22- Enfin

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         Pierre embrassa une dernière fois le front de Milo avant de lui souhaiter bonne nuit et de quitter la chambre. C'était toujours le moment le plus dur de la journée, celui où il se retrouvait seul, le moment où il aurait dû aller se coucher avec Benjamin à ses côtés. Mais il s'allongeait tous les soirs seul dans un lit froid, le cœur en miettes. Il n'alla d'ailleurs pas directement dans la chambre, et traîna dans le salon à ranger les quelques affaires qui restaient. Ces derniers jours étaient durs, il se battait contre la pensée que lui renvoyait ses amis, et contre lui-même, se forçant à ne pas considérer qu'il devait apprendre à oublier Benjamin et à refaire sa vie. Mais il en avait marre de se demander constamment quand est-ce que son amour allait revenir. Milo aussi d'ailleurs, qui lui avait parlé de moqueries à son école, d'enfants lui rappelant sans cesse que s'il n'avait qu'un parent c'était parce que l'autre ne l'aimait pas. Les enfants étaient trop durs entre eux, et Pierre avait passé une longue soirée la veille à réconforter son fils tandis qu'il avait ensuite parlé à la maîtresse en le déposant à l'école ce matin.

         Pierre avait l'impression que jamais il ne sortirait de cet enfer devenu son quotidien, il refusait d'atteindre les un an et demi du départ de Benjamin, c'était trop. Il sortit une bouteille de vin, et s'en servit un verre. C'était rare mais ce soir, il en avait besoin. A peine montait-il le verre à ses lèvres qu'un bruit contre sa porte presque imperceptible se fit entendre. Pierre sursauta vivement. Il vérifia l'heure, neuf heures du soir bien entamées. Il se méfia immédiatement, et marcha à pas de loup jusqu'à sa porte, passant son œil sur le judas. Mais le couloir était plongé dans le noir la lumière avait eu le temps de s'éteindre, ou la personne avait pris son temps avant de frapper, ou Pierre s'était traîné pour venir jusqu'à la porte, toujours est-il qu'il ne distingua rien. Il recula d'un pas, pensant avoir rêvé, avant qu'un nouveau toc à sa porte retentisse. Pierre hésita, ouvrir à cette heure-ci, sans savoir qui était derrière la porte? Il recula encore, il ne pouvait pas prendre ce risque. Il pria pour que la personne abandonne. Il fixait la porte, le rythme cardiaque légèrement élevé. Puis il entendit du bruit, pas des pas qui s'en allaient, du bruit non identifiable. Il comprit alors que la personne devant son appartement tentait de glisser quelque chose sous la porte. Pierre fronça les sourcils, encore très méfiant. Il se rapprocha de quelques centimètres pour distinguer ce qui était introduit chez lui, ce n'était clairement pas un mot. Son cœur tomba dans sa poitrine quand il le reconnu, le bracelet de Milo. Il s'affola directement. Non. Non! Il ne voulait pas récupérer le bracelet que Milo avait offert à Benjamin, il refusait cela, parce que cela brisait toutes ses hypothèses comme quoi Benjamin lui envoyait un signe de vie et d'espoir en ne lui transmettant que le sien. Pierre refusait de voir le bracelet de Milo et de devoir en conclure que Benjamin n'était plus. Il voulut hurler, mais se retint à temps, Milo dormait paisiblement. A la place, il se précipita à sa porte et l'ouvrit en grand violemment, voulant déverser sa rage sur l'individu qui osait lui faire cela. Sauf que son élan fut brisé quand l'homme à genoux devant sa porte se releva lentement, et plongea de petits yeux marrons dans les siens. Pierre hallucinait, Pierre ne voulait pas y croire. Ou plutôt Pierre voulait y croire mais n'y arrivait pas. Il ne pouvait pas être là. Sur leur palier.

"Benjamin?" demanda Pierre d'une petite voix en chuchotant, comme si prononcer le moindre mot briserait le miracle qui se produisait devant ses yeux.

         Il n'était pas sûr de le reconnaitre, il avait l'air en très mauvais état, mais Pierre ne prit pas le temps de le contempler plus que ça lorsqu'il vit un douloureux sourire habiller les lèvres de l'homme en face de lui. C'était lui. C'était sûr.

"Pierre..." chuchota Benjamin d'une voix brisée, par l'émotion, par la fatigue, par la douleur, par le fait qu'il n'avait plus parlé depuis plusieurs jours.

VERRECROCE - Il revient quand?Où les histoires vivent. Découvrez maintenant