Ne supportant plus l’étouffante chaleur créée par leur proximité, le Roi se détourna vers la fenêtre ouverte, laissant entrer la brise fraîche du dehors. Il avait besoin de respirer, de retrouver un peu de clarté dans cet instant qui le consumait de l’intérieur. Sa main s’agrippa à l’encadrement, comme si ce contact avec la pierre froide pouvait le ramener à lui-même, à sa raison, loin de ce tumulte étrange qui le gagnait chaque fois qu’il se trouvait face à cette fille.
Idae, elle, avait cessé de respirer. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine tandis qu’elle prenait conscience que cet homme connaissait non seulement des détails sur elle, mais aussi sur sa famille. Des milliers de questions se bousculaient dans son esprit, certaines effroyablement personnelles, d’autres étrangement précises. Chacune lui coupait la respiration, lui nouait l’estomac et lui faisait trembler les mains. La sensation d’être mise à nu devant un étranger – pire encore, devant son Roi – la fit chanceler intérieurement.
— Mon frère ? Que se passe-t-il avec mon frère ? demanda-t-elle d’une voix paniquée, s’asseyant brusquement sur le bord du lit, ses doigts crispés sur le drap comme pour s’y agripper à la vie.
À ce mouvement, Ernos se retourna. Son regard sombre rencontra celui, terrifié, d’Idae. Dans ces yeux noisette brillait une peur pure, viscérale, qu’il n’avait pas l’habitude de voir, car peu osaient s’exposer à lui de la sorte. Il s’avança d’un pas assuré, comme pour apaiser sans le dire, tendit un verre d’eau et le posa entre ses mains tremblantes.
— Buvez, ordonna-t-il, le ton ferme mais étrangement mesuré.
Elle le saisit timidement, ses doigts effleurant les siens par inadvertance, ce qui lui donna un frisson désagréable qu’elle repoussa aussitôt. Elle porta l’objet à ses lèvres, et chaque gorgée sembla la réanimer un peu, comme si l’eau ramenait son esprit à la surface. Pourtant, l’intensité de son regard posé sur elle, lourd, presque brûlant, la mettait mal à l’aise. Chaque seconde où elle sentait ses yeux sur elle, elle avait l’impression de suffoquer.
Ernos, lui, se maudit intérieurement de laisser transparaître une curiosité qu’il aurait voulu contenir. Pourquoi cette fille ? Pourquoi maintenant ? Il détourna les yeux un instant, comme pour reprendre le contrôle. Lorsqu’elle posa enfin le verre sur la table basse, il recula de quelques pas, comme pour retrouver un équilibre qu’il n’avait pas consciemment perdu.
— Votre frère s’est rendu au château pour y faire du grabuge, annonça-t-il d’une voix glaciale, tranchant le silence.
Le cœur d’Idae s’emballa. Elle aurait donné n’importe quoi pour que personne ne touche à son frère. Sa gorge se serra, et des larmes menaçaient de lui monter aux yeux. Elle aurait préféré passer toute sa vie enfermée dans le cachot à sa place, plutôt que de le voir souffrir ou être maltraité.
— Il a clamé haut et fort que vous étiez innocente et a exigé à vous voir, ajouta Ernos.
Idae ne put retenir un frisson. Sa respiration devint saccadée et elle se leva d’un bond, chancelant légèrement sous l’effet de la faiblesse. Ses jambes tremblaient mais son regard, lui, s’enflamma.
— Qu’est-ce qui lui est arrivé ? demanda-t-elle, la voix tremblante mais ferme, les mains pressées sur sa poitrine pour contenir l’angoisse qui l’étouffait.
Le Roi la surplombait de toute sa hauteur, les traits impassibles, mais elle pouvait sentir derrière ce masque la fascination et l’évaluation silencieuse. Cette petite femme, si fragile en apparence, ne se laissait pas impressionner. Elle se tenait droite, malgré son état, malgré sa peur. Cela éveilla en lui un mélange d’intérêt et de curiosité qu’il n’était pas prêt à admettre.
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Impéria
RomanceAprès des siècles de chaos et de luttes, le continent africain connaît une nouvelle ère. La sorcellerie a été éradiquée, les royaumes se reforment et un jeune Roi prend place sur le trône. Mais le pouvoir, aussi imposant soit-il, ne peut effacer le...
