordinaire un refuge pour lui, devenait ici une torture. Rien ne filtrait à travers les murs isolés : pas un pas, pas un murmure, rien que ce vide blanc qui l'étouffait.

Louis s'approcha, tenant un plateau-repas. L'odeur fade et métallique de la nourriture monta à ses narines. Le contenu évoquait les plats sans âme des hôpitaux : une purée d'une couleur indéfinissable, un morceau de viande blanchâtre, un fruit presque trop mûr. Pas de saveur, pas de chaleur, rien qui donne envie.

Il hésita à le réveiller. Au moins, endormi, Léon ne posait pas de questions. Mais le repas allait refroidir et, après cela, il voulait commencer ses premiers tests. Finalement, il posa une main sur l'épaule du garçon et la secoua doucement.

Léon se réveilla en sursaut, les muscles tendus, le cœur battant. Son passé à l'orphelinat avait fait de chaque réveil un moment brutal, marqué par les coups et les moqueries de son ancien camarade de chambre. Un réflexe de défense. Puis il aperçut Louis. Son regard se détendit un peu, sans toutefois se calmer complètement.

« Qu'est-ce qui a? » ; demanda-t-il, encore engourdi, mais sur la défensive.

Louis recula légèrement, surpris par cette réaction nerveuse. Il posa le plateau sur la table de chevet.

« Ton repas. Tu devrais te dépêcher, sinon il va refroidir. Tu as des allergies alimentaires? Ou toute autre forme d'allergie? »

Le jeune leva les yeux vers lui. Croiser ce regard froid et professionnel lui fit un drôle d'effet, un mélange de peur et de curiosité. Il baissa vite les yeux vers le plateau.

« Je... Je ne crois pas. » ; répondit-il simplement.

Il prit le plateau et commença à manger. La nourriture n'avait presque aucun goût, mais il n'était pas difficile. À l'orphelinat, il avait déjà appris à avaler ce qu'on lui servait, sans poser de questions.

Louis détourna le regard sans y penser. C'était une habitude : éviter les yeux de ses cobayes. Les regarder trop longtemps, c'était risquer de s'y attacher, de fissurer la barrière nécessaire entre lui et eux. Pourtant, Léon avait eu l'audace de le fixer droit dans les yeux, un geste qui le troubla plus qu'il ne l'admit.

« Tant mieux alors. » ; répondit-il d'une voix basse. « Je le noterai dans ton dossier. »

« Je t'avertis quand j'ai fini de manger? » ; demanda Léon, hésitant, cherchant à comprendre comment fonctionnaient les règles de ce nouveau monde.

Louis leva le bras vers le plafond et désigna du doigt une petite caméra rougeoyante dans l'ombre d'un coin.

« Pas besoin. Tout est surveillé ici. »

Il se détourna aussitôt et quitta la pièce, la porte se refermant derrière lui avec un bruit mécanique.

Léon suivit du regard le bras de Louis, puis la caméra. Un frisson glacé le parcourut. Être épié jour et nuit, sans la moindre intimité... il en avait l'habitude, d'une certaine manière, à l'orphelinat. Mais ici, ce n'était plus la même chose : ce n'était pas un camarade qui volait un regard indiscret, mais un œil de verre, froid et inflexible.

Il termina son repas lentement, bouchée après bouchée, avec l'impression étrange d'être jugé pour chaque geste, chaque mâche. Puis il posa le plateau sur la commode et retourna se coucher, dos tourné à la porte. Le silence revint, épais et étouffant.

Humain de laboratoire Où les histoires vivent. Découvrez maintenant