« Aujourd'hui, Rustid a voulu tester les limites de la régénération sur une énième SDF ramassée dans la campagne. La gorge tranchée, elle guérit. Les intestins perforés, elle guérit. Un membre arraché ne guérit pas. La moelle épinière ne guérit pas. Une balle dans le coeur tue toujours. Dommage. Mais nous ne sommes pas des magiciens. La mort reste invaincue. »
Extrait du journal d'expérimentation d'Enola sous dilitírio
Nous nous lâchons et un silence s'installe entre nous. Un silence durant lequel chacun menace l'autre de ne pas respecter sa part du contrat par des mots qu'on ne prononcera pas car nous sommes à présent alliés. Et entre alliés, on ne se menace pas. Même si pour ma part, cette victoire me laisse un goût amer sur la langue. Celui d'une mort prochaine.
— Bon maintenant que c'est fait, je ne vous retiens pas, le congédié-je froidement.
Il se lève puis au moment de saisir son sac à dos, se laisse retomber sur le fauteuil.
— On allait oublier le rapport toxicologique !
Je fais la moue, fatiguée. C'est vrai que j'avais oublié la raison même pour laquelle il s'était pointé à cette heure chez moi...
— Sérieusement, vous n'êtes pas fatigué ? Maintenant qu'on est officiellement ami, on peut peut-être se donner rendez-vous dans un café et parler de ça autour d'une boisson chaude comme les gens normaux, non ?
— Les gens normaux n'analysent pas de rapport toxicologique pour démasquer une confrérie d'assassins, me fait-il remarquer. Ceux qui font ça, ils le font dans une cave à des heures tardives. Vous en avez une ?
Je ne réponds pas à son sarcasme et me résigne. Quitte à être réveillée après tout... De toute manière, il ne débarrassera pas le plancher, allié ou pas, tant que je n'aurai pas regardé son document.
— Bon accouchez qu'on en finisse et que je retourne à ma nuit...
Il farfouille dans son sac et pose l'ordinateur sur la table dans un bruit qui me fait grimacer. Faites que ça ne réveille pas Lilou... Tu me diras, vu le ton sur lequel on s'est parlé tout à l'heure, si elle devait se réveiller, ça serait déjà fait. Elle a dû hériter du sommeil de plomb de son père. Aussi bien biologique qu'adoptif. Je me prends la tête entre les mains pour rassembler mes idées et me concentrer.
— C'est bon, il est ouvert.
— Ok, on commence par le sang non cardiaque, quelque chose de particulier qui dénote d'une noyade classique ?
— Non, les données sont dans des fourchettes plus qu'acceptables selon le légiste ou je ne sais qui, qui a interprété les résultats. Ah si, pardon, il y a le strontium qui décolle à 150 microgrammes par litre.
Ok, classique pour une noyade, mais cela veut dire que la victime est tombée dans l'eau avant de mourir puisqu'il a eu le temps d'en avaler une certaine quantité. Si rien d'autre n'est à signaler, c'est que ce n'est pas le motra qui détruit entièrement les plaquettes, ni le pretze qui réduit les leucocytes à peau de chagrin.
— Le bol alimentaire ? S'il y en avait encore à analyser...
— Rien de particulier.
Pas de freryu qui grignote en partie l'estomac.
— Les urines ?
— Rien.
— La bile ?
— Pareil.
Je soupire. Qu'est-ce qui a été utilisé, bordel ? J'élimine un autre poisons qui viennent faire mumuse sur ces paramètres.
— Les prélèvements d'organes ?
VOUS LISEZ
My Life, My Hell
Mystery / Thriller" Toute personne assassinant sous l'emprise du dilitírio sera exécutée dans les mêmes conditions que ses victimes. Toute affiliation avec ces personnes se faisant appeler les Naufrageurs sera condamnée à perpétuité. " Se faire oublier, voici l'objec...
