Martin

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Je me levai, frais et reposé. J'étais prêt à passer une journée à travailler en compagnie de Michael et de son père. Je descendais. Je ne savais pas cuisiner, mais je savais où se trouvaient les outils de jardin. Je les sortais, afin de gagner un peu de temps. Je devais tout faire pour montrer que je pouvais être utile.

Environ une demi-heure plus tard, Michael et Charles descendirent les escaliers côte à côte en papotant gaiement. Je fus un instant un peu jaloux de leur complicité père-fils que je n'avais jamais connu, mais je me repris. Michael n'était pas aussi libre que moi. Il ne pourrait jamais abandonner son père, alors que moi, je l'avais déjà fait.

- Allez, au boulot ! s'exclama joyeusement le père de mon ami. Je vois que tu as déjà sortis les râteaux, merci Martin. Nous avons beaucoup de plantations à faire aujourd'hui. Nous devons recouvrir tout le terrain avant la tombée de la nuit.
- Oui, Michael m'a montré les délimitations avec les voisins. On a beaucoup de boulot, mieux vaut ne pas perdre de temps.
Nous nous éloignons de la maison, jusqu'à être au centre du gigantesque champ. Nous nous répartîmes le terrain en trois parties égales. Michael resta tout de même à côté de moi prêt à m'aider si j'en avais besoin et nous en profitions pour discuter un peu.
Le soleil était déjà haut dans le ciel quand je finis de ratisser mon carré de terre. J'avais mal aux mains et un long filet de sueur coulait le long de mon dos. Les journées se réchauffaient encore peu, mais on sentait que l'hiver était fini.

- Vous pouvez partir vaquer à vos occupations, déclara Charles une fois qu'il eut rapidement vérifié que nous avions fini notre travail. Mais rentrez avant que le soleil ne se couche, je ne tiens pas à ce qu'il vous arrive quelque chose et que je ne m'inquiète pour rien !
- Oui papa, c'est promis, jura Michael. Viens Martin, on va finir la cabane.
Je suivis mon ami, joyeux. Moi qui avais toujours était enfermé dans le palais de mon père, je profitais un maximum d'être à l'extérieur. Je trouvai que c'était une bonne idée que construire une cabane, car nous étions coupés de tout, et au calme, chose impossible en ville ou chez le roi.

- Vas chercher des bâtons pour le plafond, je m'occupe d'en trouver d'autres pour les murs, m'ordonna sérieusement Michael.
- Celui qui rapporte le plus de bois a gagné ! répliquais-je pour le détendre, ce qui sembla marcher car un petit sourire apparu au coin de ses lèvres.
- D'accord, pari lancé, accepta-t-il, avec une lueur espiègle dans les yeux.
Il partit en courant de son côté. Je savais qu'il connaissait les bois comme sa poche, et que je n'avais aucune chance de le battre.
Je ramassais les bâtons depuis à peine une minute lorsque j'entendis des bruissements venant de derrière moi. Michael ne pouvait quand même pas être déjà de retour ! Inquiet, j'arrêtais de bouger, à l'affût du moindre bruit. En effet, quelqu'un essayait de s'approcher furtivement vers moi, sans savoir qu'il avait été repéré. Je me préparai à courir lorsque cinq soldats portant le sceau royal débarquèrent sous mes yeux des buissons que je fixais. Je ne fus nullement étonné. Je m'y étais attendu. Qui pourrait faire autant de bruits dans les broussailles ?

- Nous devons te ramener au palais des Tuileries, et avant la nuit, ordres du roi.
- Hors de question ! m'exclamais-je. Je suis parti de là-bas, ce n'est pas pour y revenir !
- Tu n'as pas le choix. Attrapez-le !
Je m'enfuis en passant entre deux arbres. Ils essayèrent de me suivre, mais leur armure était trop lourde. Je reviens bredouille et haletant dans la clairière dans laquelle nous nous étions installés.

- Que s'est-il passé ? s'inquiéta mon ami quand il me vit revenir tout essoufflé.

Je lui racontais rapidement ma courte aventure.

- Attends quoi ? Ils ont essayé de te capturer pour te ramener à ton père ?
- Oui, mais ne t'inquiète pas. Je suis encore là.
- Il faut à tout prix que j'en parle à mon père, fit Michael.
- Non, s'il te plaît. Sinon, je n'aurais plus le droit de sortir et ce sera comme chez mon père... Je ne veux pas revivre ça.
- Je comprends, m'assura mon ami. Mais c'est pour ta sécurité. Si tu te fais enlever, mon père ne viendra jamais te chercher au palais.
- Je suis prêt à endurer les risques. Mieux vaut une semaine de liberté plutôt qu'un mois enfermé.
Michael soupira, mais ajouta quand même :

- C'est toi que ça regarde, pas moi.

Nous nous mettions ensuite à construire les murs de notre cabane, puis le toit avec ce qu'il nous restait de matériel. Nous rentrons vite à la maison. Je ne voulais pas que les soldats me guettent encore, et puis le soleil avait déjà bien descendu dans le ciel.
Ce fut la même chose trois jours de suite. Au bout de la deuxième fois, les soldats avaient emmené des chevaux, sur lesquels ils me pourchassaient. Heureusement pour moi, ils ne pouvaient pas aller sous les arbres, car ils étaient trop grands. Mais le troisième jour fut le pire. Certains étaient et sur des chevaux, et d'autres à pied. Ils avaient préparé le terrain en faisant en sorte que je ne puisse pas m'enfuir. J'étais pris au piège.

- Il est temps pour toi de rentrer voir ton père, déclara le chef de la patrouille en se dirigeant vers moi.
- Non ! Je ne reviendrai jamais là-bas ! criais-je du plus fort possible, voulant surtout gagner du temps en espérant que le bruit que je faisais attirerait Michael. Vous n'avez pas le droit de m'emmener ! Je vous y interdis !
- Si vous le voulez. Nous vous laisserons tranquille.

C'était très étrange, ce n'était pas le même discours qu'il avait tenu la première fois que nous nous étions rencontrés. Je pouvais m'attendre au pire. D'un geste de main, il ordonna à ses troupes de faire demi-tour. Ils partirent lentement, prenant le long chemin pour rentrer au palais. J'étais très étonné. Je ne pensais pas qu'ils m'obéiraient. Je ne savais pas ce qu'allait dire mon père, juste qu'il allait être furax de ne pas me voir revenir. En-tout-cas, cela me laissait un peu de répit avant son nouveau plan tordu. Il ne me lâcherait pas, car il voulait à tout prix que je sois le prochain roi de France, mais je n'étais pas de son avis. Je n'étais pas intéressé par le pouvoir, juste par la liberté dont j'avais été privé trop longtemps.

Les quatre élémentsDes histoires addictives. Découvrez maintenant