« Le dilitirio est une drogue vicieuse. Elle détruit le corps et l'esprit sans un mot. Jusqu'à l'apothéose fatale. La victime s'épuise, a des hallucinations, des douleurs mais qui ne sont rien en comparaison de ce qu'il se passe réellement dans son organisme. »
Extrait du journal d'expérimentation d'Enola sous dilitírio
Pour me changer les idées, je décide d'abandonner le bus et de marcher un peu, la musique dans les oreilles. Je veux atteindre le petit parc situé non loin de chez mes parents pour me ressourcer du calme de cet endroit. En traversant les rues désertes, je passe devant un SDF qui joue de la guitare. Je lui adresse un sourire sans m'arrêter, bercé par mes propres mélodies.
Depuis le Poison, depuis l'Insuffisance de la planète, plus personne ne fait attention aux artistes. Les auteurs ne trouvent plus les mots, les chanteurs sont sans voix devant ce qui se passe. S'il était difficile avant d'entrer dans ces mondes élitistes, c'est presque impossible aujourd'hui. Seuls quelques privilégiés friqués ont la chance d'être écoutés et ils ne doivent en rien contrarier les supérieurs s'ils veulent continuer d'exister. Les gens ne voient plus la vie qu'à travers un filtre teinté par l'argent et l'énergie. Les seules mélodies encore en lice sont celles que l'on écoute avec nostalgie, celle d'une époque où tout allait bien. Les gouvernements préfèrent effacer ce siècle qu'est le 21ème où l'on n'a fait que regarder le monde s'effondrer en sirotant un cocktail à vingt-cinq euros. Ils préfèrent penser que la planète a été ébranlée par une catastrophe si soudaine que personne n'a rien pu faire ou n'aurait pu le prédire. Quelle mauvaise foi...
De toute manière, il est trop tard. Autrefois, nous profitions de l'atmosphère de la planète. À présent, nous subissons celle que nous avons créée. Tout ce qui a causé notre perte est en train de disparaître. Les voitures, par exemple. D'après ma mère, il fut un temps où nous en avions une voire plusieurs par foyer. Aujourd'hui, seuls ceux capables de payer la fortune que coûte l'essence sont en mesure de s'en procurer une. Même si c'est difficilement perceptible dans la capitale, cela a engendré l'enclavement de certaines régions excentrées dont plus personne ne se souvient aujourd'hui le nom. L'électricité est une denrée contrôlée avec minutie. Un téléphone fixe par foyer, l'ordinateur est réservé aux commerces et plus haut-placés dans la société. Maman m'a montré des photos qu'elle tient de sa grand-mère où l'on voit des villes entières de nuit illuminées. Je me demande toujours à quoi cela servait. Les lampadaires suffisent amplement, pourquoi laisser également toutes les enceintes des magasins ? Dire que maintenant, toutes les pièces d'une simple maison ne peuvent avoir le privilège de la lumière.
— Tu te souviens des cours d'histoire de M. Brioux ? soupire ma sœur en marchant à côté de moi. Il était chiant à mourir...
Je souffle. Tu ne veux pas me lâcher, Laurie ? J'ai assez donné ces derniers jours... J'entends mon diable de frangine soupirer.
— Je ne fais que discuter...
Tu n'es pas réelle.
— Et alors ? Tu crois qu'en m'ignorant, tu vas ralentir l'effet du dilitírio ? Tu crois qu'en me repoussant, je vais disparaître ? Désolée de te décevoir, mais ça n'arrivera que si tu cesses de penser à moi... Ce qui est aussi près d'arriver que la dépollution complète de la YouCry, donc autant discuter, non ?
Si je te réponds, j'accepte le fait d'être complètement schizophrène. Désolée, mais je ne suis pas prête à ça, ironisé-je.
— Je vais encore te décevoir, mais me parler dans ta tête revient à me répondre. Bon tu te souviens des cours d'histoire ou pas ?
Je grince des dents. Merci de ta délicatesse... Et oui, je m'en souviens très bien.
— Tu as toujours été meilleure que moi pour apprendre tous ces noms et dates... Oh ! s'exclame-t-elle en sautillant comme une enfant. Tu te souviens du jeu que nous avions ? Celui où il fallait deviner la vie des personnes dont les rues portent les noms ?
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My Life, My Hell
Misteri / Thriller" Toute personne assassinant sous l'emprise du dilitírio sera exécutée dans les mêmes conditions que ses victimes. Toute affiliation avec ces personnes se faisant appeler les Naufrageurs sera condamnée à perpétuité. " Se faire oublier, voici l'objec...
