Chapitre XXIX : Adieu - Slimane

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« Le manque... Je vois tous ses corps que mes poisons ont tués. J'entends leurs cris, je vis leurs agonies. Je me noie sous le sang qui me recouvre. Des centaines d'éclats de souffrance me transpersent. Je meurs cent fois, ressuscite cent une. »

Extrait du journal d'Enola en sevrage

L'homme face à moi ne dit plus rien durant un instant. Puis il s'avance doucement pour murmurer d'une voix grave.

— J'ai dit que je ne te lâchais plus, Enola. J'ai fait l'erreur une fois, je ne laisserai pas tes démons t'arracher à moi une seconde fois.

Je porte ma main à ma bouche alors que mon estomac se retourne. Ces mots... Je suffoque à nouveau. Eden... Non, c'est impossible. Non, non, non. Est-ce réel ? Suis-je dans une réalité altérée par le poison visant à me torturer ? C'est forcément ça ! Ça ne peut que être ça ! Pourtant, je sais au fond de moi que ce n'est pas le cas. Car dans toutes les hallucinations du dilitírio, je recouvre la vue. Alors que, je ne vois qu'une obscurité infinie.

Je le regarde sans le voir. Brun... Aux yeux chocolat au lait selon Juline. Juline pour qui les nuances de couleur sont des détails. Chocolat au lait... Ou caramel... Sa voix enrouée, son émancipation, l'absence de question sur mon passé... Pourquoi ne m'a-t-il pas demandé comment suis-je devenue aveugle ? Pourquoi ne m'a-t-il aucunement interrogé sur les raisons de mon intégration aux Naufrageurs ? Oh bon sang ! Comment ai-je pu être aussi stupide ? Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Le meilleur mensonge est la vérité que les gens ne voient pas. Je tremble. De rage, de chagrin, de douleur, de vertige. J'essuie les larmes coulant silencieusement sur mes joues usées par les déluges de souffrance.

— Enola... souffle ce traître en tentant de prendre ma main.

— Ne me touche pas ! sifflé-je en reculant à nouveau.

— Je suis tellement désolé...

Et ce sont ces quatre mots qui me poussent à exploser. Le chagrin devient colère. La douleur devient rage. Il est désolé ? Les pièces d'un puzzle de mensonges et de dissimulation s'assemblent dans mon esprit. Tout s'agite, fait du bruit, se bat en moi un feu d'artifice désordonné alors que je prends conscience de la situation. J'éclate d'un rire sardonique. Je prends le temps d'armer ma flèche empoisonnée de cruauté et la tire sans états d'âme.

— Tu sais quoi ? Passe le bonjour à ta mère de ma part.

Je me détourne et à cet instant, je regrette de ne pas voir le visage de cet homme en face de moi. Cet homme que j'ai tant aimé et qui m'a aujourd'hui poussé au plus profond que je n'ai jamais été. Je claudique le long de la route, appuyée contre le mur, sans qu'il ne cherche à me rattraper.

Comment ai-je pu être si stupide, bon sang ? Je n'en reviens pas. C'était sous mon nez, putain ! Si logique... Toutes les bizarreries sur lesquelles je suis passée, accaparée par mes propres problèmes... Son animosité envers Jo, son vouvoiement si difficile, ses connaissances sur les Naufrageurs, le fait qu'il ne me pose aucune question sur mon passé... Évidemment puisque il est on ne peut plus au courant, ce bâtard ! Pourquoi il ressemble à papa ? La phrase de Lilou me revient en mémoire et me donne envie de vomir. Est-ce qu'il a compris ? Oui, bien sûr qu'il a compris... Sa douceur envers ma fille. Notre fille... Qui est actuellement dans sa voiture. Je me fige et veux faire demi-tour pour retourner auprès d'elle. Ma fille, ma Lilou, mon oxygène...

Mais je trébuche sur un sac poubelle échoué ici et mes genoux mordent le bitume. Mais je sens rien. Car mes jambes ne me répondent plus. Quelle idiote j'ai été ! La vérité est le meilleur mensonge ! Tu m'en diras tant, connard ! Et sa fichue bronchite ? Est-il tordu au point de se l'être crée pour m'empêcher de reconnaître sa voix ? J'aurais dit que ce n'était pas son style, mais puis-je dire que je connais encore celui qui a été l'homme le plus cher de ma vie ? Non. Je connaissais Eden mais certainement pas Ethan. Eden était gentillesse, aide et délicatesse. De ce que j'en ai vu, Ethan rime avec menace, mensonge et noirceur. Eden était un soleil sans nuage alors qu'Ethan est un ciel d'orage toujours sur le point d'exploser. C'est quoi son putain de problème ? Il avait besoin de moi pour sauver sa mère et il s'est dit que c'était la bonne occasion pour se venger ? Je le déteste, putain !

My Life, My HellOù les histoires vivent. Découvrez maintenant