Chapitre 10

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C'était un véritable ouragan de pensées et de sentiments contraires qui soufflait à l'intérieur d'Harold avec violence. Il écarquilla les yeux. Il lui fallut plusieurs minutes pour réussir à se calmer un minimum. Alors... Elle avait dit la vérité ?! Elle était vraiment Valka ?! Sa mère était vivante ! Des milliers de questions apparurent dans sa tête. Comment avait-elle survécu ? Pourquoi n'était-elle pas revenue ? Qu'avait-elle fait pendant tout ce temps ? Et qu'est-ce qu'elle faisait prisonnière chez Drago ? Toutes des questions sans réponse auxquelles il ne trouvait pas la voix pour les poser.

-Mon fils..., dit Valka comme si elle ne parvenait pas à y croire. Comment est-ce possible ? Qu'est-ce que tu fais là ?! S'il te plaît, Harold, dis-moi qu'il n'ait rien arrivé à ton père !

La voix inquiète de Valka permit à Harold de s'extirper des pensées dans lesquelles il s'était fait piégé. Il se passa nerveusement la main dans les cheveux, ne parvenant toujours pas à réaliser la situation. Quelles étaient les chances pour que sa mère et lui se retrouvent ici, chez Drago ? Quasi nulle. Et pourtant, la voilà, juste en face de lui. Il hésitait sur l'attitude à adopter. Devait-il être heureux ? Il la connaissait à peine. Devait-il être furieux ? Elle l'avait abandonné. Devait-il s'enfuir ? Cette option était terriblement alléchante et pourtant, il la repoussa dans un recoin de sa tête. Il ne pouvait pas partir en courant, pas maintenant. Cela ne ferait que le perturber encore plus alors que des centaines et des centaines de questions et d'émotions le rongeaient.

-Harold, s'il te plaît, réponds-moi, supplia Valka en posant une main sur son épaule à travers les barreaux pour le secouer légèrement. Pourquoi es-tu ici, qu'est-ce qui s'est passé ? Tu n'es pas censé être là, ce n'est pas ta place. Je t'en prie Harold, explique-moi. Dis-moi que Beurk n'a rien.

Harold releva la tête vers elle avec un air absent.

-Beurk..., fit-il. Je...je n'en sais rien, je-je ne sais plus.

-Comment ça tu ne sais rien, tu fais partie de Beurk, tu dois bien savoir ce qui s'y passe.

-Justement, je-j'ai quitté Beurk il y a quatre ans, avoua Harold avec des yeux tristes.

Le souffle de Valka se bloqua un instant avant qu'elle ne lui jette un regard affolé.

-Tu as quitté Beurk ?! répéta-t-elle sans vouloir y croire. Ma-mais pourquoi ?

-A cause de Krokmou, répondit Harold. Ou plutôt grâce à Krokmou en fait, ajouta-t-il avec un reniflement sarcastique.

-Non, non, non, Harold, tu dois y retourner. Stoick doit se faire un sang d'encre, je me suis exilée il y a si longtemps, il ne supporterait pas de perdre aussi son fils.

-Non, tu ne comprends pas, je...je ne peux pas y retourner, j'ai...j'ai été banni...

Dire cela à haute voix lui arrachait la bouche, les cris de Stoick résonnaient de nouveau dans sa tête, le torturant un peu plus à chaque fois.

Valka écarquilla les yeux en comprenant peu à peu tout ce que cela impliquait. Banni. Harold avait été banni. Seul le chef pouvait bannir des membres du village. Ce qui signifiait que Stoick avait rejeté son propre fils... Elle ne voulait pas y croire. Stoick ne ferait jamais ça. Il était tellement heureux d'avoir un fils, fier comme un paon. Comment avait-il pu en arriver là ? Valka connaissait mieux que personne l'aversion que Stoick entretenait envers les dragons mais...de là à bannir son fils, elle ne pensait pas qu'il aurait pu en arriver à une telle extrémité. Et pourtant, Harold était là, devant elle, bien réel, et il semblait combattre des souvenirs cauchemardesques.

Une culpabilité empoisonnée naquît dans son ventre, se répandant dans tout son corps comme un reptile vicieux. Elle qui avait pensé qu'Harold et Stoick seraient plus en sécurité sans elle. Ils avaient failli mourir la nuit de sa disparition, tout ça à cause de son entêtement à croire les dragons inoffensifs. Elle n'aurait pas supporté de les perdre alors elle avait décidé de partir et de s'exiler à jamais. Elle avait pensé que Stoick prendrait soin d'Harold, qu'il l'élèverait comme il devait le faire. Elle se rendait compte à présent que même la colère avait été plus forte que l'amour que Stoick pourrait porter à son fils. Elle était partie et aujourd'hui, Harold était banni.

-Je suis tellement désolée mon fils..., fit-elle d'une voix terriblement triste. Je n'aurai pas dû partir, tout est de ma faute...

-Non, contra Harold. Je...je n'étais pas bien à Beurk. Tout le monde se moquait de moi à cause de ma taille et je n'étais pas intégré. Les gens me jugeaient sans pitié et la seule personne qui m'a jamais ne serait-ce qu'un peu défendu est Gueulfor. Grâce à Krokmou, je sais maintenant que je n'ai pas ma place sur Beurk.

-Harold, je-

-Harold ! Dépêches-toi de te ramener au bateau, on doit partir chasser !

La voix d'Eret résonna comme un son affreusement étranger dans la tête d'Harold. Il n'avait pas envie de partir maintenant, il avait encore tellement de questions à poser à sa mère. Mais il devait y aller ou alors Eret allait se mettre vraiment à sa recherche et le découvrirait encore ici, là où il n'était pas censé être. Il devait le rejoindre rapidement, pour ne pas éveiller les soupçons de personne. Bien sûr, il raconterait sa découverte à Eret. Il connaissait à présent bien le chasseur, il lui faisait confiance pour ne pas vendre la mèche. Surtout qu'à présent, Eret commençait à de mieux en mieux comprendre son point de vue sur les dragons. Le chasseur était maintenant du côté d'Harold, il avait réussi à le convaincre et le brun savait qu'il pourrait lui avouer l'identité de la prisonnière.

-Je reviendrai, c'est promis, jura-t-il à sa mère. Et quand je retrouverai Krokmou, on te fera sortir de là, toi et Jumper.

Il avait des questions à poser et plus de 15 ans à rattraper. Il était hors de question qu'il s'échappe sans sa mère à présent.

•••

-Jumper a dû penser que ma place était parmi les dragons, dit Valka d'un air rêveur alors que les souvenirs affluaient dans son esprit. Il m'a emmené jusqu'à son nid, il m'a présenté à l'alpha, un Icebeast blanc, le roi de tous les dragons.

-Un Icebeast ? s'étonna Harold qui n'avait jamais entendu parler de cette espèce. A quoi ça ressemble ?

-Je ne crois pas pouvoir te décrire un Icebeast sans minimisé sa grandeur, répondit Valka. C'est un dragon...immense et gracieux. Un cracheur de glace qui protège les siens.

-Je demanderai à Eret s'il a des livres qui en parlent, décida Harold. Avec un peu de chance, il connaîtra cette espèce.

Valka grimaça.

-J'espère pour tous les dragons qu'il ne la connait pas, avoua-t-elle. Car si lui la connait, il y a beaucoup de chances pour que Drago aussi. Et s'il met la main sur un Icebeast, il sera presque invincible.

Harold réfléchit un instant. Il repassa en revue tous les dragons qu'il avait pu voir sur le bateau amiral. De tous ceux qu'il avait vus, il les connaissait tous. Des Grognes Boiteurs, des Krokpiks, des espèces plus courantes comme des Vipères ou des Gronks. Mais aucun énorme dragon qui pourrait ressembler de près ou de loin à la description que sa mère faisait d'un Icebeast. Sauf...il y avait un dragon qu'il n'avait jamais vu, malgré qu'il soit parfaitement au courant de son existence. Cet énorme trou entre tous les bateaux de guerre de Drago, un espace dégagé, où d'énormes bulles éclataient à la surface de l'océan agité. Il s'était toujours demandé quelle sorte de dragon pouvait se trouver là et surtout quelle sorte pouvait produire d'aussi grosses bulles. Il ne l'avait jamais vu remonter à la surface pour respirer. Peut-être avait-il des branchies comme les Ebouillantueurs et les Horreurs des Mers ? Ou alors pouvait-il retenir sa respiration pendant une journée entière ?

-Maman..., commença-t-il après quelques instants de réflexion. Est-ce que les Icebeasts peuvent retenir leur respiration pendant longtemps ?

-Ce sont des dragons de la classe Ondes, affirma Valka. Ils peuvent retenir leur respiration pendant des heures et des heures s'ils le veulent.

Cela expliquerait pourquoi Harold n'avait jamais vu le dragon qui produisait toutes ces bulles. Si les Icebeasts pouvaient retenir leur respiration pendant des heures entières sans problème, il y avait une grande probabilité pour que le dragon dans ce trou d'eau entre les bateaux en soit un.

-Harold, tout va bien ? s'inquiéta Valka en voyant son fils en proie à une intense réflexion.

-C'est encore à vérifier..., répondit Harold. Mais je crois que Drago a bel et bien un Icebeast.

Dragonniers - HaroldOù les histoires vivent. Découvrez maintenant