Chapitre 4

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587 premier âge, Eregion

Comme le garde l'avait vu, l'elfine s'était dirigé vers l'Ouest. Elle voulait retourner sur les terres qu'elle connaissait. Quitte à se battre pour elles. C'était là-bas chez elle. Là-bas et nulle-part ailleurs. Même si elle n'avait plus de famille, elle n'arrivait pas à se résigner à quitter le seul monde qu'elle connaissait. Parce oui, c'était un petit monde à part là-bas. Elle voulait retrouver ses années de naïveté, ces années à échapper aux mains de Vana, à courir entre les jambes des gardes afin qu'ils ne l'attrapent pas. Elle voulait retrouver ses moments d'amusement, de joie, de simplicité.

Brusquement, elle sentit ses jambes lui faire faux-bon et elle tomba lourdement au sol. Grimaçant, elle s'assit pour pouvoir observer le sol mais il n'y avait rien. Rien qui aurait pu la faire tomber. Elle observa alors ses jambes, se les frictionna, mais elle ne sentit rien de particulier. Elle allait attaquer sa seconde journée de marche mais n'était nullement fatiguée.

Elle tenta alors de se lever, sans soucis. Cependant, lorsqu'elle tenta de faire un pas en avant, elle du se rendre à l'évident que ses jambes s'y refusaient. Pas même d'un millimètre elle put avancer. Ses pieds étaient comme colmatés au sol.

Elle se mit à pester, râler. Puis elle s'inquiéta, s'énerva, jusqu'à ce qu'un craquement à la cheville lui arrache un cri de douleur.

Capitulant, elle tomba au sol et vient se masser cette cheville, pour cela, son pied accepta de se détacher du sol. Plus que la douleur qu'elle ressentait dans son articulation, c'est la peine de ne pas pouvoir aller plus loin qui la pris et vient noyer ses joues. Pourquoi ne pouvait-elle pas y retourner ? Elle attendit, ainsi, dans cette même position jusqu'à ce qu'elle réalise que la nuit était en train de l'envelopper.

Résignée, elle finit par replier ses jambes contre elle et s'enveloppa dans sa cape qui la coupait du froid. Epuisée, le sommeil voulu dans la nuit la prendre, mais encore assez résistante, elle n'allait pas plus loin qu'une somnolence légère.

Et puis, un prénom, comme chuchoté par la brise vient la ramener à elle.

Miswa : « Celebrimbor. »

Répéta-t-elle. Elle ouvrit les yeux et releva le nez. L'aurore n'allait pas tarder à se montrer. Elle leva un peu plus le regard et observa ses dernières étoiles qui étincelaient avec force dans le ciel.

Celebrimbor, son cousin. Est-ce bien là-bas qu'elle devait se rendre ? Elle entrouvrit la bouche pour demander de l'aide, un signe. Qu'on lui explique, qu'on lui dise ce qui était attendu d'elle avant de se raviser et rabaisser le visage sur le sol. Après tout, à quoi bon demander, qui l'entendrait ? Son père ne pourrait pas lui répondre, il venait tout juste de mourir, son âme devait être avec Namo en plein jugement. Et quel intérêt auraient les Valar à lui répondre? Elle, elle n'avait pas une belle destinée devant elle.

Elle réalisa aussi à ce moment, qu'elle faisait face à l'Est. Là où le soleil se lève. Elle observa silencieusement ces rayons chauds se montrer progressivement, lentement mais surement. Un nouveau départ. Elle devait voir cela comme un nouveau départ.

Calmement, elle se leva et décida de prendre la route vers l'Est. Jusqu'où ? Elle n'était pas bien sûr. Peut-être qu'elle irait le trouver, ce cousin. Pour le moment, elle voulait juste marcher et s'éloigner de Lindon. Contournant consciencieusement cette ville afin d'être certaine de ne pas être remarquée.

Arrivée au gué de Sarn, elle se décida à faire une vraie pause. Elle commençait à avoir peine à trouver des baies, fruits ou autre sur son chemin et un point d'eau serait réconfortant. Elle se fit alors un petit feu dont les flammes dansaient sans se soucier de quoi que ce soit. Faisant crépiter les buches.

Celebrimbor.

Le prénom de son cousin résonna de nouveau. D'abord surprise, se demandant si elle ne commençait pas à halluciner, elle sera un peu plus ses jambes contre elle. Se souvenant.

Elle se souvenait de la venue de son cousin chez eux. Juste de passage. Il était contre cette histoire de serment et surtout ce que son père, Curufin, faisait pour. Il a décidé de partir, à l'Est. Puisqu'il était sur la même longueur d'onde que Maglor, il lui a donné des nouvelles quand il s'est finalement installé en Eregion. Elle n'avait eu que quelques nouvelles interposées par son paternel. Souvent, elle lui demandait de demander à Celebrimbor comment étaient ces terres, la région, si c'était différent d'où eux se trouvaient. Elle était curieuse, quelque peu avide de voyage.

L'idée d'aller le trouver, le déranger et en plus lui demander un peu d'aide ne plaisait pas beaucoup à l'elfine. Et en même temps, elle devait ravaler cela et essayer parce qu'à ce moment, elle n'avait nul autre choix. Elle ne connaissait guère assez les terres du milieu pour pouvoir voyager. Elle ne songeait pas savoir se battre suffisamment pour être en sécurité. Et, elle ne pouvait qu'avouer que la solitude ne lui plaisait pas. Elle avait toujours été entourée et même si le silence autour d'elle pouvait avoir quelque chose de reposant, par moment, ça l'angoissait.

C'est ainsi qu'elle prit route pour l'Eregion et réussit à le trouver.

