Martin

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Après presque une heure de recherche, je découvris enfin le passage secret. Pendant tout le temps que nous avions déplacé les caisses remplies de fruits et de légumes, j'avais appris plusieurs choses sur ma sauveuse et elle avait appris plusieurs choses sur moi. Par exemple, je savais maintenant que la personne dont j'étais amoureux s'appelait Juliette. Et elle savait que je m'appelais Martin. C'étaient des choses bêtes, mais en vérités très importantes.

- Dépêche-toi, fit-elle soudainement, me tirant de mes pensées. J'ai trouvé le passage, mais ils arrivent.

Effectivement, j'entendais plusieurs voix s'approcher de nous. Je reconnus celle de mon père parmi elles. S'il m'attrapait, j'allais passer plus qu'un mauvais quart d'heure. Mais j'avais beau me dépêcher le plus possible, je n'arrivais pas à entrer par l'étroit passage qu'avait fait Juliette pour passer. Les voix étaient toutes proches maintenant. Ils allaient arriver d'un instant à l'autre ! La caisse qui bloquait le reste de l'entrée du passage secret était trop lourde pour moi, et puis je n'étais pas dans la bonne position pour pouvoir la déplacer. Mon père arriva alors dans la salle. Il voulut dire quelque chose, mais je ne saurai jamais ce que se serai, car à ce moment, je sentis comme une vague de chaleur partir de mon cœur et aller dans ma main gauche, qui essayait vainement de pousser la cagette. C'est alors que la caisse qui bloquait le passage prit feu. Je retirai vivement mes doigts avant qu'ils ne finissent par brûler eux aussi et je rentrai dans le passage dont l'entrée était maintenant élargie. Juliette m'attendait, l'air inquiète.

- Ça va ? me demanda-t-il dès qu'elle me vit.

J'éteins ses doutes en lui répondant que tout allait bien pour moi, et cela, tant que mon père ne m'attrapait pas. Elle fut tout de suite soulagée.

- Où nous emmène ce tunnel ? me questionna la personne dont j'étais tombé amoureux dès le premier regard.
- Ce couloir mène à ma chambre. C'est là-bas que je suis allé dans les souterrains pour ma première et seule fois.

Après cet échange, nous restions une majorité du temps à ne rien dire. Parfois, on s'arrêtait et se regardait longuement avant de repartir. D'autres fois, je jetais une petite blague et on rigolait ensemble. En gros, nous nous amusions bien et je ne croyais qu'aucun de nous deux ne voulais ressortir de ce lieu où nous étions en sécurité.

Nous étions vite arrivés au bout de la galerie souterraine malgré nos pauses toutes les deux minutes, et je passai alors en premier, afin de vérifier si personne ne se trouvait dans les alentours quand nous sortions. J'eus du mal à me tirer en haut, mais Juliette m'aida d'en bas en me poussant de toutes ses forces. Une fois de retour à la surface, je regardais autour de moi. Personne. Je fis un signe de main à ma nouvelle amie lui disant de venir, et elle se hissa comme elle put sur le sol immaculé de ma chambre. Je la pris par la main pour l'aider à monter, mais, une fois qu'elle fut sur terre, j'eus de mal à la lâcher. Je voyais bien sa gêne autant que la mienne, mais c'était si tentant de la garder au chaud contre moi... Alors qu'on ne se connaissait presque pas, je sentais déjà un lien entre nous deux. J'espérai juste ne pas me leurrer.

- On doit repartir dans les tunnels, m'informa-t-elle en se dégageant. Nous devons aller secourir les apprentis de terre et d'air, car ils ont eux aussi des problèmes. Je te laisse t'occuper de l'apprentie d'air pendant que je vais voir celui de terre. À plus tard, fit-elle en me lançant un clin d'œil.

