6- Poursuivi

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Benjamin descendit de son train, la boule au ventre. Ça y est, il était de retour dans le sud de l'Italie, la zone la plus dangereuse pour lui. Ici, sa carte du touriste il ne pouvait plus la jouer. Parce qu'aucun touriste ne venait s'aventurer dans ce coin un peu perdu et vide de charme. Benjamin adorait l'Italie, mais cette région, c'était assurément un cauchemar. Elle était d'ailleurs bien réputée pour craindre. Il essaya au début de trouver un logement pour la nuit. Aucun hôtel n'existait aux alentours, et cela faisait bien longtemps qu'il évitait d'utiliser sur internet. Toutes les précautions étaient bonnes à prendre. Il tenta quelques maisonnées, mais soit personne ne répondait à la sonnette soit on le regardait bizarrement, très suspicieusement. Ça n'arrivait clairement pas toutes les semaines qu'un étranger français vienne demander un toit pour la nuit, qu'il parle bien italien ou non. Surtout qu'il se gardait bien de préciser son nom de famille ou même son vrai prénom. Benjamin s'était un peu douté de cet accueil dans une ville pareille mais il se sentait quand même rejeté. Il vivait avec la solitude depuis un an, mais certains jours elle était plus dure à supporter que d'autres. Et aujourd'hui, voir la méfiance dans les yeux des habitants qui lui intimaient plus ou moins violemment de partir d'ici, le refroidit énormément. Il se sentait si seul, rejeté et incompris. Il savait qu'il avait fait le choix d'être seul, mais c'était plus une contrainte, il était obligé d'agir le plus possible solitairement et dans l'ombre pour y arriver.

Il s'adossa quelques instants contre un mur, et ferma les yeux. Il pressa le plus fort possible ses paupières closes, et resserra ses bras contre ses épaules. Il essaya de l'imaginer, son grand blond et son sourire lumineux. Il l'imaginait s'approcher de lui avec ses yeux remplis d'amour et il tenta même de s'imaginer ressentir les bras de son amant se refermer autour de lui dans une étreinte possessive mais tellement réconfortante. Il essayait de ressentir sa main passant sur ses cheveux, accompagnée d'une remarque sur sa calvitie naissante. Benjamin aurait alors voulu se dégager pour feindre d'être vexé, et Pierre l'aurait serré encore plus dans ses bras, lui assurant qu'il aimait son amant avec ou sans cheveux. Benjamin voulait lui aussi avoir la sensation de passer sa main dans ses longs cheveux blonds, et entendre Pierre soupirer de bonheur. Mais il était seul dans une ruelle d'Italie.

Enfin seul, plus vraiment puisqu'il constata en ouvrant les yeux un homme au loin, long manteau noir et bonnet, arrêté au milieu de la route, et regardant dans sa direction. Benjamin s'efforça de ne pas paniquer, mais son instinct se réveilla et il partit en direction inverse dans une démarche qui se voulait nonchalante. Sauf qu'il remarqua assez vite qu'il était suivi par cet homme. Les rues étaient presque vides, et Benjamin put facilement vérifier dans le reflet d'une vitre de voiture que l'homme était derrière lui. Alors il accéléra son pas, et entreprit de s'orienter vers ce qui s'apparentait le plus à un centre ville. Son cœur battait fort dans ses oreilles. Il avait peur. Il ne pouvait pas se faire attraper maintenant, il ne pouvait pas échouer si vite, il venait à peine d'arriver en ville. En même temps, il pouvait reconnaître qu'il aurait dû s'y attendre. Les nouvelles vont vite par ici, et surtout dans leurs oreilles.

