« Je viens d'inventer un nouveau poison qui simule une noyade à la perfection. Il oblige toutes les cellules avoisinantes des poumons à se vider de leurs liquides dans ceux-ci. L'effet est stupéfiant. J'entends encore l'agonie de sa première victime. Ma première victime. »
Extrait du journal d'expérimentation d'Enola sous dilitírio
Son pied vient se glisser dans l'entrebâillement, m'empêchant de lui claquer la porte au nez. Sa voix enrouée est si chargée en désespoir que j'en ai presque mal au cœur. J'hésite à forcer. L'image d'un pied écrasé s'impose à mon esprit. Le craquement des os qui se brisent. Avec une grande inspiration pour retrouver mes ténèbres, je lâche la poignée et serre les poings en reculant de quelques pas. L'inconnu doit prendre cela pour une invitation, car il entre avec prudence.
— Qui êtes-vous et que me voulez-vous ? articulé-je froidement, la voix plus tremblante que je ne voudrais.
Il ne s'agit pas d'un nouveau dealer. On ne se trouve pas mon contact en ouvrant simplement les pages jaunes et il ne circule que parmi les hauts placés. Peut-être un client envoyé par un médecin ? Je me concentre sur ce qu'il émane. Son corps ne suinte pas la maladie. L'odeur très âcre de sa sueur me fait sentir son angoisse profonde. La nausée me prend si bien que je marque un nouveau mouvement en arrière.
— J'ai besoin de ton aide, souffle-t-il.
Ben voyons... Tout d'abord, qui te permet de me tutoyer ?
— Je vais répéter ma question une dernière fois, articulé-je, d'un ton glacial. Qui êtes-vous ?
Je saisis le dernier sachet d'herbes paralysantes dans ma poche et me prépare à le dégainer. Si ce n'est pas un client normal ou venant du monde des stupéfiants, il ne peut venir que d'une seule autre catégorie de personnes avec laquelle je ne veux plus rien avoir à faire. Plus rien du tout ! Le mec doit sentir une menace peser sur son intégrité physique, car son souffle s'emballe et il recule de plusieurs pas. Je remarque alors sa respiration très sifflante et sa gorge très prise.
— Je m'appelle Ethan... croasse-t-il un peu plus fort. Je suis désolé... Je sais que tu ne te souviens pas de moi, mais... J'ai besoin de ton aide...
Une bronchite vu la toux grasse qui le secoue à ses quelques mots. Change de disque, tu es bugué, mon grand.
— Vous l'avez déjà dit, répliqué-je en appuyant sur le pronom employé. Pourquoi devrais-je me souvenir de vous ? Et pourquoi avez-vous besoin de mon aide ?
Il passe une main dans ses cheveux libérant un effluve de pêche qui me chatouille les narines. Elle serait agréable si elle n'était pas polluée par sa peur. L'homme est particulièrement agité, trépignant, tapotant ses cuisses de ses doigts. Je me force à ne pas réagir excessivement. Pour le moment, même s'il est plus que louche, il ne semble pas menaçant. Un Naufrageur n'aurait jamais pris le temps de discuter. Jamais. Et ce n'est pas un chef. Je suis sûre que j'en reconnaîtrais la voix.
— On était dans le même lycée... J'ai eu ton.... enfin, votre contact grâce à un ami... Il dit que vous étiez l'une d'entre eux et que vous accepteriez de m'aider.
Pardon ? C'est à mon tour de sentir mon cœur s'emballer. Un jet acide remonte dans ma gorge. Je m'efforce à ne rien laisser paraître. Parle-t-il de ceux que je pense ? Ou me considère-t-il simplement comme une productrice de came ? Un ami ? Quel ami ? Comment pourrait-il savoir ça ? Qui peut bien savoir ça ? Est-ce un piège tendu par la police ? Les questions fusent, s'accumulent dans mon esprit de plus en plus paniqué.
— Quoi ? Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, me reprends-je. Maintenant, je vais vous demander de partir si je ne peux rien pour vous.
Son souffle accélère encore. Comme si rien que la peur que je puisse le mettre dehors le mettait dans tous ses états. Que peut-il me vouloir ? Et qui est-il bon sang ?
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My Life, My Hell
Mistério / Suspense" Toute personne assassinant sous l'emprise du dilitírio sera exécutée dans les mêmes conditions que ses victimes. Toute affiliation avec ces personnes se faisant appeler les Naufrageurs sera condamnée à perpétuité. " Se faire oublier, voici l'objec...
