Chapitre 30

5 0 0
                                    


Comme tous les matins, je me réveillai avant tout les autres, mais pour une fois je les attendis. Akada fut la première levée, mais elle semblait tout de même en retard. Elle courait un peu partout en tentant de revêtir convenablement une chemise bleue. Elle avait essayé de coiffer ses cheveux, probablement pour arborer un air plus sérieux et professionnel, mais son allure et la tartine dépassant de sa bouche empêchaient toute illusion d'opérer.

"-T'es toujours la ? Le soleil est levé pourtant, que me vaut cet honneur ! me demandât-elle tout en enfilant de longues bottes.

-Puly voulait venir avec moi aujourd'hui, j'attends qu'il se lève.

-Je resterais bien avec toi, mais pas possible. Il y a une réunion importante là."

Tout en disant ça, elle roula des yeux d'un air amusé. Je lui rendis son sourire avant qu'elle ne quitte la pièce à cloche-pied.

Akuma et Nali arrivèrent simultanément. La tension entre les deux semblait réellement s'être apaisée. Malgré l'humeur matinale légendaire de la métisse, les deux jeunes filles s'échangeaient des boutades auxquelles je n'osais pas participer par peur de me faire découper en morceaux par l'une des deux. Quand Puly finit par nous rejoindre, je leur exposais brièvement ce que nous avions décidé, et nous prime très rapidement le chemin pour rejoindre le train. L'axolotl ne tenait pas en place durant tout le trajet, il se montrait curieux à l'égard du moindre détail et je m'empressais de tenter de répondre au mieux à ses interrogations.

Le trajet arriva très vite à son terme. Je coupais l'électricité du grillage et invitais Puly à pénétrer dans l'ancienne usine. À l'intérieur, Mayel et Effo nous attendaient. Ils regardèrent le nouvel arrivant avec des yeux ronds, avant qu'il n'est le temps de dire ou de faire quoi que se soit, je pris la parole avec une légère panique.

"Puly, je te présente Effo, c'est une expérience qui a quitté la tour de lumière et Mayel. Effo, Mayel, je vous présente Puly."

Je posais une main rassurante sur l'épaule du garçon, l'encourageant du regard à retirer son foulard. Il ne réagit pas tout de suite, ses yeux s'étaient posés sur l'expérience en face de lui, et à son tour il semblait hypnotisé par cette vision. Il finit par sursauter, il leva timidement ses yeux violets avant de retirer son écharpe laissant voir ses branchies pour la première fois depuis notre arrivée à Capisis.

Le garçon se fit accepter très vite et Mayel et Effo, qui semblèrent lui accorder leur confiance sans problème à mon grand soulagement.

En début d'après-midi, l'électricien fini par se lever, un point lumineux sur l'appareil électronique de détecter les pannes du secteur.

"-Je vais devoir vous laisser, le devoir m'appelle. Il hésita avant de se tourner vers moi. Kriss, tu viens avec moi ou tu préfères rester avec ton ami ?

-Non, je viens, aucun problème."

La réponse avait quitté ma bouche avant que je n'aie le temps d'y réfléchir. Je lançais un regard à Puly afin de m'assurer que cela ne le dérangeait pas, il me répondit par un sourire.

Nous quittâmes l'ancienne usine pour les grondements de la ville. Ces derniers temps, les problèmes électriques se faisaient rares, mais mon ami m'assura que ça n'allait pas durer, ou que du moins ça ne durait jamais.

Comme toujours, l'après-midi passa rapidement. La nuit n'allait pas tarder à tomber, et je m'apprêtais à partir rejoindre Puly quand Mayel me saisit le bras avec un sourire.

"-J'ai quelque chose à te montrer avant.

Avant même que je n'aie le temps d'ouvrir la bouche, il m'entraina dans un dédale de ruelle et repris.

"Ne t'inquiète pas, ça durera pas, ils ne se rendront même pas compte que nous avons fait un détour."

Je lui souris à mon tour, trop curieux pour trouver quelque chose à redire, et pas mécontent d'allonger l'après-midi dehors. Nous restions proches des murailles les plus extérieures de la ville. Les murs s'étendaient jusqu'au ciel. A leurs pieds je me sentais aussi petit qu'un insecte. Sans réellement m'en rendre compte je stoppais un instant notre course pour observer cette muraille. Mayel me regarda avant de doucement saisir ma main me sortant de la rêverie et m'encourageant à repartir.

