« Laurie n'a pas été assassinée. Laurie s'est suicidé. À cause de moi. De mes mots. Que lui ai-je dit déjà ? Je ne me souviens plus. Le dilitirio brouille mes souvenirs. Même son visage commence être flou. Je ne veux pas l'oublier. »
Extrait du journal d'Enola sous dilitírio
— Allez Eden, dis-moi où on va... trépigné-je en le suivant à travers les rues.
Le bandeau qu'il m'a imposé il y a une vingtaine de minutes me gratte les yeux. J'ai beau tenter de voir à travers le tissu opaque, je ne devine que des bâtiments sombres. Son rire me parvient alors que sa main serre la mienne. Sa peau est si chaude contre mes doigts si froids malgré les températures clémentes de ce mois de juin. Je me force à me concentrer sur mes autres sens pour ne pas trébucher à nouveau. C'est fou comme il est déstabilisant d'être privé de la vue. On ne se rend compte de combien notre univers se trouve devant nos yeux que lorsqu'on se retrouve aveugle. Le vent chaud apporte une vague odeur de pot d'échappement et d'herbes coupées. Je sursaute quand le sol sous mes pieds change. Je passe du dur du béton à la mollesse de l'herbe, du moins j'imagine.
— On est arrivé, souffle Eden dans mon dos après plusieurs mètres encore.
J'ôte avec empressement l'écharpe de mes yeux et... Waouh ! Devant moi, se dresse un magnifique bâtiment comme on en voit sur les images d'avant l'Insuffisance. Comment ça s'appelle déjà... Un kiosque ! Je reste bouche-bée devant la somptuosité de ce petit édifice blanc de marbre. Les colonnes sont encore stylisées de feuilles et fruits taillés dans la pierre et la coupole est décorée de motifs en tout genre. Je m'avance d'un pas tremblant dans la vieille allée. Des petites fleurs de toutes les couleurs entourent les graviers. Je me penche pour observer les abeilles butinant leur cœur. Leur abdomen est taché de pollen et leur léger bourdonnement change du grondement des voiture. Pour un peu, les larmes me monteraient presque aux yeux devant un si rare spectacle. J'ignorais qu'on avait encore de telles merveilles à Lacrymosa.
— C'est magnifique... murmuré-je. On est où ?
— Dans le parc Chirac à l'autre bout de la ville, me répond Eden qui m'a laissée admirer de tout mon saoul les abeilles et merveilles. Viens, on va à l'intérieur.
Sa main vient retrouver la mienne et nous gravissons les quelques marches pour gagner le kiosque. Le sol comporte encore quelques vestiges des mosaïques usées par le temps qui devaient le recouvrir. L'ambiance est féerique... Je lève la tête et admire les carreaux de toutes les couleurs ornant le plafond. C'est vraiment magnifique...
— C'est beau, hein ?
— Oui... soufflé-je. C'est magnifique. Dire que je pensais que toute beauté avait été rayée la carte au moment du Claquage...
— Quand on la cherche, on peut encore la trouver, chuchote-t-il, en me prenant dans ses bras.
Je me blottis contre lui et nous admirons ensemble la verdure qui nous entoure dans ce coin reculé où nous n'entendons plus les voitures, plus les cris des gens pressés et la mauvaise humeur ambiante. Nous arrivons presque au coucher du soleil si bien que le ciel nous offre une belle palette de rose, rouge et bleu mêlés dans un dégradé parfait. Les seuls mots que nous échangeons sont pour nous désigner des nuages de formes particulières. Les oiseaux paillent autour de nous, quelques insectes chantent la mélodie de l'été arrivé.
— Tu sais ce qui manque pour que ça soit parfait ? soufflé-je après de belles minutes de silence partagé.
Sa poitrine tressaute et son souffle dans mon cou me fait frémir lorsqu'il rit.
— Laisse-moi deviner... De la musique ?
Un petit sourire s'esquisse sur mes lèvres. Exactement... Eden se détache de moi. Sa chaleur m'abandonne. Je me retourne légèrement déçue et l'observe fouiller dans son sac à dos. Il en sort un petit objet carré. J'écarquille les yeux en le reconnaissant. On dirait une mini enceinte ! Il branche alors son walkman dessus et les notes de musiques entraînantes envahissent notre petit paradis. Je ris en reconnaissant la mélodie avant que les paroles ne suivent.
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My Life, My Hell
Mystery / Thriller" Toute personne assassinant sous l'emprise du dilitírio sera exécutée dans les mêmes conditions que ses victimes. Toute affiliation avec ces personnes se faisant appeler les Naufrageurs sera condamnée à perpétuité. " Se faire oublier, voici l'objec...
