Juliette

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- Si tu ne reviens pas immédiatement, j'appelle tes parents pour leur dire ce que tu viens de faire ! s'exclama le petit marchand de fruits et légumes à qui je venais de voler des mandarines et des poires.

- Ça tombe mal, j'en ai plus. Au revoir !

L'homme ne me crut pas. Mais tant pis pour lui, car moi, je savais que c'était vrai. C'était le marché de dimanche aujourd'hui, donc le moment pour moi de refaire les provisions de la semaine. J'allais déposer chez moi les maigres récoltes que j'avais volées. Enfin, j'appelais mon chez moi une rue où je vivais avec quelques chats des quartiers alentours. Les voisins me laissaient tranquille tant que je ne leurs posais pas de problèmes. Une fois arrivée dans mon taudis de cartons mouillés, je posai les fruits du marché dans une coupelle à plante qui me servait de corbeille à fruits.

Une demi-heure plus tard, je voulus sortir de nouveau pour aller chercher des pommes, mais j'entendis alors la voix du marchand de tout à l'heure. Elle venait de l'entrée de la rue. En tendant l'oreille, je pus comprendre ce qu'il disait. Il parlait avec Timothée, le voisin du dessus. Lui, il possédait une vraie maison. Mais à cause de ses trois chiots, il ne pouvait pas me prendre chez lui. Ce serait mal vu, disait-il quand je lui demandai pourquoi. Même si, personnellement, je ne voyais pas ce qu'il y avait de mal à recueillir des orphelins chez soi.

- Vous n'auriez pas vu une fille d'à peu près un mètre cinquante, des cheveux bruns, un regard espiègle ? Elle m'a volé trois poires et cinq mandarines sur le marché, il y a environ trente minutes.

- Oui, répondit-il. Elle habite dans la rue, sous ces morceaux de cartons.

- Sous ces morceaux de carton ? J'aimerai voir ses parents.

- Je suis navré, mais ils sont morts à ses trois ans monsieur.

- Ils sont morts ? Elle disait donc vrai. Je suis désolé pour elle. Il n'y a personne pour s'occuper d'elle ? Pas de famille, rien ? Quel âge a-t-elle ?

- Elle a quinze ans, pourquoi ?

- Elle doit impérativement aller dans un orphelinat. Elle n'a pas le droit de vivre dans la rue comme ça. Et surtout pas de voler quand cela lui chante !

- Vous savez... commença Timothée, mais le vendeur lui coupa la parole :

- La loi, c'est la loi. C'est comme ça. On n'y peut rien.

Quand je passai la tête par l'entrebâillement d'un morceau de tapis me servant de porte, je vis mon voisin hocher la tête avec conviction. Je voyais sur son visage des traits disparus, signe qu'il avait moins de tension qu'avant. Je compris rapidement que c'était moi qui lui posais un problème, et qu'il était content que je parte. Je le vis s'approcher des cartons qui me servaient de refuge. Je sortis avant qu'il ne puisse avancer plus que cela.

- Pourquoi ne m'avoir jamais dit que je t'embêtais ?

Je vis d'abord son étonnement, puis il me dit d'un ton neutre, qu'il n'avait jamais employé avec moi :

Les quatre élémentsDes histoires addictives. Découvrez maintenant