La marche ne dura plus très longtemps. Après être passés par plusieurs escaliers nous finîmes par atterrir tout en haut du mur extérieur de Capisis. D'un côté, la ville, gigantesque et minuscule à la fois, et de l'autre, du sable, le désert brillant jusqu'à l'infini. C'était étrangement magnifique. Je jetais un regard à Mayel qui semblait très fier de lui. Je voulus dire quelque chose, mais ma langue était comme emmêlée avec elle-même et je réussis à peine à articuler des syllabes sans aucun sens. Face à ma réaction probablement exagérée, le garçon ne put retenir un fou rire.

"-et bien je vais supposer que ça te plaît.

-Oui oui, répondais-je timidement. Mais... continuais-je en hésitant, pourquoi tu voulais me montrer cet endroit ?

-Je sais pas, je l'aime bien, et je t'aime bien aussi, ça m'a paru une bonne idée. Vous faites comment chez les hybrides ?

-Faire comment quoi ? bafouillais-je sans le quitter des yeux."

Le garçon ne répondit pas, du moins pas avec des mots. Avec un sourire presque timide, il commença à se rapprocher de moi. Je sentis quelque chose bruler au fond de moi, quelque chose d'indescriptible et d'incroyablement agréable. Je n'arrivais pas à savoir si le temps était ralenti ou accéléré. Toutes mes pensées hurlaient, le visage de Mayel n'était plus qu'à quelques minuscules centimètres du mien, tout mon corps me criait de ne pas bouger, pourtant je fis un pas maladroit en arrière au dernier moment. Devant le visage surpris et triste du garçon, la chaleur dans mon ventre se transforma en une vive douleur. Je balbutiais une excuse maladroite avant de partir vers les escaliers afin de quitter les murailles les joues en feu.

Le trajet du retour se fit dans un silence glacial, je marchais plusieurs mètres devant l'électricien, son regard bleu surement posé sur moi agissait comme un poids sur mes épaules. Je n'osais pas me retourner.

Je ne mis même pas un pied dans l'usine, Mayel partit chercher Puly à l'intérieur, la nuit était déjà tombée et il ne fallait pas inquiéter les filles en rentrant trop tard.

Je me repassais la scène durant une bonne partie du voyage en train. J'arrivais à peine à croire que c'était bel et bien un souvenir, je...

"Il s'est passé quelque chose ?"

La voix de l'axolotl me fit sursauter, voyant la panique se dessiner sur mon regard il se mit a gentiment insisté. Restant d'abord muet je finis par céder et lui exposer ce qui s'était passé sur les murailles. En parler calmait les brulures de mon ventre.

"-Je suis désolé, pour les blagues que j'ai pu faire.

-Je te l'avais dit de toute façon, ça n'existe pas chez les hybrides."

Ma voix s'était enrouée avant que je ne puisse totalement finir ma phrase. Puly changea de sujet pour que nous puissions penser à autre chose.

Nous arrivâmes à la tour de lumière en parlant d'un ton que je voulais léger. Nous avions à peine pénétré dans l'enceinte du bâtiment, qu'Akada nous sauta au cou, exposant à quel point elle c'était inquiété. Nali derrière était muette comme une tombe.

"-Calme toi, soufflais-je en me dégageant de son étreinte, on est peut-être rentré plus tard que d'habitude, mais ce n'était pas une raison pour autant s'inquiéter.

-Il va falloir repartir, vous ne pouvez pas rester là ! exprima la rouquine toujours aussi stressée.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? Où est Akuma ? questionna Puly qui commençait également à paniquer."

Akada regarda droite et à gauche mal à l'aise avant de prendre une grande inspiration.

"Akuma a totalement disparue, nous avons fouillé dans toute la tour de lumière, du moins toute la partie qui nous est accessible... Elle ne serait jamais partie sans en informer personne. Je ne sais pas exactement ce qui lui est arrivé, mais je ne veux pas que vous restiez ici. S'il vous arrive la même chose qu'a-t-elle il ne vaut mieux pas que l'on découvre que vous n'êtes pas des humains.

-Mais tu penses qu'il lui est arrivé quoi ? demandais-je redoutant la réponse que je connaissais pourtant déjà.

-Depuis notre arrivée ici les ambassadeurs cherchent à nous faire comprendre que nous n'avons pas notre place ici, c'est un avertissement. Je pense qu'elle a été enlevée par la tour de lumière."

"

Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
Existium SilvamOù les histoires vivent. Découvrez maintenant