Le générique de fin n'a même pas commencé que Noé est déjà endormi contre moi. Je le repousse doucement de mon bras pour tenter de le réveiller. Il gémit un peu et se frotte les yeux.
- Tu devrais aller au lit, lui proposé-je. Je débarrasse.
Sans plus en demander, il se met debout et s'étire bruyamment.
- Bonne nuit, me souhaite-t-il.
J'attends d’être bien sûr qu'il soit dans sa chambre pour attraper mon portable. Loïk n'a pas cessé d'habiter mes pensées. Pourquoi m'a-t-il donné son numéro ? Car je me doute que ce ne soit pas juste pour faire causette que je possède ses chiffres griffonnés entre mes doigts. Je le tape puis me ravise. Il devait simplement se sentir coupable de m'avoir renversé, rien de plus. Rien qui ne justifierait sa sympathie envers moi, en tout cas.
Je finis de nettoyer la table basse et le doute me revient. J'ai éclaté en sanglots devant lui. Devant quelqu'un que je ne connaissais pas trente minutes avant. Pourquoi prendrait-il la peine de me réconforter ? Je m'en mords la joue et monte à l'étage pour prendre une douche et espérer me changer les idées. Mais en retirant mes vêtements, je comprends rapidement que Loïk ne s'effacera pas de ma mémoire. Pas avec ce bleu que je vais avoir sur la cuisse et qui devrait me rappeler pendant encore un bon moment notre rencontre. Sans parler de mes paumes qui continuent de me piquer affreusement. Je ris tout seul. Noé a raison. Elles ont été soignées n'importe comment. Loïk n’était clairement pas concentré dans ce qu'il faisait. Je sors rapidement de la salle de bain quand j'entends la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer. Il rentre vraiment tôt. Bien plus tôt que d'ordinaire. Ce n'est pas normal. J'enfile un t-shirt et un jogging qui me servent pour la nuit et le rejoint dans le salon. Il est assis sur le canapé, le visage entre les mains. Un carton avec quelques affaires se trouve sur la table basse.
- Papa ?
- J'ai été viré, déclare-t-il dans un souffle.
Quand je croise son regard, j'ai l'impression de réellement le voir pour la première fois. Les récents événements l'ont épuisé. Les deux boulots qu'il accumulait pour couvrir nos dettes, les heures de travail qu'il enchaînait pour nous permettre de vivre correctement, ses nuits de sommeil de plus en plus courtes, Noé, moi et nos cauchemars... La fatigue et la peine se lisent sur son visage.
- Je vais essayer de trouver un autre boulot. On va devoir faire simplement plus attention à nos dépenses jusque-là...
- Je peux travailler quelque part, suggéré-je. Même si c'est pour récurer des toilettes ! Je... Je veux t'aider.
Il m'invite à venir m’asseoir à côté de lui et pose sa main sur mon épaule. Son faible sourire ne suffit pas à me rassurer.
- Je ne te remercierais jamais assez pour tout ce que tu fais pour moi, pour le fils que tu es. Sache que tu m'aides beaucoup avec Noé, alors que ce n'est même pas ton rôle. Tu n'as pas besoin en plus de m'aider avec nos problèmes d'argent. Ce n'est pas de ton ressort.
- Alors qu'est-ce que je dois faire ?
- Rien. Enfin si. Sois un ado. À ton âge, mes seules passions étaient la musique et les filles. À toi de trouver les tiennes et vis les à fond.
Sans honte, je le prends dans mes bras et ravale mes larmes quand ses bras m'entourent. Il n'a pas besoin de me voir craquer en plus de ça. Après une dernière accolade plus ou moins maladroite, je lui souhaite bonne nuit et m'enferme dans ma chambre pour m’écrouler sur mon matelas. Un bras en travers du visage, ses paroles se mettent à tourner en boucle. Mes passions ? À part faire la fête et boire avec mon groupe d'amis, je n'en ai pas vraiment. Et ça m’étonnerait que ça compte réellement comme telles. Il y avait bien la musique à un moment dans ma vie, mais je ne voyais pas en faire quelque chose de concret. Surtout maintenant.
VOUS LISEZ
Je te dirai que je t'aime
General FictionTome 1 // Monde plus beau Tristan mène sa vie comme il l'entend. Sans pour autant se donner le droit à l'erreur. Il doit prendre soin de ses proches. Surtout de Noé, son petit frère. Sa rencontre avec Loïk est sur le point de tout bousculer. Ce mot...