Puis elle ouvrit la porte de ma chambre et disparu dans les souterrains. D'un coup, je revins vraiment sur terre. Quelqu'un avait besoin de moi, et je devais aller l'aider. Je pris mon courage à deux mains, je passai à mon tour à travers la porte de ma chambre et descendis dans les tunnels qui s'ouvraient devant moi.
J'étais dans le tunnel d'air et je tremblais comme une feuille. Et si c'était juste une nouvelle épreuve ? Si ça se trouve, je m'étais bêtement fait avoir par le charme de Juliette. Non. Je lui faisais confiance, elle ne me trahirait pas comme cela. Nous devions être serrées entre nous. Malgré tout, le doute commença à s'insinuer devant moi. Mais il disparut automatiquement quand je vis une forme pâle devant moi.

Feu ! m'écriais-je.
- non, moi, c'est Air, déclara la forme brumeuse devant moi. Et toi, qui es-tu ?
- Désolé. Je m'appelle Martin, je suis l'apprenti de Feu, et je croyais que c'était lui.
- Qu'est ce que Feu pourrait-il faire dans mon couloir ? s'étonna l'esprit.
- Rien... Rien, balbutiais-je.
- Je ne te crois pas, contra-t-elle immédiatement. Il veut m'exclure des tunnels, c'est cela ? Je savais qu'il ne m'aimait pas, mais pas à ce point !
- Non, pas du tout, ce n'est pas ça. Je dois juste aller voir ton apprentie pour...
Je ne pus continuer ma phrase car elle me stoppa :
- Il ne veut donc pas s'en prendre à moi, mais à mon apprentie ! Trop, c'est trop, je fais aller le voir et régler cela avec lui. Et toi, tu devrais cesser de l'écouter !
- Non, ce n'est pas ce que je veux dire ! m'exclamai-je, énervé de ne pas être écouté. Votre apprentie ne vient plus dans les tunnels non ? Je dois aller la chercher. Donc laissez-moi passer, je la ramènerai bientôt.
Elle semblait sceptique, mais me laissa tout de même passer.

- Si j'entends que tu m'as menti, tu me le payeras cher.
Sur ces paroles, elle disparut dans un mur, tout en me regardant. Je sentis un frisson le long de mon dos. Air faisait vraiment peur, je plaignais son apprentie. Feu était beaucoup plus sympathique avec moi. Après, peut-être qu'elle était plus gentille avec son élève, et je l'espérais vraiment pour ma camarade. Mais ce n'était pas mes oignions, je devais m'occuper de ce qui me regardais. Je continuais donc de monter dans le tunnel, et j'arrivais peu de temps après à la surface. Une barrière de buisson bloquait le passage. Après m'être débattu contre ce drôle de défenseur, je sortis à l'air libre. C'était une matinée fraîche, comme dans le palais de mon père, et cela me faisait du bien. Chez moi, j'avais très peu le droit de sortir, soit parce que j'étais puni, soit parce que mon père ne voulait pas que je tombe malade. Dehors, je me rendis compte que j'étais dans un jardin d'une petite maison. Mais en regardant autour de moi, je vis que toutes les maisons étaient de la même taille. Je devais être dans un autre siècle, sûrement un plus avancé que le mien. Je commençais à explorer les alentours du tunnel, sans trop m'éloigner, de peur de perdre le passage souterrain et de rester coincé ici. Je continuais donc ainsi comme cela jusqu'à qu'une adolescente d'à peu près mon âge ouvrit le portillon qui délimitait la maison où le tunnel avait débouché. « Ce doit être elle, l'apprentie de vent. » J'avais confiance en moi, et puis, sinon, je n'avais qu'à dire que je m'étais trompé de personne et que je l'avais confondu avec quelqu'un d'autre. Je m'approchais donc d'elle à pas résolu, décidé de la ramener dans les tunnels avant d'avoir les problèmes qu'elle, car elle devait en avoir, sinon elle irait dans les souterrains où les esprits l'attendaient.

Les quatre élémentsDes histoires addictives. Découvrez maintenant