... Non tenue.

264 14 70
                                    

Fin Avril. Cela faisait presque un an que j'avais déménagé en Allemagne, la tournée devait commencer dans un peu plus d'un mois, les répétitions s'intensifiaient, les préparatifs aussi... L'angoisse s'installait peu à peu en moi au fil des semaines, me maintenant parfois de longues heures éveillées en pleine nuit... Enfin, elle avait au moins un seul avantage ; j'étais tellement concentrée sur l'appréhension que mes sentiments pour Paul me torturaient beaaauucoup moins !

En contrepartie, la solitude dans mon appartement le soir après les répétitions devenait de plus en plus insupportable. Seule, j'avais tout le loisir de paniquer et me torturer avec mes angoisses, au point où je retenais mon père au téléphone pendant des heures, de peur de retrouver mes peurs une fois qu'il aurait raccroché... Le silence devenait de plus en plus oppressant, si difficile à supporter que je me surprenais à laisser la télé allumée en permanence, histoire d'entendre quelque chose d'autre que cette petite voix qui me rappelait sans cesse que, dans moins d'un mois, je serai confrontée à une foule énorme... Gloups.

Un jour, je craquai et proposai sans réfléchir à mes collègues de venir prendre le dîner avec moi, un soir de week-end.
Tous acceptèrent, et je me retrouvai une nouvelle fois à faire des courses et un repas pour un régiment entier... Qui disparut tout aussi vite que la dernière fois, zoup !

A la fin du repas, assise entre Paul et Ollie dans le canapé, je profitai avec soulagement de leur présence et leurs voix graves qui envahissaient mon appartement et chassaient enfin cet affreux silence qui me torturait.

Till fit sauter le bouchon de la bouteille de vin qu'il avait apportée, et je me redressai vivement pour lui tendre mon verre, à la surprise de tous :

„Little woman decided to grow up ?" S'étonna Till, tout en me servant un verre bien plein, pour mon plus grand plaisir.

Je déteste le vin, vraiment... Mais dans l'état où j'étais, je me disais que cela ne pourrait que me détendre un peu !

Pour répondre à Till, je plongeai avec un petit regard insolent mes lèvres maquillées de rouge dans le liquide sombre, et fit une grimace affreuse en sentant le goût corsé du vin m'envahir la bouche.

„Das Kind ist zurück !" S'exclama Ollie, et mes collègues éclatèrent tous de rire.

Je ne bus qu'un seul verre, ce soir-là... Seul et unique verre qui suffit amplement à me rendre carrément pompette ; comme je ne bois jamais, ma petite corpulence et le fait que j'avais bu beaucoup trop vite me valèrent d'être complètement déshinibée... Devant mes cinq collègues. Dont un qui me faisait craquer.

Au début, tout se passait relativement bien : je riais beaucoup trop fort et pour un rien, mais je n'avais encore rien fais d'humiliant.

Puis la soirée avança... Ma langue se délia... Et je commençai à dire n'importe quoi.

J'avouai à Doom que j'adorai ses cheveux courts, que sa coupe lui allait très bien. Jusqu'ici tout va bien... Sauf que je rajoutai que je le trouvai incroyablement SEXY lorsqu'il jouait sur sa batterie.

POURQUOI J'AI DIS CA ?!!

Devant son expression un peu abasourdie, j'explosai d'un rire trop bruyant en me laissant tomber en arrière sur le canapé, et j'entendis Till plaisanter :

„Ich weiß wo sein Zimmer ist. Soll ich dir zeigen?"

Et ça ne s'arrêta pas là. Au court de la soirée, je me transformai subitement en prédatrice sexuelle et adressai des clins d'oeil appuyés à Richard, qui me les rendait à chaque fois accompagnés d'un petit baiser soufflé.

Non, vraiment, je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé... Heureusement que les gars sont très cools, sinon tout ceci aurait pu trèèès mal finir.

Enfin, après avoir fait mille et une bêtises stupides telles que déclarer n'avoir jamais vu des bras musclés comme ceux de Till ou me coller beaucoup trop contre l'épaule de Paul, mes collègues jugèrent bon de me laisser reprendre tranquillement mes esprits, SEULE.