C'est même étonnée d'elle-même qu'elle arriva devant ce grand manoir gardé. Elle fit une pause, non sans remarquer que les deux soldats la fixaient, se questionnant certainement. Elle se sentait embarrassée, mais ne pouvait désormais plus reculer. Alors elle leva la main afin de venir faire tomber sa capuche tout en s'approchant d'eux.

Miswa : « J'aimerais voir Celebrimbor. »

Les rares elfes qui passaient dans la région n'étaient autre que les soldats de Celeborn et Galadriel qui se rendaient à la Lorien afin de préparer le royaume. Les deux gardes comprirent donc que ce devait être assez important pour qu'une elfine fasse route, visiblement seule, jusqu'ici. L'un deux la fixa en particulier, elle avait des traits familiers. Il ne pouvait à ce moment pas faire le lien avec cette petite elfine qu'il a croisé en Bereliand en suivant Celebrimbor. Elle était à cette époque si jeune. Il se tourna vers son collègue afin de lui faire signe qu'il allait prévenir leur seigneur Il toqua contre la porte de son bureau avant de l'entendre l'autoriser à entrer.

Olorin : « Seigneur Celebrimbor, une femme vous demande. »
Celebrimbor : « Une femme ? »
Olorin : « Une elfine. »
Celebrimbor : « Que veut-elle ? »
Olorin : « Je ne suis pas sûr, mais elle a un air familier. »

Le haut elfe se leva alors en lâchant ses papiers et se demandant qui ça pouvait bien être et pourquoi, tout en retrouvant l'entrée du royaume. Son regard se posa immédiatement sur cette silhouette et plus il s'approcha, plus cette sensation de déjà vu le prit, l'envahit, jusqu'à ce qu'il se souvienne et se précipite.

Celebrimbor : « Miswa ? Est-ce bien toi ? »

Elle hocha légèrement de la tête, surprise de le voir... Heureux ? Du moins avant qu'il ne l'observe de bas en haut.

Celebrimbor : « Que t'est-il arrivé ? Viens entre. »

Il demanda aux deux soldats de prévenir les serviteurs afin qu'ils leur apportent du thé et lui prépare une chambre avant de lui ouvrir la route chez lui. Il l'amena dans son bureau et l'invita à s'assoir dans le canapé, à côté de lui.

Elle s'assit sur le bord de l'assise, comme prête à repartir rapidement, ce qu'il vit. Il la détailla, ses vêtements étaient poussiéreux, elle devait marcher depuis plusieurs jours, voir semaines s'il comptait la fatigue qui marquait son visage. Elle observait cette table basse devant elle, ne sachant pas trop par quoi commencer.

Celebrimbor : « J'ai appris pour ton père... Je suis désolé, c'était quelqu'un de bien. »

Chuchota-t-il pour briser le silence. Il avait appris la nouvelle par un courrier de Cirdan. Bien sûr que cette annonce l'avait touché. Et il s'était interrogé de ne pas avoir vu le nom de cette elfine sur le courrier. Il a craint, un instant qu'il ait pu lui arriver à elle aussi quelque chose.

Elle hocha la tête avant de murmurer un « merci ».

Miswa : « Je sais qu'il t'appréciait beaucoup. »
Celebrimbor : « C'était réciproque. Comme avec toi. Mais la dernière fois que je t'ai vu... Tu étais certes plus petite mais surtout tant plus rayonnante... »

Il s'en souvenait de cette jeune elfine qu'il n'a pourtant vu que deux ou trois fois. Mais lorsqu'il a décidé de quitter la région, qu'il a fait une brève halte dans le royaume de son oncle, elle était là, à l'observer de ses yeux cyan brillant et de son fin sourire tendre.

Miswa : « C'est juste la naïveté de l'enfance qui faisait ça. »

Il se doutait forcément que la mort de son père l'avait profondément touché.

Celebrimbor : « Il me semble qu'il voulait t'envoyer avec les jumeaux à Lindon, tu es allé ? »
Miswa : « Hm. Mais j'ai décidé d'en partir. »
Celebrimbor : « Pourquoi ? Tu aurais été en sécurité là-bas. »
Miswa : « Mais pas à ma place... »
Celebrimbor : « Que s'est-il passé ? »

Face à sa voix plus grave, elle voulut lui expliquer mais se ravisa avec un simple :

Miswa : « Je ne veux pas t'embêter avec cela. Je... Je suis venue parce que je ne savais pas où aller d'autre mais je partirais au plus tôt. »
Celebrimbor : « N'y penses même pas ! Tu vas rester avec moi. »
Miswa : « Je ne veux pas que tu te sentes forcé. »

Il s'inquiéta de ressentir autant de détermination. Craignait-elle sincèrement qu'elle pourrait le déranger ? Il lui adressa alors un sourire tendre.

Celebrimbor : « C'est un plaisir pour moi de t'avoir à mes côtés »

Un plaisir qui allait l'aider, un temps, à reprendre confiance en elle, en la vie. Ils avaient tant de points communs, elle apprenait tant de choses à ses côtés et lui, il devenait un peu moins solitaire. Elle prenait soin de lui, l'incitant à faire attention, en particulier lorsqu'il se lançait dans une création et qu'il ne voyait plus le temps passer, qu'il ne dormait plus et sautait les repas.

Les années étaient passées si rapidement. Elle retrouvait chez Celebrimbor cette bulle coupée du reste du monde que lui procurait son chez elle. Elle continuait de rester cachée quand il recevait du monde, refusait de l'accompagner aux réunions. Lui, il n'insistait pas, il comprenait que même si elle se sentait plus à l'aise, qu'elle commençait à rayonner doucement de nouveau, elle avait peur que tout s'effondre de nouveau.

MiswaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant