Carter
— Comment puisses-tu espérer mon aide en ne sachant rien sur elle ?
Je remplis pour la deuxième fois le petit récipient.
— Je connais quelqu'un. Il va peut-être nous conduire jusqu'à elle.
Ce dernier me regarde droit dans les yeux et ravale un autre coup.
— Qu'est-ce que tu ne m'as pas dit Chris ?
Rien ne lui échappe. Je me lève et prends place sur le rebord de la table de bureau.
— Pourquoi je t'aurais caché quelque chose?
— Tu m'as caché plein de truc qui ne sont pas de mes oignons bien sûr, mais...
— Arrête moi ça, tu veux bien ?
— ...Et d'abord comment l'as tu connue ?
******
Des choses se sont passées. Des choses dont je ne me souviens même plus. Mais il y a aussi celles qui sont désormais mémorables.
À partir de là, je commence par raconter à Andrew le film dramatique de ma vie. depuis quand cela à commencer, depuis quand cette femme a commencé à tourner autour de mon cœur de pierre.
Je me tiens comme un diseur, un romancier, un poète qui s'exprime à voix haute. Je me suis mis dedans, dans cette histoire sans fin, comme pour sentir chaque baiser, chaque fait et geste. Juste pour la revivre.
C'était un jeudi matin, nous étions à Globtech. Quand je dis nous, je parle de tous les employés mais surtout d'Andrew et de notre ancien p.d.g. Nicolas Blyte.
Tout se passait comme à l'ordinaire. Je m'étais préparé à ce que je reçoive les postulantes pour le poste de secrétaire. À cette époque, j'avais la bague au doigt qui ne cessait de briller. Je la touchais à chaque fois pour me rappeler la chance que j'avais. Le monde ne tournait pas autour de moi, il ne tourne autour de quiconque d'ailleurs, mais j'y croyais avec Kym, car elle était l'apogée. Ma vie tournait autour d'elle et je croyais que le monde l'était tout autant. Je me demandais comment pourrais-je me passer d'elle. Et c'est peut-être cette phrase qui m'a par la suite condamné. Une jeune femme en veston crème apparut, venant de nulle part, étrangère, mais sûre d'elle. Malheureusement on n'avait plus de place et je n'avais pas ce rôle de prolonger la liste. Je lui avais promis de faire le nécessaire en vue de l'aider et lui avais confié mes coordonnées pour me rappeler en cas d'oublie de ma part.
— Et tu as oublié ? Elle t'a appelé ?
Andrew connaît sûrement ce qui devait se produire. Il attend à ce que je le dise. À ce que je finisse par admettre que c'est moi le responsable de tout ça.
— Non. J'ai pas oublié. C'est moi qui lui ai téléphonée en récupérant le numéro dans son dossier. C'est de ça dont je te parle. Et ce quelqu'un qui doit nous amener jusqu'à elle est notre secrétaire qui sait où sont gardés ces dossiers.
— Et tu crois pouvoir trouver l'essentiel dedans ?
— Je devrais. Il y avait pas mal d'informations. Mais ce qui m'intéressait à l'époque c'était que je la vois. Je feuilletais les pages sans garder les moindres détails concernant sa vie.
— C'est pas étonnant, tu voulais la sauter. Tu ne l'aimais pas.
Je goûte une fois de plus au whisky.
— Là tu te plantes. J'avais rien en tête. Je voulais juste l'aider. J'appréciais son charisme.
Je descends de mon piédestal et aussi de cette table pour reprendre mes esprits. Je suis le premier homme de cet espace et je dois avoir totalement le contrôle.
— Récupère le auprès de Jack. Dis lui que c'est pour toi.
Andrew reste perplexe après que j'ai sorti ces mots.
— Attends... tu avais prévu d' m'utiliser de cette manière ?
— Mais non ça m'est venu à l'instant, c'est la meilleure chose à faire. Et je sais que tu as envie de m'aider.
Abby
Fini de parler avec Nick, je me rends à l'agence pour remettre le rapport à monsieur Stedman au lieu de téléphoner et d'avoir à repasser car j'ai mes premiers jours de congé et je compte bien en profiter.
Il était temps pour moi de faire des courses.
Je regarde le long des étagères, constatant à quel point les légumes et les fruits manquent à notre appartement. Franchement, j'ai envie de tout emballer, notre frigo est presque vide. Y a rien à dire que les rendez-vous successifs d'Emilie me donnent du pain sur la planche. Mais au moins, pour une fois, je me sens utile là où je crèche. Faudrait pas que ma mère m'entende.
En parlant d'elle, quand j'ai dit que je compte en profiter de mes journées, c'est en les passant à ses côtés. Je ne l'ai pas revue depuis deux mois. Et ses pommes de terres là devant moi lui feront trop plaisir.
— Salut.
C'est qui celle-là ?
Je fais le sourd et continue à chercher mes friandises.
— Désolée, je vous ai croisé une fois et...
Je lui coupe les mots d'une manière assez brute et directe.
— Excusez-moi mais j'aime pas les femmes. Je ne suis pas comme vous. Passez une bonne journée. Dis-je.
— Non... je...
Je reste à l'écoute en l'accordant malgré tout le bénéfice du doute.
— En fait, reprend-t elle. Je suis Kym. Vous ne me connaissez pas. Vous aviez la tête baissée alors... je voulais voir à quoi ressemble la femme avec qui mon ex mari m'a trompé.
C'est un coup de tonnerre que je viens d'entendre. J'ai chaudement tressailli. Je m'étouffe. Ses yeux dans les miens me donnent déjà le sentiment que mes efforts à vouloir aller de l'avant furent vaines. Il n'y a qu'une seule option qui me vient en tête : m'enfuir.
Je cours à toute vitesse vers la sortie, évitant le regard de cette femme que je ne connais même pas. Oh mon Dieu!
J'ai réussi à appuyer le dos contre un mur à l'autre bout de la rue pour pouvoir enfin essouffler. Je souffre d'asthme, et j'ai le souffle très haut. C'est comme-ci je voyais toutes les images de cette affreuse blessure défilées par-devant mes paupières en regardant cette femme. Je pensais avoir tiré un trait sur tout ça, mais ce mal me suit partout et semble briser mon armure de femme battante.
— Allo Lie
— Abby ? Qu'est-ce que t'as ?
— Tu peux venir me chercher ? J' suis tout proche du supermarché.
Je raccroche sans dire plus.
Emilie vient à ma rescousse dans le quart d'heure qui suit, accompagnée de Jason, apparemment qui possède une belle voiture. Mais bon, ça on en reparlera après.
— Dois-je t'amener à l'hôpital ?
Émilie s'inquiète beaucoup plus que ce que j' m'imaginais. Je j'aurais mieux fait de ne pas l'appeler.
Sérieusement, qu'est-ce qui m'a pris ?
— Non. Ça va. Je veux juste rentrer. Je ne pouvais pas rester.
— T'inquiète, je gère. Je vais ramener ce qu'il nous manque. Jason je te présente ma meilleure amie Abby, et Abby voici Jason, mon...
Au delà de mon malaise. Je suis curieuse de savoir à quel niveau elle est si naïve de se mettre avec lui aussi rapidement.
Elle hésite. Couverte d'embarras jusqu'à la prise de parole de Jason qui l'aide à s'échapper. Il est beaucoup plus dangereux que ce que je croyais.
— Enchanté. Emilie me parle souvent de vous.
De moi ?
— Ah bon ? Dis-je en changeant d' sujet. Eh Lie, apporte aussi des pommes de terre. C'est pour ma mère. Je compte aller la voir.
