Chapitre 82 : L'appel des ténèbres

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Royaume de Camelot, cité, château, appartements d'Arthur et de Guenièvre, quelques heures plus tard, fin de journée

Après avoir brièvement pris des nouvelles de Mordred, miraculeusement en vie à son plus grand soulagement, ce qui n'avait cependant pas permis à Aurore de pardonner son frère, la chevalière entra dans les appartements de sa Reine. Celle-ci était en train de lire tranquillement dans son fauteuil, en attendant Arthur et Merlin qui ne devaient plus tarder désormais.

Sans rien dire, Aurore vint s'asseoir sur ses genoux et se blottit contre elle, ce qui surprit grandement Guenièvre. Cependant, elle ne posa aucune question et lui rendit son étreinte après avoir mis le livre sur la table.

« Quelqu'un a pris le relève de Mordred quand il est parti avec les autres ? », demanda Aurore au bout de quelques minutes.

« Oui ne t'inquiète pas. Arthur n'est parti qu'avec les chevaliers de la Table Ronde. Tu aurais été de la partie aussi, si tu n'avais pas eu besoin d'aller voir Nahida. Le troisième chevalier de ta liste a pris la relève. »

« Tant mieux... », soupira la chevalière.

« Tu te sens mieux ? »

Aurore se blottit un peu plus contre elle, sentant les ténèbres s'éloigner, au moins pour un temps.

« Maintenant, oui. »

Royaume de Camelot, cité, château, appartements d'Arthur et Guenièvre, plusieurs semaines plus tard

Au cours des dernières semaines, l'atmosphère avait drastiquement changé dans l'entourage d'Arthur, sans qu'il n'arrive à comprendre pourquoi malgré ses efforts. La relation entre Merlin et Aurore s'était considérablement refroidi, sans que ledit Merlin n'y comprenne quoi que ce soit (avant que ne Guenièvre lui dise), à un tel point que la chevalière l'ignorait purement et simplement. Quand elle était forcée de le côtoyer, elle le traitait avec la plus grande froideur qui soit, comme un inconnu qu'elle abhorrait au plus au point.

Si le Roi ne comprenait pas ce qu'il se passait, Guenièvre, elle, s'en doutait, puisqu'elle avait été prévenue par son homologue du futur. Bien entendu, elle en avait informé Merlin, qui vivait depuis avec une inquiétude et une culpabilité permanentes, mais, plutôt que d'essayer de les réconcilier (elle avait essayé quelques fois au début, avant de comprendre très vite que cela empirait les choses), elle offrait à Aurore tout le soutien et le réconfort dont elle avait besoin, ne faisant aucune remarque sur le fait que la chevalière ne la quittait plus une seule seconde et se blottissait contre elle dès que la situation le permettait.

Quelque part, Guenièvre savait que sa présence aidait grandement la chevalière, de plus en plus sujette aux sautes d'humeur depuis la convocation d'Arthur auprès des Disirs. Il suffisait d'un regard, d'un sourire, parfois simplement de sa présence, pour qu'Aurore reprenne le dessus sur l'Incubus libéré qui tentait de prendre le contrôle sur elle. Quant à elle, elle discutait beaucoup avec Nahida, qui venait très souvent au château pendant les entraînements des chevaliers, seule période où Aurore n'était pas aux côtés de la Reine. Ensemble, elles s'informaient et élaboraient une multitude de possibilités pour ramener la chevalière lorsque le démon aura pris le dessus. Toutes semblaient assez naïves selon la Reine, mais qui était-elle pour remettre en question l'avis de l'Archon de la Sagesse ?

De son côté, Aurore se sentait de plus en plus perdre le contrôle. L'Incubus, pendant son sommeil, avait énormément gagné en puissance, bien plus que ce qu'elle avait imaginé, et sa puissance d'Archon de la Liberté s'opposait en permanence à celle de l'Incubus du Chaos. C'était usant, et elle perdait du terrain un peu plus chaque jour. Elle avait essayé de trouver une solution, mais aucun écrit divin à propos des démons ne faisait état d'une façon d'éradiquer celui qui avait pris possession d'un dieu depuis l'enfance. C'était possible, parce que le démon en question était nécessairement de puissance égale au dieu, mais il n'y avait aucune trace, et même Natasha et Stella n'avaient rien voulu lui dire sur le futur, et avaient été incapables de lui fournir une solution issue du passé. En résultat, Aurore perdait le contrôle, parce qu'elle était prise au piège sans Liberté possible, et elle le savait. Elle vivait tout en sachant que chaque jour pouvait être celui de son basculement, elle vivait sans aucun espoir d'avenir, et ce désespoir nourrissait grandement l'Incubus. Ses seuls instants de paix étaient quand elle était dans les bras de Guenièvre, et elle en profitait autant que possible. Elle se nourrissait de sa présence, de sa douceur, de sa gentillesse, de son amour, de tout ce qui faisait de Guenièvre sa Gwenny, et s'efforçait de ne pas penser à l'après.

Eilin et Emrys - Deux noms entrelacés dans la tapisserie du destinOù les histoires vivent. Découvrez maintenant