Enfin, pas tous... Alors qu'Ollie quittait les lieux en me remerciant pour le repas, je remarquai que Paul n'avait pas l'air décidé à s'en aller. Planté au milieu de mon salon, il m'observait avec une drôle d'expression sur le visage. Il paraissait... Perturbé ? Troublé ?

„Are you okay ?" Lui demandais-je, tout en me dirigeant vers la table où j'avais laissé traîner mon téléphone toute la soirée. Je pianotais sur l'écran, tandis qu'il hésitait :

„Do you... Really mean what you said to Doom ?"

A sa question, j'éclatais immédiatement de rire en balançant théatrâlement ma tête en arrière.

„Hahaha, did you see his FACE ?!" M'exclamais-je, hilare. Paul, lui, parut complètement perdu face à ma réaction ; comme mon habituel partenaire de blagues ne riait pas autant que moi, je fournissai une explication plus que bancale à ma plaisanterie siiii drôle (reuh... quelle imbécile...) :

„I just thought it was funny ! Like... Like I would say somethin' like that, tee-hee..."

Je précise que jusqu'à ce jour, à l'instant même où je vous décris cette scène, je ne sais toujours pas pourquoi j'ai sorti de pareilles énormités lors de cette soirée. Apparemment, je me croyais drôle...

Puis je reposai mon téléphone sur la table, et Paul s'approcha.

„And... About Till's muscles..." Commença-t'il, et je lui adressai un sourire taquin.

„I was honest on that part."

L'expression de déception pure qu'il eut à cet instant restera gravée dans ma mémoire comme le visage le plus décomposé que j'ai pu observer dans ma vie ! Toujours d'humeur taquine, je m'approchai d'une démarche féline et le défiai d'une voix suave, yeux dans les yeux :

„I bet you can't hold me like he does."

Sans que je n'ai le temps de réagir, Paul défendit sa virilité et m'attrapa immédiatement par les hanches pour me soulever, et je riai aux éclats en m'accrochant à ses épaules, les cuisses enroulées autour de sa taille. Nous vacillâmes un instant en riant comme des imbéciles, avant de finalement arriver à la table, sur laquelle Paul m'assit doucement.
Puis... Il ne s'écarta pas.

Nous avions tous les deux cessé de rire. J'avais toujours les jambes enroulées autour de lui, les bras autour de son cou, et je sentai ma respiration s'écourter à me sentir si près de lui ; au fond de moi, je priais pour qu'il ne s'écarte jamais, pour qu'il reste contre moi...

Je levai les yeux et croisai son regard bleu ; le coeur emballé, je laissai mes mains glisser lentement de ses épaules jusque sa nuque, le poussant à s'approcher encore un peu plus de moi. L'esprit embrumé par l'alcool, mes angoisses envolées, je ne sentais plus que lui... Lui, et mon coeur qui frappait mon amour dans ma poitrine. J'eus un petit sourire, et laissait enfin mes sentiments s'exprimer.

„Ich liebe dich..." Chuchotai-je dans un souffle, et je le sentai m'attirer contre lui en m'étreignant vivement ; nos lèvres se rencontrèrent avec passion, et mon corps fut parcourut d'un frisson d'excitation à leur contact. Je m'en délectai, appréciant chaque poussée d'adrénaline que mon coeur pulsait à un rythme frénétique dans chacun de mes membres, tandis que je me serrai toujours plus contre Paul.
Je l'aimais. Comme une dingue. Je m'étais tellement censurée... Qu'à présent je me refusais à le laisser s'éloigner.

Pourtant, je fus bien obligée de le laisser s'écarter lorsqu'il en manifesta le besoin, et desserai mon étreinte à contre-coeur... Seulement pour le dévorer du regard, alors que nous riions tous les deux de notre propre passion.

„Das ist verrückt..." Souffla-t'il dans un grand sourire, et je ne pus qu'acquiescer en riant.

Oui... C'était complètement fou...

Mais j'adorais ça.

Comment j'ai fais ? [RAMMSTEIN] Où les histoires vivent. Découvrez maintenant