- Samedi, 19h56 -
"On est perdues,
- Non.
- Bah si, on est perdues,
- Je te dis que non,
- Faut se rendre à l'évidence au bout d'un moment..."
Mina mit les pleins phares. Ses yeux se plissèrent un peu.
"On n'y voit rien, à tout moment on a juste manquées la bonne sortie,
- Donc... on est perdues ?
- Je n'ai pas dit ça !
- En tout cas ça sonnait pareil..."
La conductrice ravala un mot amer et tenta d'attraper son portable.
"Je t'avais bien précisé que rouler de nuit avec cette chose n'était pas l'idéal, reprit-elle en saisissant son téléphone.
- Je peux conduire tu sais ?
- Si c'est pour avoir un accident, non merci.
- Comme tu veux... mais avoue au moins qu'on est complètement paumées."
Mina souffla une seconde.
Allumant l'écran dans sa main droite, elle vit qu'il n'y avait toujours aucune barre de réseau.
Il fallait bien se rendre à l'évidence...
"Bon, okay, on est peut-être un peu perdues...
- Je le savais !" s'exclama Sana.
Son allégresse d'avoir raison énerva encore un peu plus Mina.
"Je ne suis pas certaine de comprendre pourquoi tu t'en réjouis autant,
- Disons juste que ça m'évite de passer une horrible nuit dans ce centre pour tarés, lâcha nonchalamment sa jumelle.
- Tu as conscience que tu vas faire partie de ces tarés même si on a du retard ?"
Elle haussa les épaules.
"On n'y est pas encore."
Mina souffla et se concentra complètement sur ce qui se déroulait devant elle.
La désinvolture qu'affichait Sana lui donnait des maux de têtes à n'en plus finir. Comment pouvait-elle agir ainsi sans comprendre l'importance des choses ? L'auto-destruction qu'elle s'infligeait depuis le début du lycée parvenait à assombrir l'esprit de Mina dans une dimension qu'elle n'aurait cru possible. La jeune femme avait l'impression que Sana ne comprenait toujours pas dans quelle galère elle s'engouffrait... Aller dans ce centre c'était comme de signer un arrêt de mort sociale. Une fois ancrée dans ce système, il lui serait impossible de trouver des universités, des employeurs de qualités.
Il n'y avait plus rien à espérer de l'avenir une fois qu'on vous poussait à poser un pied dans ces instituts. Le prix qu'il fallait débourser pour y entrer, c'était l'argent que l'on plaçait pour être certain de ne plus entendre parler de vous.
L'écartement social par espèce.
Mina n'y comprenait donc absolument rien au comportement destructeur de sa jumelle, et cela la terrifiait au plus haut point.
Mais que pouvait-elle faire de plus, hein ?
Lui interdire de fréquenter ses amies, lui interdire de sortir le soir, lui interdire de jouer de la guitare, lui-.
C'était stupide.
Mina n'était pas leurs parents. Elle n'avait aucunement le droit de lui infliger la moindre sanction. Surtout lorsque ces punitions étaient inutiles et aliénantes. Non, Mina ne savait pas comment aider sa jumelle et cette information avait le don de lui foutre le moral au plus bas...
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PSYCHO
أدب الهواة" CASSE-TOI ! La voix de Chaeyoung vrilla sur la fin, et Mina la vit fondre à nouveau en larmes. Tu ne comprends rien, tu ne comprends rien... C'est de ta faute et ça l'a toujours été. " Mina avala sa salive et baissa vivement les yeux pour contempl...
