Abby
— Merci de m'avoir tout dit. Tu as bien fait de libérer ton cœur. Ce n'est pas de ta faute, tu ne savais pas qu'il était marié.
Je finissais de raconter à ma mère mes maux. J'aurais l'air plus naïve que ce qu'elle pense déjà de sa fille si je l'avais expliquer comment je suis tombée sur l'ex femme de Chris et que cela m'a totalement chamboulé.
— Tu as le droit de te sentir effondrée, mais tu dois avancer. Tu dois surpasser tout ça. Souvent notre cœur nous joue des tours, il faut avoir le courage de pardonner. De voir le bon côté des choses et suivre le cours de notre vie.
Je regarde ses mains qui empoignent les miennes, les serrant si fort, comme pour me transmettre son énergie.
— Abby.. he.. Abby, regarde-moi.
Du bout des doigts elle me soulève le menton pour effacer la tête décevante que j'affiche. Je suis très déçue de moi-même. Je me demande comment est-ce que je n'ai pas pu le remarquer putain ! Je l'aimais. Je l'aime encore. Mais il n'a fait que mentir. J'étais rien d'autre qu'un plan cul.
— Tu vaux plus que tout ça. Désolée de le dire mais ce n'est qu'un enfoiré, comme ton père l'a été.
Des souvenirs de mon enfance me surgissent à l'esprit, comme le jour où mon père m'a offert l'une des petites fleurs rouges et qu'il m'a dit :
Tu sais, les femmes sont comme des fleurs, et les hommes doivent être comme ta mère. Il faut toujours les arroser. Mais parfois, les hommes n'ont pas assez d'eau. Pourtant, les fleurs ne cessent de fleurir, car le ciel les arrose. Mais quand vient la sécheresse, ils creusent et ne renoncent pas. Ils puisent dans leurs souffrances et déversent des larmes invisibles en les laissant couler dans le cœur sec et brisé des femmes. C'est la façon la plus sûre pour une femme de reconnaître l'amour d'un homme, son refus de renoncer lorsqu'il n'a plus d'eau pour l'arroser et ce, même s'il devrait se vider de son sang ou de ses tristes pleurs, noués de regrets. Alors, je veux que tu saches que je t'aime ma chérie et je regrette de vous avoir causé du tort, à toi et à ta mère. Mais je ne renoncerai pas à vous même étant là-haut, je serai votre plus grande pluie.
— Abby ? Tu m'écoutes ?
Le temps que je revienne à la normal, je réalise beaucoup de chose. Mon père a été un connard c'est vrai, mais il nous aimait. Je ne cherche pas à l'excuser de nous avoir abandonnées mais il avait raison.
— C'est vrai maman. Tu n'as pas tort. Mais il nous aimait, lui. Il a persévéré pour pouvoir être intégré, faire partie de notre vie malgré les mots sanglants et les refus honteux qu'on lui a lancés.
— Je ne souhaite pas t'encourager dans tes délires ma fille mais rien ne dit qu'il ne te cherche pas lui aussi, ton Chris Carter.
— Il ne connaissait rien de moi, même pas l'endroit où je crèche. C'est ce qui me fait mal car je voyais bien que rien ne lui intéressait sinon que le sexe, et je me suis laissée aller. Le pire, je suis tombée amoureuse.
Mes pleurs deviennent inconsolables.
— Il a également divorcé avec sa femme pour être avec toi.
— Mais non ! j'ai... je l'ai croisée et c'est sûrement elle qui a demandé le divorce. Elle était au courant.
J'aurais aimé ne pas lui raconter tout ça mais fallait qu'elle le sache. Il n'y a aucune raison qui explique le soi-disant amour de cet homme.
— Quoi ? Tu as croisé sa... en fait, son ex femme ? Eh bien tu n'as qu'à voir le côté positif des choses, tu m'avais dit qu'il était venue te demander pardon. Il ne l'aurait pas fait si tu ne comptais pas.
— Mais maman ! Tu le défends. Tu t'en rends compte ?
Elle ouvre le tiroir du buffet situé à côté du lit.