Benjamin lâcha un hoquètement de surprise quand il réussit à regarder derrière lui en tournant dans une rue, et qu'il vit qu'ils étaient maintenant deux. Deux hommes, dans exactement la même tenue. C'était forcément eux, ça ne pouvait pas être une coïncidence. Benjamin avait eu raison d'avoir peur, et surtout il était maintenant terrifié. Il avait l'impression de sentir déjà leurs souffles dans son cou et leurs poignes sur ses épaules alors qu'ils étaient encore à quelques mètres de lui. Mais il ne pouvait pas se faire avoir ainsi, c'était trop bête, il ne pouvait pas faire ça à Pierre et Milo, ni même à lui-même. Il continua de marcher, espérant naïvement soit les semer soit que ce soit une erreur et seulement un hasard qu'ils le suivent lui dans toutes ces rues. Sauf que Benjamin avait conscience d'être suspect, cela faisait bien quinze minutes qu'il tournait et, ne connaissant absolument pas la ville, qu'il allait n'importe où. Sauf que l'angoisse lui glaçait le cerveau, et il n'arrivait pas à réfléchir et trouver une solution pour s'en sortir. Il avait simplement l'impression de retarder le moment où ils l'arrêteraient, ce qu'ils auraient d'ailleurs pu faire depuis longtemps. Benjamin ne comprenait pas non plus pourquoi ils ne le faisaient pas. Il suffisait qu'ils se mettent à courir et Benjamin n'aurait ni le réflexe ni la condition physique suffisante pour leur échapper, il serait pris. Il avait l'impression d'être ridicule à marcher vite pour se débarrasser d'hommes qui pouvaient n'importe quand l'avoir, comme la sensation d'être qu'un jeu pour eux, qu'ils le laissaient tenter de fuir la peur habitant l'intégralité de son corps, pour mieux l'arrêter et jubiler de ce qu'ils lui avaient fait vivre.

Benjamin scrutait les environs à la recherche d'une solution qu'il ne trouvait pas, toujours persuadé que ça allait se finir maintenant pour lui. Et là, il les entendit, il les entendit crier "monsieur!" en italien, deux voix fortes et imposantes, et il crut que son cœur s'arrêtait de battre. Sauf que ce fut l'inverse, comme si une décharge lui avait traversé le corps, il ne se retourna évidemment pas mais son cerveau tourna à grande vitesse et son corps agit sans plus de cérémonies. Il tourna à la première rue et secoua rapidement des rideaux de perle faisant office de porte, très utilisés en Italie. Cela provoqua le cri de détresse d'une vieille femme qui devait être à l'intérieur et craindre une entrée imprévue, mais Benjamin courut immédiatement pour tourner dans la prochaine rue sur la gauche, et s'arrêta dès qu'il fut caché par le mur pour ne plus alerter ses poursuivants avec ses pas. Il tendit l'oreille, ses sens en alerte, son cœur battant dans tout son corps, sa poitrine se soulevant rapidement au rythme de sa respiration qu'il essayait de masquer le plus possible. Il crut entendre le bruit des perles du rideau, mais il avait l'impression de l'espérer plus que de l'avoir vraiment entendu.

C'est le second cri de la femme qui le conforta dans son idée. Il avait réussi à les berner, mais encore fallait-il qu'ils ne comprennent pas trop vite et ne viennent le chercher alors qu'il n'était qu'à deux pas. Benjamin hésita, il ne pouvait pas oser passer sa tête dans la rue pour voir où ils étaient, et il ne pouvait pas non plus se mettre à courir sans attirer leur attention. Et alors qu'il réfléchissait intensément, toujours terrifié, la vieille femme le sauva sans même le savoir, quand il l'entendit crier en italien dans toute la rue sur les deux hommes qu'ils étaient mal élevés, que c'était pas des manières de déranger une femme comme elle ainsi, qu'elle aurait pu en mourir, et plein d'autres propos que Benjamin n'arriva pas à traduire dans son état de stress, même s'il comprit facilement les insultes. D'où il était, il vit la porte en face dans la rue où étaient encore les deux hommes s'ouvrir sur un vieil homme qui se dirigea directement vers sa voisine, alerté par le bruit. Quand Benjamin l'entendit également s'énerver contre les deux inconnus en noir, il fut sûr que ses poursuivants en auraient pour un moment, alors il s'activa et partit en direction opposée en marchant. Son rythme cardiaque était encore très élevé, il était hors d'affaire, pour cette fois. Mais ils savaient maintenant qu'il était là. Ce qui signifiait qu'il allait devoir agir, et rapidement.

VERRECROCE - Il revient quand?Des histoires addictives. Découvrez maintenant