Christine

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J'étais encore très fatiguée de l'expérience que j'avais faite hier dans les tunnels. Je n'y étais pas allée longtemps, mais j'espérais que cela ne serait pas aussi fatigant à chaque fois que je devais utiliser mes pouvoirs. Car demain, je devais aller au lycée, et ce serait encore plus difficile si je n'avais pas d'énergie pour les cours et pour lutter un minimum contre mes harceleurs. Malgré mes courbatures, je voulus sortir prendre l'air, mais ma mère s'aperçut que je m'approchais discrètement de la porte de derrière, menant sur le jardin. Elle m'interpella :

- Christine, tu as l'air très fatigué, je ne pense pas que ce soit une bonne chose pour toi de sortir en cet état, fit-elle en montrant mon visage ravagé par les cernes provoqués par la fatigue causée par les tunnels et le harcèlement qui m'empêchait de dormir.

- Mais si, ça va. J'ai envie d'aller dehors, il fait beau.

En effet, le printemps, allait bientôt revenir, et, d'ici la fin du mois, les arbres porteraient de nouveaux bourgeons.

- Il fait encore assez froid pour que tu tombes malade, fit remarquer ma mère.
- Tu ne m'as rien dit de tout l'hiver, et là, tu ne veux plus que je sorte alors qu'il recommence à faire beau ! m'exclamais-je, lassée par son attitude ridicule.
Cette fois, Mariem ne répliqua rien. Mais je voyais dans son regard qu'elle me mettait au défi de sortir. La tête haute, j'ouvris donc la porte et j'en sortis avant qu'elle ne puisse rajouter quelque chose. Une fois dehors, je courus dans la rue. Il fallait que je trouve un endroit où personne ne me trouverait, surtout pas ma mère. Je n'avais pas envie d'être punie, tout du moins pas après avoir pris l'air comme je le voulais. J'en avais assez d'être confinée chez moi à cause de mes parents trop protecteur envers moi.

Je marchais donc à travers les rues peu passantes, me faisant discrète dès que je croisais quelqu'un qui ressemblait à mes parents, car, les connaissant, ils devaient être à ma poursuite à l'heure actuelle. Quelquefois, j'entendais des bruits de pas ou de voix et je me mettais à courir, de peur que ma mère m'ait retrouvée.

Je continuai ainsi jusqu'à ce que, dans les alentours de dix heures et demi, mon frère ne me retrouve, venant d'une étroite ruelle située à ma droite. « Ils n'arrêteront jamais de me surveiller », songeais-je au désespoir. Mais ce que Jean m'annonça me déstabilisa :

- Christine, j'ai besoin de toi, dit-il, une lueur de désespoir brillant dans les yeux.
- Pourquoi ? demandais-je sur la défensive.

J'avais vite appris à me méfier de lui, il était capable de faire n'importe quel coup à n'importe qui pour parvenir à ses fins.
- Il y a un incendie pas loin !
En voyant mon air sceptique, il ajouta :

- Je te le jure ! regarde le ciel, tu le verras de toi-même.
En effet, une fumée épaisse provenait d'une rue proche, même si je ne sentais pas d'odeur de brûlé. Dans le doute, je décidai de lui faire confiance en priant pour que ce ne soit pas un de ses stupides bobards.
- Où ça ? demandais-je.
- Je vais te montrer. Suis-moi !
Ayant temporairement fait disparaître ma méfiance envers mon frère, je le suivis dans des rues étroites. Après être passée par trois ou quatre ruelles différentes, je débouchais devant une maison en ruine. De la fumée en sortait de tous les côtés. En regardant mieux la bâtisse, je vis quelques flammèches en échapper. J'eus des frissons dans le dos. Le feu me rappelait trop de mauvais souvenir, surtout dans les tunnels récemment. Je n'imaginai même pas de brasier qui devait régner à l'intérieur. Je commençais à me diriger vers le bâtiment en proie des flammes, mais mon frère m'arrêta net. Je me débattis et je réussis à me libérer de son emprise, puis je courus jusqu'à la maison enflammée, mais il me poursuivit. Il allait presque m'attraper quand une voix l'interpella :

