CHAPITRE IV

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Dès la première heure, le Roi se dirigea vers la cellule de la jeune fille. Ses pas résonnaient dans le couloir comme un battement sourd qui martelait ses tempes. Il demanda à ses gardes de ne pas intervenir. Elle était si frêle, si inoffensive à ses yeux, il savait qu’elle ne pouvait rien faire contre lui.

Le lourd verrou grinça, la porte s’ouvrit, et Ernos tomba nez à nez avec la demoiselle endormie, adossée contre le mur froid et humide. On referma la porte derrière lui, l’enfermant seul avec elle.

Il observa brièvement les alentours comme si ses yeux espéraient trouver autre chose à contempler que ces pierres gorgées d’humidité, ces murs rongés par le temps et ce mince rayon de lumière qui perçait l’encadrement d’une fenêtre trop haute, insuffisant pour chasser l’ombre de cette geôle. Puis son regard revint, vers la demoiselle dont il ignorait encore le nom. Ses cheveux, pourtant emmêlés par le sommeil et la misère, luisaient sous la caresse de ce filet de lumière, comme si le soleil lui-même avait choisi de l’honorer. Quelques boucles rebelles masquaient la moitié de son visage pur, lui donnant un air mystérieux. Sa longue robe usée, effilochée par endroits, entourait ses pieds recroquevillés.

Malgré la crasse du lieu, malgré sa posture repliée, Ernos ne put s’empêcher de songer qu’il contemplait la plus belle créature qu’il n’eût jamais vue. Une beauté brute, non façonnée par la cour, mais par la vie, par la fierté et la force qu’elle dégageait même dans son sommeil.

Dans son inspection, son cœur se serra en voyant que sa tête penchait dangereusement sur le côté, prête à heurter la pierre. Pris d’un élan irrépressible, il franchit la distance en deux enjambées et la soutint de sa main avant que son visage ne se brise contre le sol.

Le contact de sa paume contre sa joue brûlante lui arracha un frisson qui le laissa interdit. Sa mâchoire se crispa, son esprit se troubla : comment un simple effleurement pouvait-il ébranler ainsi sa chair, lui qui se croyait imperméable à toute faiblesse ?

Il se força à reprendre contenance, mais ses idées s’éparpillèrent lorsqu’il constata que la jeune fille était fiévreuse. Son souffle haletant, ses lèvres sèches et gercées, son teint blême lui firent l’effet d’une gifle. Le cœur du Roi s’emballa, inquiet, et sa main glissa jusqu’à son poignet pour prendre son pouls. Les battements faibles et irréguliers firent naître en lui un mélange de soulagement et de culpabilité. Elle vivait, mais dans quel état… Il inspira profondément et, d’un geste presque tendre, il la tapota du bout des doigts à la joue.

— Mademoiselle ! Réveillez-vous ! ordonna-t-il d’une voix ferme, où l’autorité innée du souverain se mêlait à une chaleur inhabituelle.

Les paupières d’Idae s’ouvrirent à peine. Ses yeux luisants, troublés par la fièvre, croisèrent un instant la silhouette qui la dominait. Elle reconnut vaguement une voix, un timbre chaud qui perça le voile embrumé de son esprit, mais sa faiblesse l’emporta et elle retomba aussitôt dans l’inconscience, comme un souffle éteint.

— Qu’est-ce qui vous est arrivé, bon sang ? murmura le Roi, accablé par une culpabilité qu’il n’avait pas anticipée.

Sans réfléchir davantage, il glissa un bras sous ses jambes, un autre dans son dos, et la hissa dans ses bras. Son corps était si léger qu’il eut l’impression de porter un oiseau blessé. Il donna un coup de pied sec à la porte qui claqua contre le mur, faisant sursauter les gardes. L’un d’eux, stupéfait de voir le Roi dans une telle posture, voulut s’approcher pour prendre la jeune fille, mais un simple regard noir du Souverain suffit à le foudroyer sur place. Personne d’autre que lui ne devait poser ses mains sur cet être fragile, presque sacré à ses yeux en cet instant.

— Appelez un médecin et conduisez-le immédiatement dans mes appartements, ordonna-t-il d’un ton qui ne souffrait aucune contestation.

Sans un autre mot, il traversa les couloirs du château, sa précieuse charge blottie contre son torse. Les regards médusés des serviteurs et des soldats se tournaient sur son passage, mais Ernos n’y prêta aucune attention. Son esprit était fixé uniquement sur la jeune fille qu’il serrait contre lui. Chaque souffle tremblant qu’elle exhalait le transperçait, chaque frisson qu’il sentait parcourir sa peau l’anéantissait un peu plus. À une servante qu’il croisa, il lança sèchement :

ImpériaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant