31. Noah kahan, Please

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   Valéry caresse les pages du livre qu'il tient dans ses mains. Il soutient les mots du bout de son index et se délecte de sa lecture. Il prend un délicieux plaisir à faire part des phrases de son bouquin à Roland, qui l'écoute. Tout deux allongés sur le lit de l'hôtel, le plus jeune, la tête posée sur les cuisses de Valéry. Ce dernier appuyé dos au mur. Il tourne prudemment les pages, pour ne pas corner le papier.

...« Les autres mettent des semaines et des mois pour arriver à aimer. Moi, ce fut le temps d'un battement de paupières. Dites-moi fou, mais croyez-moi. Un battement de ses paupières, et elle me regarda sans me voir, et ce fut la gloire et le printemps et le soleil et la mer tiède et sa transparence près du rivage et ma jeunesse revenue, et le monde était né. »...

   Roland l'écoute, les yeux fermés. Il se laisse emporter par les mots sortis des lèvres de Valéry. Il déguste sa voix. Chacune de ses intonations. De temps en temps, le lecteur délaisse Albert et sa belle, pour admirer la douceur du visage de Roland.


   Le temps passe. Valéry finit par lâcher son livre, lassé de l'enchaînement des mots sous ses yeux fatigués. Il referme le bouquin et le pose sur le matelas. Il dévisage Roland, endormi sur ses jambes. Il essaye de le pousser délicatement de ses cuisses. Mais le garçon s'agite et s'éveille sous ses mouvements.

- Tu ne lis plus ? Demande-t-il.

- J'en ai marre. Je veux faire autre chose, répond Valéry.

- Tu t'en vas ?

- Non, c'est juste que ta tête est lourde, j'ai mal aux jambes. Je voulais me les dégourdir un peu, explique l'aîné.

- Oh, pardon je... de... De toute façon ce n'était pas confortable ! Rétorque Roland, faussement indigné.

- Et toi tu me gênais ! reprend Valéry.

- Tu parles trop...

- Chut !

Les deux garçons se regardent puis se sourient.



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