- Jean ! s'écria quelqu'un dans la foule qui s'était formé devant l'incendie. Mon frère se retourna avant de dire :

- Jack ?
- Oui, c'est moi, fit un garçon d'une vingtaine d'année en sortant de l'ombre.
- Tout le monde est sorti ? s'inquiéta Jean.
- Non, pas Camille et Marguerite, répondit l'autre d'une voix grave. Mais n'y vas pas, dit-il en prenant la manche de mon frère pour l'empêcher de continuer à avancer. Les pompiers vont bientôt arriver, et je ne veux pas que tu mettes ta vie en danger.
- Et s'ils n'arrivent pas à temps ? contra-t-il.
Jack ne répondit rien, mais je voyais dans son regard qu'il ne laisserait pas mon frère s'aventurer dans l'incendie, qu'il ne connaissait que trop bien le danger qu'étaient les flammes.

Profitant que la dispute distrayait Jean, je fonçai dans la maison enflammée. J'entendis des voix m'ordonner de faire demi-tour, mais je ne m'arrêtais pas. Je franchis les morceaux de porte étalés au sol, sûrement détruite par l'incendie. Ou par la personne qui avait créé cet incendie. Car il était clair qu'en fin de mois de janvier, un incendie n'allait probablement pas s'allumer tout seul comme ça arrivait quelquefois en été, ou alors c'était vraiment de la malchance.

À l'intérieur, la chaleur était insoutenable. Les flammes dansaient partout, que ce soit sur les pavés ou sur la terre. J'avais déjà vu cela dans ma première expérience dans les tunnels, celle du feu. J'inspirai doucement pour calmer mon cœur qui battait la chamade, mais je manquai de m'étouffer à cause de l'épaisse fumée qui avait envahi tout le lieu. Je regardai autour de moi à la recherche des deux personnes qui étaient coincées dans l'incendie. Mais mes yeux me piquaient, ce qui m'obligais de les cligner de plus en plus, à tel point que je devais les garder fermé. Je ne voyais plus rien à part d'étranges silhouettes qui tournoyaient autour de moi.

Je distinguais à peine les lueurs orangées qui se rapprochaient de moi, glissant lentement sur le sol. Dans les tunnels, je voyais ce qu'il se passait, je n'étais pas aveuglée par la fumée, contrairement à aujourd'hui. Je paniquai totalement lorsque quelque chose de brûlant me toucha la cheville droite. Par instinct, je fis appel à mon pouvoir. Je fis apparaître une tempête dans toute la maison, ce qui éteignit le feu, mais qui fit trembler la maison à tel point que j'eus peur qu'elle ne s'effondre sur moi. Je continuai à alimenter la tornade avec le peu d'énergie que j'avais jusqu'à que je sois sûr que l'incendie soit entièrement inoffensif.

Je m'allongeai sur le sol maintenant couvert de suie, mais plus dangereux. Quand je relevais les yeux, deux petites filles d'environ neuf ans me regardaient d'un air ébahi. Elles avaient dû tout voir, songeais-je.

- Ne dites pas ce que vous avez vu, les suppliais-je. Dites juste que je vous ai trouvée dans votre chambre et qu'on a réussi à éviter les flammes, d'accord ?
Comme elles hochaient toutes les deux la tête, je rajoutai :

- Merci, vous allez me sauver la vie. Maintenant, nous sommes quittes.
À peine avais-je fini de prononcer ma phrase que tout le sommeil que j'avais de retard s'accumula avec le manque d'énergie que j'avais dû utiliser pour créer la tempête et que je m'évanouis, massacrée par le manque de forces.

Les quatre élémentsDes histoires addictives. Découvrez maintenant