CHAPITRE XIII

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Depuis des jours, Idae repensait à ce qu’il s’était passé dans la forêt. Ces murmures étranges, cette voix qui semblait l’appeler… et surtout ces paroles. Elle était persuadée de les avoir déjà entendues. Elles résonnaient encore dans son esprit comme une chanson oubliée. Et dans son cœur, une certitude grandissait : elles lui étaient destinées.
Quand elle avait osé en parler au Roi, à leur retour, il lui avait simplement répondu qu’il n’avait rien entendu d’étrange. Ses yeux ne trahissaient ni mensonge ni surprise. Alors elle s’était tue, redoutant qu’on la prenne pour une folle. Mais depuis, quelque chose la rongeait. Son cœur lourd lui murmurait que quelque chose clochait profondément.

Assise sur le bord du lit, Idae attendait patiemment l’arrivée d’Élion. Elle se demandait quelles tâches le Roi allait encore lui confier aujourd’hui. Depuis quelques temps, la jeune servante semblait distante, occupée, presque absente. Et Idae n’avait pas trouvé le courage de lui parler de l’incident dans la forêt. Elle avait peur qu’Élion la regarde autrement, qu’elle aussi la prenne pour une illuminée. Alors elle s’était réfugiée dans les souvenirs plus légers : le souffle du vent, la douceur du galop, la chaleur du soleil sur sa peau. Son amie, elle, s’était réjouie pour elle, heureuse de la savoir enfin un peu libre.
Mais aujourd’hui, elle n’était toujours pas venue. Idae attendit. Une heure. Deux. Trois. Le silence s’éternisait.

Rien.

Un frisson lui parcourut l’échine. Devait-elle sortir pour voir ce qui se passait ? Mille scénarios catastrophes s’entrechoquaient dans sa tête : une attaque, un complot, un attentat… Son cœur s’emballa. Et s’il était arrivé quelque chose au Roi ?
Elle posa une main sur sa poitrine, comme pour calmer la tempête qui y grondait. Pourquoi s’inquiétait-elle pour lui, bon sang ? Elle soupira, honteuse de sa propre réaction. Et pourtant, ses sens étaient en alerte, comme guidés par une force invisible. Ses doigts se crispèrent sur la poignée. Elle hésita. Puis, dans un souffle décidé, elle ouvrit la porte.

Le vacarme la heurta de plein fouet. Des voix, des pas précipités, des ordres lancés à la volée. Le château vibrait d’une agitation inhabituelle. Des serviteurs couraient dans tous les sens, les bras chargés d’objets, de draps, de vaisselle, comme si un ouragan d’activité s’était abattu sur eux. Le brouhaha l’étourdissait.
Mais à mesure qu’elle observait, elle sentit la tension se dissiper en elle. Ce n’était ni la guerre, ni la panique. Juste une agitation d’apparat. Elle poussa un léger soupir de soulagement.

Une semaine avait passé depuis la balade avec le Roi. Et depuis cet étrange incident, plus rien n’était pareil. Ernos semblait distant, absorbé par des pensées qu’elle ne pouvait deviner. Il n’était plus colérique, ni dur, juste… ailleurs. Absent. Et ce silence la déroutait. Elle ne comprenait plus rien.
Avait-il enfin assouvi sa curiosité à son égard ? Était-elle redevenue insignifiante à ses yeux ? Ou était-ce à cause de ce qu’il s’était passé, de cette voix venue du vent ? Elle se perdait dans ses suppositions. Son esprit oscillait entre la raison et ce sentiment étrange, presque douloureux, qu’il lui manquait.

« Imbécile », se dit-elle intérieurement, agacée.
Et pourtant, son cœur refusait d’obéir à sa tête.

Elle se fraya un passage entre les serviteurs, esquivant les plateaux, contournant les meubles déplacés, recevant parfois un regard furieux d’une femme de chambre trop pressée. Personne ne semblait remarquer sa présence, comme si elle était devenue invisible dans ce tumulte.
Elle allait renoncer quand une idée surgit soudain : et si elle s’enfuyait ?
Son cœur fit un bond. L’idée était folle, impossible… mais terriblement tentante.
Puis la raison la rattrapa : les gardes. Les grilles. Et le Roi. Il la chercherait. Il la retrouverait. Même au bout du monde.

Alors elle continua d’avancer, laissant ses pas la guider sans but. C’était la première fois qu’elle osait explorer réellement le château. À chaque couloir, elle découvrait une nouvelle merveille. Les plafonds voûtés ornés de dorures, les tapis d’un rouge profond, les immenses tableaux représentant les rois passés. Tout brillait d’opulence. Et plus elle avançait, plus elle se sentait étrangère à cet univers.
Elle qui aimait la terre sous ses pieds, l’air libre et la simplicité, se sentait étranglée par la splendeur.

Impéria [En Cours]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant