Benjamin fixait un sachet de pâtes depuis plusieurs minutes déjà. Il avait un sac à la main, presque vide, et semblait bloqué sur le choix minutieux des meilleures pâtes italiennes à acheter dans ce supermarché le moins local de la région. Cela avait été le critère de choix, un magasin trop local c'était prendre le risque que le propriétaire connaisse sa famille, ils avaient d'ailleurs sûrement averti tous leurs éclaireurs de la région qu'il était là et recherché, et n'importe qui pouvait à tout moment le dénoncer. Il devait se méfier, et paraître le plus banal possible pour éviter tout soupçon. C'est pour ça qu'il faisait semblant de s'intéresser aux compositions détaillées des pâtes depuis pas mal de temps déjà quand un homme le fit presque sursauter :
"Je les prendrai pas à votre place, c'est pas la meilleure qualité prix.
- Vous ne prenez pas celles-ci vous? répondit nonchalamment Benjamin en italien, en reposant le paquet sur le rayon.
- C'est ce paquet que je conseille à mes ennemis.
- Heureux de ne pas faire partie de vos ennemis alors! répondit Benjamin en tournant enfin la tête vers son interlocuteur.
- Et moi heureux de te revoir Théo! "
Ils n'avaient plus besoin de mots de codes pour s'assurer que la personne en face d'eux était bien un allié, et Benjamin lui sourit franchement, sans se permettre en public un excès d'effusion. C'était bien cet homme qu'il attendait au rayon pâtes de ce supermarché, un certain Rémi, même si Benjamin savait pertinemment que ce n'était pas le vrai prénom de son camarade, tout comme lui-même ne s'appelait pas Théo. C'était encore une précaution, l'un comme l'autre savait que ce n'était pas leurs vrais prénoms, mais cela importait peu. Ce qui comptait, c'est qu'ils étaient maintenant sûrs d'être, quand même pas entre amis, mais entre personnes partageant le même ennemi, ce qui les rendait occasionnellement alliés. Cela faisait aussi du bien à Benjamin de voir une tête qu'il connaissait, et à qui il pouvait parler sans trop se méfier.
"Alors, c'est le moment du passage à l'action?" lança Rémi en s'éloignant vers les sauces proposées dans le rayon.
Benjamin hocha la tête, évitant d'être trop ostentatoire dans ses mouvements. Ils devaient faire comme s'il s'agissait d'une banale interaction entre deux clients d'un même supermarché qui ne se connaissaient pas quelques minutes avant et qui ne se reverraient jamais après.
"Le meilleur moment! rajouta Rémi en lui tendant un pot de pesto, celui-là il est infecte aussi, ils devraient avoir honte de commercialiser un truc pareil dans ce pays!"
Benjamin fit la grimace, Rémi paraissait effectivement être un homme qui aimait l'action, mais lui était clairement plus à l'aise dans l'ombre et la stratégie. Sauf que depuis un an maintenant, il avait eu le temps de récolter toutes les informations qu'il lui fallait. Sa "famille" manquait surtout de bras. Depuis que son grand-père et son père étaient partis, leur collectif avait été fragilisé. Il y avait eu des tensions, des tentatives de prise de pouvoir par les moins reconnus du gang qui avaient espéré dans le départ d'une partie de la famille une restructuration globale de la hiérarchie, ce qui avait échoué, et rendu les chefs de groupe encore plus stricts et autoritaires. Benjamin avait appris toutes sortes d'histoires les plus écœurantes et choquantes les unes que les autres, et il avait détesté encore plus ceux qui se disaient de sa famille à chaque nouvelle information qu'il obtenait. Comme l'exemple de jeunes du groupe qui avaient été tués alors qu'ils avaient ramené la contrebande voulue une heure en retard au point de rendez-vous parce qu'ils s'étaient perdus. Benjamin avait eu la chance de recueillir tous les détails, d'abord un coup de feu dans leurs jambes, puis leurs mains avaient été visé, et ensuite pile dans la tête, alors qu'ils agonisaient déjà au pied des chefs qui savaient aussi bien viser que punir.
Ce qui était sûr c'est que Benjamin avait appris assez d'histoires sordides pour des générations, mais aussi assez d'informations sur eux. La plus importante étant que les dirigeants de la bande tenaient le grand-père de Benjamin et ses descendants comme responsables des galères qu'ils avaient actuellement, notamment celle de ne plus avoir assez de jeunes générations pour faire efficacement perdurer leurs activités. Benjamin pensait amèrement que descendre des jeunes pour une heure de retard ne devrait pas leur permettre de se plaindre sur un manque d'effectif qu'ils tuaient sans scrupule. Mais il savait bien que tenter de raisonner ce genre de personnes, c'était peine perdue. L'objectif principal du brun maintenant, c'était de faire disparaître du repère du gang toutes les informations qu'ils avaient sur Benjamin et sa famille proche à Paris. Ils étaient doués quand ils s'agissaient d'effectuer toutes leurs activités largement illégales, mais Benjamin était persuadé qu'aucun d'eux ne seraient capables de venir les déranger sans ces informations. Il avait aussi l'espoir de pouvoir créer encore plus de désordre dans leur organisation, pour qu'elle se détruise d'elle-même, de l'intérieur, mais c'était encore plus délicat à faire. Et Rémi était là pour l'aider à tout cela, pour passer enfin à l'action comme il disait, et idéalement s'en sortir.
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VERRECROCE - Il revient quand?
FanfictionUne histoire Verrecroce qui change des habituelles, avec un genre différent, plutôt de l'action. Un chapitre par jour tel un modeste calendrier de l'avent. En espérant que ça vous plaise! TERMINEE