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Un silence pesant noyait depuis quelques secondes le salon. Drago, Blaise et moi nous y étions réfugiés pour tenter d'échapper au vacarme ambiant. Depuis deux jours, suite à la visite de Voldemort, le manoir était devenu le nouveau quartier général des mangemorts. Chose qui ne faisait aucun doute avait été décidé par le Maître des Ténèbres pour punir ma famille. Après tout le manoir Malfoy était vide et avait accommodé jusque là cette stupide bande de déjantés. Ils arrivaient par troupeaux et repartaient en masse quand bon leur chantait sans gêne ni respect pour les habitants des lieux.

Une réunion avait eu lieu quelques heures plutôt plongeant le manoir Lestrange dans le désordre et le bruit. Un mal de crâne m'avait prise et  je n'arrivais tout bonnement pas à le faire partir malgré les deux potions que j'avais ingurgité à la hâte en début d'après midi. Drago ne disait rien mais se massait lui-même régulièrement les tempes traduisant son incommodité face à la situation et les derniers événements. Il avait cependant finit par craquer et avait hurlé à Blaise de « fermer sa p*tain de grande gueule de mandragore ». Le pauvre jeune homme qui s'était retrouvé les lèvres collées l'une à l'autre baissait à présent la tête mal à l'aise. Ce n'était pas le soudain élan de colère ou le sortilège que lui avait envoyé son ami qui l'avait blessé. À vrai dire quand il s'agissait de se défendre Blaise avait plus tendance à utiliser sa langue que sa baguette. Parler était pour lui un moyen de garder le morale et ne pas sombrer dans l'angoisse et le désespoir ambiant. Malheureusement pour lui, où pour nous, il parlait trop. Pansy aurait facilement pu répondre à ses boutades et ses provocations pour le distraire et par la même occasion empêcher Drago de perdre son calme... Mais ma petite amie se reposait dans sa chambre au vue de son état. 

Je me sentais lourde, prête à fondre et disparaitre dans le fauteuil. L'air si froid du manoir me semblait aujourd'hui surtout très dense, pesant. Le livre que je tenais entre mes doigts n'avait aucun sens pour moi alors que je relisais pour la dixième fois d'affiler la même phrase. J'étais lasse des mots, lasse de cette assemblage de lettres qui perdaient à cette heure toute utilité. On m'avait félicité toute ma vie pour mon intelligence et mes connaissances, certains ne me qualifiaient d'ailleurs que par cela. Pourtant aujourd'hui je n'était q'un de ces livres, une de ces encyclopédie poussiéreuse laissée au fond d'une étagère de la bibliothèque. Un amas de savoir, inutile, un livre dont on ne se sert même pas pour caler une table bancale. Je me sentais stupide de retourner en boucle la situation dans ma tête sans trouver la moindre solution ou le moindre moyen de faire avancer les choses. Je n'avais plus aucunes nouvelles de mes amis depuis trop longtemps, même la gazette du sorcier ne faisait pour l'instant plus mention ni d'Harry Potter, ni de l'Ordre du Phœnix. Je ne pouvais toujours rien leur dire et ne trouvait aucun moyen de me rendre utile. Voldemort vivant sous le même toit que moi, j'avais bien entendu imaginé mille et une manière de l'approcher ou du moins m'approcher de son serpent. Ayant d'après mes multiples réflexions internes, conclue qu' il ne restait que deux horcruxes : l'horrible reptile qu'était Nagini et si ma tragique intuition était bonne, Harry. 

J'appréhendais autant que j'attendais la fin de cette guerre. Le nombre d'horcruxe déjà détruit ne pouvait que nous donner espoir. Malheureusement les deux derniers seraient surement les plus durs à se débarrasser. Nagini suivait le Mage Noir comme son ombre et était loin d'etre une proie facile. Quand à Harry... ma plus grande peur était de le perdre. J'avais mis énormément de temps à comprendre pourquoi Dumbledore voulait qu'Harry affronte seul Voldemort. Il m'avait d'abord fallut comprendre pourquoi Harry était lié mentalement au Mage Noir. Lorsque l'idée que mon meilleur ami possédait en lui une partie de l'âme de notre ennemi me vint à l'esprit, la vérité m'apparut comme une funeste évidence. Seulement malgré tous les livres que j'avais lu et relu, jamais je n'avais trouvé un moyen de séparer le morceau d'âme de mon ami. Le pire était donc à prévoir et je m'y refusais.Je refusais de m'admettre que le seul moyen de détruire le dernier horcruxe était de le faire dans le corps d'Harry et par conséquent risqué de le perdre. 

Hermione Rigelle Black LestrangeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant