Les plongeurs

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Abby
— Bienvenue dans votre suite mademoiselle Abigail.
— Merci.
C'est comme si j'abandonnais ma propre vie pour m'approprier celle d'une autre femme. Je redouble d'efforts au jour le jour pour soigner mon image. À seulement vingt-cinq ans, c'est difficile de croire que ma vie trimballe déjà toute une multitude de mauvaises expériences. Cette opportunité est la chance que je me donne de repartir à zéro. De tout oublier.
Si seulement c'était aussi simple.
— Bonsoir monsieur Stedman.
— Désolé de vous appeler à cette heure Abby, je voulais savoir comment a été le voyage et aussi, si vous vous êtes bien installés.
J'aimerais ne pas mentir, les hôtels cinq étoiles me laissent de mauvais souvenirs. Mais je garde ça pour l'Abby morte.
— Oui, tout est parfait. Mes deux collègues sont dans leur chambre.
Je ne suis dutout pas douée pour les mensonges, mais jusque-là je tiens bon. Je reste cette survivante qui continue sa nouvelle thérapie.
— Bien. Je te fais confiance. Demain, appelle-moi une fois sur place.
— Merci. Entendu.
Nouvel emploi. Nouveau départ. Nouveau moi. Le tableau se forme peu à peu.
Assistante de monsieur Stedman depuis déjà trois semaines, me voilà maintenant au Canada en tant que représentante ad-interim de sa compagnie pour un nouveau contrat.
Je me laisse tomber sur le grand lit. En fait, je plonge avec tous les jugements positifs que je porte sur moi, ignorant complètement ce que l'avenir me réserve, ignorant mes sentiments désordonnés. Oui, j'essaie de me reconstruire. Je n'ai de place que pour l'instant présent, bien que les secondes ne font qu'augmenter mon manque de confiance et que pour m'en remettre il me faudra toujours beaucoup plus. Mais je me dis bien que j'ai ma chance, je dois à tout prix tenter de réparer mes bourdes car j'ai été malmenée, trahie, utilisée comme un simple jouet sexuel malgré tout l'amour que j'avais à offrir. J'ai appris à aimer malgré le côté obscur des gens, malgré moi, malgré lui, sa ruse et son âme ensorcelée dans laquelle il enferma tous ses secrets.
La conscience, c'est ce qu'il me manque, sinon, je ne ferai que creuser ma propre tombe.
Je dois assumer, affronter ma réalité comme une battante. Je me donne ce défi, de ne plus avoir à refaire ce jeûne ou à reproduire les mêmes bêtises. Je dois me durcir et continuer à avancer même si je dois rôder autour d'une lutte quotidienne.
Combien de temps mon bouclier pourra-t-il tenir ?

Il fait jour. Les hommes d'affaires et les femmes en tenue décentes défilent sur le sol marbré à travers la grande salle réservée pour le dit événement.
Plus de deux heures à faire semblant de connaître tout le monde, à discuter les schémas de l'investissement et la concurrence du marché d'échange. Mes deux collègues m'appuient à chaque rebondissement, des lots de feuilles couvres entièrement la grande table de discussion, tout est devenu pêle-mêle que j'ai eu le regret de ne pas avoir avalé quelques litres d'alcool avant de m'y rendre. Finalement, j'ai trouvé un terrain d'entente, pour le bien de tous. Je parviens à décrocher les avantages souhaitées par monsieur Stedman tout en ayant un certain nombre de réserves. Puis nous sommes rentrés le même jour. Avec de lourdes fatigues. Comme si on revenait d'une guerre incessante.
— J' suis crevée...
Arrivée, mon oreiller m'accueille. Je jette ma valise parterre et cesse de résister à mes troubles d'épuisements.
— Regarde-moi cette tête. Tiens, allonge-toi un peu sur ce côté.
J'entends uniquement la voix d'Emilie et ressens ses bras qui m'empoignent les pieds l'un après l'autre. Une vraie amie d'enfance avec qui je partage mon appartement.
— Je suis sûre que tu les as écrasés ma belle. Maintenant tu dois dormir, on parlera demain matin.

Carter

Je compte. Comme un ado qui attend qu'on lui fasse profiter une partie de son jeu préféré. Cela fait presque deux semaines depuis que je suis officiellement divorcé, presqu'un mois depuis que je n'ai pas revu Abby. Elle ne répond plus sur son portable et je ne connais même pas l'endroit où elle reside. Tourmenté autant de ma rupture avec celle en qui je croyais avoir trouvé le vrai bonheur, Kym. Je pensais que son absence aurait énormément pesé sur ma conscience car c'est elle que j'ai brutalement brisée, mais c'est encore d'elle j'arrive à me passer. À un moment donné, j'ai cru que j'allais être soulagé en regardant mes photos de mariage, mais elles m'ont torturé, m'ont fait ressentir ce vide d'être quelqu'un qu'on a réellement abandonné et qui a tout perdu.
— Nous y sommes monsieur.
J'ai ce fameux rendez-vous avec le directeur de l'une des plus grandes entreprises de New York qui connaît en même temps la plus grande chute de l'histoire, et j'ai l'intention de l'acheter. Les statistiques prévoient déjà de grands avantages. En fait, ma vie ces temps-ci, c'est l'équilibre. Les bonnes et les mauvaises nouvelles marchent main dans la main. Va savoir qui sera le perdant.
— Merci Théo.
Je descends de ma jolie carrosserie, celle qui me berce depuis que j'ai obtenu ma promotion, suivi par deux gardes du corps qui sont eux aussi la preuve de mes efforts et de mon changement de cadre. Pourtant, c'est de cette chose que j'ai besoin d'être protégé. Elle est là. Elle m'agresse. Il n'y a personne qui la voit.
Je n'aurais jamais imaginé que l'amour, aussi doux qu'il soit, pouvait être le plus grand des criminels.
— Bonjour monsieur, puis-je ?
Une demoiselle se charge de mon manteau. Et une autre vient me proposer du bon vin. Je pénètre le minisalon de la compagnie, là où on reçoit les personnes très importantes. Somptueux mais archaïque.
— Non merci.
— Excusez-nous, monsieur Rich va arriver au bout d'une minute.
Je parcours du regard l'endroit peint de gris sombres, décoré de lumières jaunes, d'énormes vitres noires, et de quelques liasses de journaux posées sur une petite table.
Qui lit encore les journaux ?
Finalement, je me dis que cet homme n'a vraiment pas de goût à mon style.
Mes bodyguards s'en approchent à mesure que je suis ma curiosité.
— Monsieur Carter.
J'entends cette voix dans mon dos, à environ trois mètres.
Tout comme son ton vient de me dire quelque chose, il fallait juste un regard pour reconnaître le visage de ce vieil homme ? en surpoids ?
Mais non. Il n'est plus en surpoids et son visage a changé, peut-être que ce n'est pas lui.
— Mais...
Lui aussi, il s'étonne. Il ressemble à l'homme que j'ai croisé lors de mon dernier voyage en provenance de la Belgique.
— Donc c'est vous le directeur que je dois rencontrer ?
Il sourit à ma question et me tend la main.
— Théodore Rich.
Je suis déconcerté. Est-ce bien ce qu'on appelle une coïncidence ou c'est l'un des sauveteurs qui vient pour me tirer de l'océan ?
— Chris Carter. Mais...
— C'est bien moi.
Moins de barbe, moins gros, moins vieux. Il confirme mes doutes.
— Mais je comprends pas, vous étiez presqu'obèse, seul dans l'avion, comme un simple homme.
— Mais je suis un simple homme. J'ai juste vu votre photo dans le journal et je vous ai reconnu.
Il montre un cigare et l'allume.
— Moi j'ai beau entendre cité votre nom partout, je n'ai jamais vu votre visage. Alors comment comprendre notre rencontre à l'aéroport. Vous devriez être en jet privé, non ?
Même pour le boulot les surprises s'accroissent.
Ce dernier prend une nouvelle taffe avant de me répondre.
— Ce jour là, je savais déjà que nous allions couler. Je n'avais plus de jet et je ne voulais pas me présenter en tant que tel pour attirer l'attention les médias. Je me suis camouflé pour rentrer. Et voilà. Maintenant allons droit au but, parlons affaires.

Confidence (Tome 1)Des histoires addictives. Découvrez maintenant