Chapitre 14

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Elle était restée de longues minutes immobile après ce second baiser. Que convenait-il de faire ou de dire avec un geste aussi simple et beau ?

Elle ne savait pas exactement pourquoi elle l'avait fait. Jamais elle ne s'en serait cru capable. Mais elle avait été d'autant plus surprise quand il l'avait embrassée en retour. Dire qu'elle avait rêvé de ce moment eut été un euphémisme.

Cette scène était passée et repassée dans ses rêves, encore et encore. Du baiser timide, au baiser passionné, d'un lieu vide de monde à une place bondée. Oui, elle avait imaginé mille et une fois ce premier baiser, mais elle n'avait pourtant pas été préparée à tout ce qu'elle avait pu ressentir à son contact. Sa présence faisait naître un sentiment particulier en elle et ce baiser n'avait fait que l'attiser.

Le regard perdu dans le sien, elle souriait presque timidement. Elle se demandait à quoi il pouvait bien penser à cet instant. Regrettait-il ce baiser ? Elle se sentait tellement ridicule à cette idée.

Le silence se prolongeait entre eux, mais il n'était pas oppressant. C'était un silence calme et léger, de ceux qui permettent d'apprécier pleinement le moment présent.

Pourtant, toutes ses craintes étaient revenus au galop dans son esprit. Elle aurait voulu fuir cette situation, partir se cacher bien loin de son regard perçant. Que pouvait-il penser d'elle ?

Alors qu'elle avait fait quelques pas en arrière, s'apprêtant à tourner les talons, il l'avait retenue, prenant sa main. Avec beaucoup de délicatesse, il la ramena au creux de son bras, lui permettant de s'appuyer sur lui tout en l'invitant à faire quelques pas en sa compagnie.

Quelque peu rassurée, elle se laissant conduire. Elle le laissait les guider sans trop savoir où il comptait les emmener. Avait-il vraiment une idée derrière la tête ? Elle n'en était pas certaine, mais marcher au bras de cet homme la remplissait de fierté.

Elle était fière de lui, de l'homme qu'il était, malgré toutes les choses horribles qu'il avait pu faire par le passé. Elle était fière d'avoir cette chance d'être à son bras. Ce n'était pas tout le monde qui y avait eu droit, l'approcher relevant presque du miracle. Pourquoi agissait-il de la sorte avec elle ? Se pourrait-il qu'elle ne le laisse pas indifférent ? Elle en doutait. Tout ceci allait déjà bien au-delà de ses espérances, que ses sentiments puissent être réciproques n'était pas envisageable pour elle.

La nuit était tombée, leur offrant par sa pénombre, toute la tranquillité dont ils avaient besoin. A cette heure-ci, personne ne se formalisait de savoir qui se baladait dans les rues.

Il laissait ses pas le guider, ne sachant pas vraiment ce qu'il convenait de faire.

Après le baiser, il n'avait pu détacher son regard d'elle sans pour autant savoir pourquoi. Il n'avait jamais ressenti cela avant, jamais avec une telle intensité. C'était soudain, inattendu, déstabilisant. Mais c'était aussi agréable, surprenant et grisant.

Il pensait à tout et à rien à la fois. Le côté le plus rationnel de lui-même lui envoyait toutes sortes de mises en garde, le défendant d'aller plus loin et de rester plus longtemps en cette douce compagnie. Mais une autre facette de lui-même avait envie de faire tout le contraire. Il n'avait pas pour habitude de l'écouter. Généralement, son côté rationnel prenait le dessus et il retrouvait aisément ce masque si lourd mais si protecteur. Pourtant, l'envie de l'écouter n'avait jamais été aussi forte.

Maintenant qu'il l'avait à son bras, il découvrait une toute nouvelle sensation. Il y avait quelque chose de particulier dans le fait de déambuler dans les rues avec elle. Il ne put s'empêcher d'imaginer marcher avec elle au grand jour. Bien sûr, c'était impossible, et il le savait. Mais pour ce soir, ce soir seulement, il avait envie de s'accorder ce petit écart de conduite.

L'ange noirOù les histoires vivent. Découvrez maintenant