Minneapolis , Été 2018
Détruite par le décès de sa mère et délaissée par son père après qu'il a sombré dans l'alcool : c'est ce qu'est Alexis Hall, jeune fille de 17 ans à qui la vie n'a pas fait de cadeau.
Son quotidien va être bousculé à l'instant...
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Une heure plus tard, vers 21h, j'entends la porte s'ouvrir puis se refermer dans un bruit sourd. Je déglutis nerveusement. Mon père déboule dans le salon complètement bourré. Je suis surprise de constater qu'il rentre tôt ce soir. Si j'avais su, j'aurais plutôt passé ma soirée à l'abri dans ma chambre pour ne pas avoir à le voir. J'éteins la télé et tente de rejoindre ma chambre. Mais juste avant d'y entrer, je sens une poigne saisir mes cheveux fermement.
Je ferme les yeux.
Pitié, non.
Trop tard, je suis déjà balancée au sol. Mon père s'acharne sur moi sans rien dire. Il me balance des coups dans les jambes, dans le ventre, au visage... aucune partie de mon corps n'est épargnée. J'essaie de me débattre, en vain.
Quelques coups de pieds et coups de poings plus tard, mon père s'écarte de moi pour faire je ne sais quoi. Je ne réfléchis plus et en profite pour me lever péniblement et courir vers ma chambre le plus vite possible comme si ma vie en dépendait. C'est peut-être le cas d'ailleurs.
— Reviens ici ! crie mon géniteur.
Mes doigts tremblent comme jamais auparavant mais j'arrive tout de même à fermer à clé la porte. Je soupire de soulagement dès que c'est fait.
— Ouvre tout de suite ou je défonce la porte ! me menace-t-il en haussant la voix.
Je me fige d'horreur.
Il n'oserait pas, si ?
J'ai vite la réponse à ma question quand il commence à marteler la porte à coup de... marteau ?! Oh putain. Un trou se forme très rapidement dans la porte. Beaucoup trop vite pour que j'ai le temps de faire quoi que ce soit. Il passe une de ses mains dans le trou qu'il a créé dans la porte et ouvre cette dernière. Dès l'instant où il commence à s'avancer vers moi, son marteau en main, je devine parfaitement que pour moi, ça va être la fois de trop. La goutte qui fait déborder le vase.
Je recule au maximum jusqu'à ce que mon dos se retrouve contre le mur et prends une grande inspiration. Si j'arrive à m'échapper et à appeler la police, peut-être que ça pourra le faire.
Mais mes espoirs s'envolent bien vite quand mon père m'envoie un coup de marteau dans le ventre, me faisant hurler de douleur. Il le pose ensuite pour continuer avec ses poings et ses jambes.
— JE VAIS TE TUER, ESPÈCE DE GARCE.
Probablement.
— ARRÊTE ! je lui hurle en retour.
Je suis quasiment sûre que tout le quartier m'a entendu, mais ça m'est bien égal. Je sens du sang couler de mon nez et de ma bouche et j'ai l'impression de tomber dans les vapes à chaque nouveau coup.
Allez, lutte, bats-toi ! me supplie ma conscience, te laisse pas faire !
Avec le peu de courage et de force qu'il me reste, je parviens — et je ne sais même pas comment c'est possible — à repousser mon père et à courir vers la porte d'entrée. Malheureusement j'ai beau forcer sur la poignée, je ne peux que constater qu'elle ne s'ouvre pas, qu'elle est fermée à clé.
Merde, merde, merde.
La panique anime mon corps et la peur coule dans mes veines.
Dans un élan de courage, je saisis mon téléphone et compose le 911. J'entends mon père m'ordonner de revenir.
Il s'approche, je le sens.
— Bonsoir, police nationale j'écoute, que puis-je faire pour vous ?
Une bouffée d'oxygène atteint mes poumons en entendant la voix de la police.
— Mon... mon père, il... il... il veut me tuer... dis-je complètement paniquée en laissant les larmes couler sur mon visage meurtri.
— Mademoiselle, essayez de vous enfermer dans une pièce et donnez-moi l'adresse exacte d'où vous vous trouvez. Et essayez de rester calme, rajoute-t-il en entendant ma respiration saccadée.
Plus facile à dire qu'à faire, j'ai envie de lui rétorquer.
Mais je n'ai pas le temps de répondre que mon téléphone m'est arraché des mains. Je hurle de désespoir en voyant mon père fracasser mon portable au sol, anéantissant mon dernier espoir de m'en sortir à peu près indemne. Mon seul moyen de sortir de cet enfer.
Il m'envoie son poing dans la tête et je tombe au sol, épuisée. Je ne sens plus mon corps tellement j'ai mal.
Et puis une pensée me traverse l'esprit. Et si j'allais rejoindre ma mère ? Mais elle m'aurait dit de lutter, de m'accrocher à la vie comme une moule à son rochet. Mais voilà, aujourd'hui je n'ai plus la force de faire quoi que ce soit. Et j'en viens à regretter de ne rien avoir dit aux garçons. Pourtant ce ne sont pas les occasions qui ont manqué. Ils auraient su m'aider, je le sais, mais j'ai pensé que je pouvais gérer ça toute seule. Quelle grave erreur j'ai faite.
Gérer un homme violent. Ce soir la vie me prouve que non, je ne pouvais rien faire contre lui. Mais que si j'avais mis au courant d'autres personnes, j'aurais pu m'en sortir.
Dans un ultime espoir, je me bats pour garder les yeux ouverts. Ils vont se fermer, je le sais, mais j'essaie de tenir bon.
C'est au bout de longues minutes interminables pendant lesquelles il continue à se défouler sur moi sans répit, que des voix à l'extérieur du couloir se font entendre.
Quelqu'un tambourine violemment à la porte pendant que je suis toujours étendue au sol, à tenter de ne pas perdre connaissance.
— POLICE, OUVREZ OU ON DEFONCE LA PORTE !
Mon père se retourne instantanément vers moi. Il a compris que c'en était fini de lui. À son regard j'ai l'impression qu'il est déçu de moi, qu'il est dégoûté par ma personne. Mais à cet instant, je m'en contrefiche royalement de ce qu'il peut penser.
Je pose ma tête au sol et arrive à sourire un tout petit peu.