« Je ne me souviens de rien. Pas même de l'adresse du QG alors que j'y allais tous les jours. La seule preuve de mon implication est ce fichu journal. Je m'y accroche comme à une bouée dans la tempête. Je vais réussir. Pour Lilou. »
Extrait du journal d'Enola en sevrage
— Enola, reviens avec moi...
Une forte odeur musquée et piquante me fait froncer les narines. Premier réflexe : détourner la tête. Mais une main me maintient fermement la nuque. Le fumet s'impose à moi et me soulève soudain l'estomac. Je repousse le flacon de sous mon nez sans chercher à contenir le haut-le-cœur. La bile m'arrache la bouche alors que je vomis sans retenue après avoir pivoté la nuque.
— Enola !
Je lève le doigt vers l'impudent, le temps de reprendre mon souffle. Je me frotte les yeux en m'essuyant la bouche. Ma migraine se rappelle à moi. Que s'est-il...
— Enola ! m'appelle à nouveau Juline en face de moi.
Juline... J'inspire profondément pour m'imprégner des odeurs m'entourant. En écartant l'azre qu'elle m'a collé sous le nez pour me faire émerger, je retrouve sans peine les effluves rassurantes du laboratoire. Le labo... Mais si mes derniers souvenirs sont bons... Avant que le poison ne m'entraîne dans les méandres de mon passé, j'étais dans la rue... Comment ai-je atterri ici ?
— C'est bon, je suis là, croassé-je, la voix sèche.
J'entends Juline soupirer de soulagement avant de me tendre une bouteille d'eau. Je la prends d'un geste tremblant et en avale une lampée en grimaçant. J'ai l'impression que ma gorge est composée de terre craquelée tant déglutir est douloureux... Je me fige, bouteille à la main. Minute... Si j'ai si soif...
— Ju, il est quelle heure ?
— Dix huit heures... lâche-t-elle.
J'ai passé près de cinq heures dans le passé... Je frissonne. J'ai encore la désagréable impression que mon corps ne m'appartient plus. J'assistais à la scène à travers mes yeux, mais j'y assistais avec mes souvenirs du futur... Je m'observais parler, agir en connaissant les conséquences de chaque acte, de chaque mot sans pouvoir intervenir. J'ai eu l'impression d'être spectatrice de ma propre déchéance, de mon propre naufrage. Et le pire, c'est que c'est moi qui l'ai provoqué...
— Enola... murmure Juline.
Je me raidis et mon cœur s'emballe dans ma poitrine. Son ton larmoyant ne me plaît pas. Qu'est-ce qu'il a bien pu arriver... Aussitôt, un visage s'imprime dans mon esprit. Lilou... Non. Non, il ne peut pas lui être arrivé quelque chose... J'ouvre la bouche pour poser cette question à laquelle je crains plus que tout la réponse mais mon amie me coupe.
— Tu te souviens de ce qu'il s'est passé ?
Je tente de me rappeler mais mes souvenirs sont toujours flous. Une brume s'est emparée de mon esprit et ne semble pas vouloir se lever. Je secoue la tête, ignorant la déchirure que ça provoque dans mon crâne.
— Enola... continue Juline, la voix pleine de larmes. Ethan a dit que ton cœur s'était arrêté... Tu es morte...
Mon cœur bien vivant dans ma poitrine proteste. Quoi... Non, c'est pas possible... Il ment forcément ! J'inspire profondément. Je suis forcément vivante... À moins que mon enfer ne ressemble à ça, je suis forcément vivante... Mais pourquoi mentirait-t-il... Comment...
— Je... Il a dit t'avoir fait un massage cardiaque et que ton cœur s'était remis à battre lentement... Je te jure que j'ai jamais eu aussi peur de ma vie, sanglote Juline en me serrant la main, tremblant de tout son corps. Quand je suis arrivée, Lilou et toi étiez si blanches, si... si mortes, putain ! J'ai cru que vous étiez morte !
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My Life, My Hell
Mystery / Thriller" Toute personne assassinant sous l'emprise du dilitírio sera exécutée dans les mêmes conditions que ses victimes. Toute affiliation avec ces personnes se faisant appeler les Naufrageurs sera condamnée à perpétuité. " Se faire oublier, voici l'objec...
