Les journées qui suivirent furent moroses. J'essayai de m'occuper en peignant, activité qui avait comblé mon temps libre. Les toiles jonchaient maintenant le sol de ma chambre. Moi qui n'appréciais habituellement pas le désordre, la pièce n'était pas ordonnée, ces temps-ci. Je m'en fichais un peu. Mes élans d'inspiration étaient difficiles à réprimer. Harry passait souvent me voir, me regardait peindre avec attention, dans le silence. Il ne posait pas de questions sur mon modèle, ni les sources qui faisaient bouillonner ma créativité. Cela aurait été délicat à expliquer, de toute façon.
Ma mère n'avait pas apprécié le projet de sortie du samedi. J'espérais qu'elle se réjouisse de mon ouverture au monde, mais je pense que c'était Embry, qui posait problème. Elle n'osait pas le dire, répétant que ça ne changerait rien. Mais si c'était Taylor qui m'avait accompagné, elle n'aurait émis aucune réserve, simplement les habituelles précautions. Je n'avais jamais été amie avec un garçon, cela semblait l'effrayer. Je ne savais pas comment la rassurer : je ne l'étais pas moi-même. Pourtant, l'idée même de me retrouver à quelques mètres d'Embry suffit à calmer mes angoisses. J'aurais aimé expliquer tout ça à ma mère. Lui faire comprendre que c'était un besoin. M'aurait-elle compris ? J'en doutais fortement. Finalement, elle avait accepté.
Je m'arrêtais très peu sur mes choix de tenue, en temps normal. J'avais des préférences et des goûts, comme tout le monde. Mais je préférais passer inaperçu, dans la mesure du possible. Ma garde robe se constituait essentiellement de jeans et de pulls. J'avais été contrainte d'en acheter davantage, après notre déménagement. Pourtant, je restai plantée devant mon armoire, le samedi après le déjeuner. Comme si ce choix était déterminant et soudain important pour moi. Je jetai un coup d'oeil vers la fenêtre : il ne pleuvait pas. Il devait faire froid, cependant. Je reportai mon attention sur la robe fleurie aux tons sombres, une des seules que je possédais. Elle avait des manches longues. Avec des collants épais, je n'aurais sûrement pas froid. Je rajoutai un pull par dessus, par précaution. Mes cheveux retombèrent jusque dans le bas de mon dos quand je retirai l'élastique qui les retenait. Je me demandais si l'ensemble était joli. Je trouvais qu'il l'était. J'espérais bêtement qu'Embry penserait la même chose. Je secouai la tête en refermant l'armoire. C'était, encore une fois, idiot.
Un bruit de moteur m'interpella. Je regardai par la fenêtre et aperçu la voiture d'Embry s'arrêter devant la maison. J'espérais qu'il n'en sortirait pas, je n'avais pas vraiment envie que mes parents lui adressent la parole. C'était beaucoup trop étrange. Je dévalai les escaliers, sac à dos et veste en main. J'entendais déjà les indications de ma mère, concernant l'heure de retour, le téléphone portable toujours sur moi, me couvrir car il faisait froid. Mon père me lança un clin d'oeil au dessus de son ordinateur portable, je lui lançai un sourire complice.
L'air frais me fouetta le visage. C'était néanmoins agréable de pouvoir respirer à pleins poumons. Le ciel était grisâtre mais dégagé. J'aimais ce temps. J'aimais cette saison. Embry n'était pas sortit de la voiture, il m'attendait derrière le volant. Quand je tournai le visage vers lui, il me lança un petit signe de la main, m'invitant à le rejoindre sur le siège passager. Je le fis en quelques enjambées. Dès que la portière fut ouverte, l'odeur de l'habitacle emplissait mes narines. Ce fut une délivrance, après ces trois jours enfermés dans ma chambre. J'avais l'impression de pouvoir respirer correctement.
« - Tu vas bien ? Me demanda-t-il en redémarrant la voiture.
- Oui, lui répondis-je d'un ton peu assuré. Tu as l'air fatigué, toi.
- Je me suis couché un peu tard, précisa-t-il en grimaçant. »
Malgré la beauté de ses traits, ces derniers semblaient en effet tirés sous l'effet de la fatigue. Des cernes soulignaient ses yeux sombres. Il continuait de sourire, néanmoins. Je me demandai ce qui l'avait retenu éveillé, la nuit dernière. Un devoir de dernière minute ? Son travail ? Une soirée avec ses amis ? Ou avec une petite amie ? Cette hypothèse me fit froncer les sourcils. Etait-ce possible ? Qu'il partage une histoire d'amour digne des grands films, avec une autre personne ? J'imaginais à quoi elle pourrait ressembler. Plus grande que moi, sûrement. Brune, peut-être. Le teint forcément plus mate que le mien. Un grand sourire, des longs cils. Une fille sûre d'elle, qui rigolerait fort, qui serait toujours partante pour une activité. Tout mon contraire.
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strange bird
FanfictieHazel n'est pas confortable avec le changement, ni avec la couleur rouge, ni avec les gens en général. Mais elle aime bien Forks, sa pluie et son calme. Enfin, calme n'est pas vraiment le mot approprié pour ce qu'il se passe réellement à Forks...
