6.

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Mon téléphone continue de sonner dans le bus. Puis sur le chemin de l’arrêt à chez moi. Je reste immobile quelques secondes devant le portillon d'entrée. L’extérieur de la maison est tellement fade. C'est tout le contraire de l'ancienne. Il ne nous représente pas.
J'expire un grand coup et tourne la poignée. J'ai à peine le temps de mettre un pied dans l'allée que mon père apparaît à la porte, l'ouvrant dans un claquement. Il a encore son téléphone dans la main. Il le range et me montre le salon d'un geste. Ça doit le démanger de ne pas pouvoir faire sa scène devant tout le voisinage. La porte claque une seconde fois derrière moi et il pousse un simple soupir.

- Où est-ce que tu étais ?

- Avec des amis...

- Arllem et Adam ? suppose-t-il avec un air agacé.

- Oui...

- Ça te prenait combien de temps pour juste répondre au téléphone ? Ou même envoyer un message !

- Je suis désolé, j'ai pas fait attention à l'heure.

Je retire mes chaussures tandis qu'il se frotte les tempes. Le même geste qu'il fait quand il est énervé. En particulier, quand j'en suis la cause.

- Est-ce que tu peux imaginer trente secondes comment je me suis senti en voyant ton frère tout seul ici ? Lui aussi, il ne savait pas où tu étais !

- Papa... Je suis grand. J'ai plus dix ans, annoncé-je en grimpant les marches. Et Noé non plus. Il faudrait que tu apprennes à lui faire plus confiance.

- Je le conçois, mais est-ce que c'est une raison pour me faire peur... Nous faire peur comme ça ! se reprend-t-il. On aurait fait comment si tu avais eu un accident ! Et tu sais très bien que Noé ne supporte pas d’être seul !

Je déteste quand il utilise Noé contre moi. Je redescends les marches et me tourne vers lui. Il baisse son regard vers mes mains et les attrape dans les siennes. Son regard se remplit d'angoisse. Je m'en veux maintenant de l'avoir autant inquiété.

- Elles ont quoi tes mains ?

- Je suis tombé. Arllem m'a soigné.

Mon mensonge à l'air de fonctionner, car il ne dit rien et enfile simplement son manteau.

- Je suis en retard au boulot. Vous avez de quoi manger dans le frigo.

J’ignore s'il fuit une dispute ou s'il part vraiment au travail. Je n'ai pas le temps de l’interroger plus longtemps. Il m'abandonne dans l'entrée en fermant rapidement la porte. Une autre se ferme tout aussi vite à l'étage. Noé a entendu toute la conversation.
Je mordille mes lèvres dans les escaliers et toque doucement à sa porte.

- No ?

Pas de réponse. Je toque une nouvelle fois en l'appelant et il frappe à son tour la porte.

- Va-t'en ! Je veux plus te parler...

- Je suis désolé de t'avoir laissé tout seul. J'aurais dû au moins répondre au téléphone de Papa, je sais.

- Tu me détestes, c'est ça ?

Il ne se rend pas compte du mal qu'il me fait quand il dit ça. Jamais je ne pourrais le détester. Pas même s'il est différent.

- Non. Non, je te déteste pas. Je t'aime très fort.

- Alors pourquoi t'es jamais là... me blâme-t-il.

Je suis heureux de ne pas être en face de lui. J'essuie vite mes joues et lâche un petit geignement. Avec ça, j'en avais oublié mes mains écorchées.

- Si j'étais pas là, c'est parce que j'ai eu un petit souci, l'informé-je.

- T'es tombé...

- Oui et non. Quelqu'un m'a renversé.

Sa porte s'ouvre en un coup de vent, faisant s'envoler quelques-unes de nos mèches. Il prend à son tour mes mains et les retourne dans tous les sens.

- C'est pas Arllem...

- Si !

- Son père est infirmier. Il lui a appris comment soigner proprement une blessure. Ce n'est donc pas Arllem qui t'a soigné.

Je retire mes poignets et m’appuie contre la porte. Sa perspicacité m'étonnera toujours.

- Je préfère éviter le sujet, si tu veux bien.

Noé secoue la tête et se gratte le nez. Il est franchement têtu quand il s'y met.

- Je saurai un jour, de toute façon. Tu finis toujours par tout me dire.

- À part ça... On se fait une pizza et un film ?

- Tu évites la question... Alors ce sera Némo.

Il me ferme la porte au nez. Ne m’attendant pas à une autre réponse de sa part, je redescends dans la cuisine. Je sors une pizza surgelée et attends que le four chauffe. Mon téléphone vibre et je manque de peu de me prendre le coin du meuble dans le genou en voulant le récupérer. Un message d'Adam.

''Tristoune ? Pk thé pa ché Clem ?''

''Et en français ?''

''T'es nul '-_- '' ''Je te demandais pourquoi tu n'es pas chez Clémence ? XD ''

''Je devrais y être ?''

''Bah... Hier soir, tu étais prêt à y aller et ce matin aussi''

Je me frappe le front en me traitant d'idiot. Avec tout ce qu'il s'est passé ce soir, j'en ai oublié la soirée chez Clémence. Là où tout mes amis sont en ce moment même.

''Désolé, je viendrai pas'' ''Je dois m'occuper de Noé''

''Ah !'' ''Bonne soirée alors !''

Je place la pizza dans le four et mon téléphone sonne de nouveau. Je l'attrape et découvre une photo de mes amis, chacun un verre en plastique dans la main. Et un petit mot de Lou-Anne.

''T'as intérêt à être là, la prochaine fois''

Je ris bêtement tout seul et repense au numéro que m'a donné Loïk. Je le ressors de ma poche et le regarde un instant, sans oser taper les chiffres sur mon portable. Et si ce n’était qu’une vaste blague pour lui ?

- Qu'est ce que tu fais ? me demande Noé en bas des marches.

- Rien du tout ! paniqué-je.

Je cache de nouveau le numéro tout au fond de ma poche et invite mon frère à venir dans le salon. On s’emmitoufle sous des plaids, une fois le film installé et la pizza chaude mise sur la table basse.
Je contemple encore mon portable près de mon verre et le dessin-animé démarre, m’empêchant de repenser sérieusement à son numéro. Il a dû me le donner pour avoir bonne conscience.

Je te dirai que je t'aimeDes histoires addictives. Découvrez maintenant