— Ton père était un vrai connard. Je savais qu'il m'aimait. Qu'il était prêt à se mettre sous un train pour se faire pardonner, mais je me laissais envahir par mes blessures, je ne l'ai jamais donné une chance de prouver le contraire et ça, c'est plus dur que les souffrances qu'il m'a causées. Je ne veux pas que tu reproduises ces mêmes erreurs. Tu l'aimes. Il faut juste la preuve qu'il t'aime en retour. Sinon, tu passes à autre chose. C'est plus facile à dire qu'à faire, mais je n'ai pas eu de mère pour me le faire comprendre.
Elle me file une vieille photo d'elle et de mon père arrosant des fleurs rouges. Les mêmes que celles posées à l'entrée de la maison, les mêmes qui ont marqué mon adolescence.
Je souris. Je ne l'ai jamais vue, cette photo.
— C'était quand ?
— Je te le dirai quand tu auras fini avec tes problèmes de cœur. Ce secret me hante depuis trop longtemps, mais j'ai peur qu'il ne cause plus de dégâts dans ta vie qu'une partie de la mienne.
— Mais...
Je suis dans la confusion totale. C'est comme un cercle de ma vie qui tourne et tourne et tourne, encore et encore... enfin...
Je me retrouve à chaque fois dans des positions similaires. Quel secret pourrait avoir ma mère à son sujet ? Que je ne suis pas sa fille ? Ça non, un test ADN a été fait il y a longtemps. Cela fait cinq longues années depuis que mon père ne s'en est pas sorti de sa maladie de cœur. Depuis qu'il me manque...
— Aller, repose toi. Je te le répète, vois toujours le bon côté des choses. N'y réfléchi pas trop. Dors bien ma chérie.
Carter
Je scrute le plafond. Ça me rappelle quelque chose... en effet, ça me rappelle mon séjour en Belgique. Le jour où j'ai plongé. Cette lumière jaune qui ne cessait de briller, que je voyais trouble derrière le flou de mes pleurs, c'était comme regarder l'éclat du soleil au fond de l'océan. Mais les choses ont bien changé. Beaucoup.
Cette nuit, je veux rêver d'elle, j'aimerais voir l'avenir, voir si je la verrai à travers sa mère. Porte-t-elle le même regard qu'elle ? Ont-elles le même teint ?
Je sais que c'est fou, mais j'ai ce désir de savoir à quel point que je ne suis pas trop loin de la revoir, de connaître des jours nouveaux avec le son de sa voix qui me parle, peu importe les mots qu'elle me sorte, juste le son. Juste elle.
— Bonjour monsieur.
— Bonjour Théo.
J'observe le ciel et prends une profonde inspiration avant de monter dans la voiture. C'est le grand jour.
— Suivez cette adresse.
— Oui monsieur.
Je doute fort que mon plan d'hier avec Andrew puisse se transformer en échec.
Mais bon Chris, ce n'est qu'une adulte à la cinquantaine. C'est sa mère. Pas elle.
Je ressens le poids d'une énorme pression à mesure qu'on s'en approche.
Dix heures piles.
— Nous y sommes monsieur.
Je me sépare de ma ceinture de sécurité et sors du véhicule.
À première vue, le quartier semble vraiment calme. Trop calme même. Je vois le nombre 225 inscrit sur la porte blanche d'une petite maison à ma gauche. C'est bien le numéro mentionné dans son dossier. L'entrée de la maison est extrêmement magnifique avec des fleurs de toutes sortes. Sa mère est amoureuse des plantes ça y a aucun doute, apparemment, elle a même un petit jardin à l'arrière.
Outre, je ne réfléchis pas pour me décider. J'appuie sur la sonnette. Trois coups et j'attends, patiemment.
— Bonjour madame White.
— Bonjour !
Putain ! C'est comme voir Abby dans sa version plus âgée. La femme porte une chemise noire à carreaux bleus. Les quelques branches grises de sa chevelure la rendent encore plus belle. Charmante en plus.
— Je suis Philipe de C.K Coorporation. Mademoiselle Abigail White a donné dans son dossier cette adresse comme référence, nous souhaitions discuter avec vous et avoir une idée sur l'environnement dans lequel elle a grandi.
— Ah... vous tombez à point, elle est...
Elle s'interrompt...
Mais...
— Carter ?
Putain de merde !
— Abby ?
