CHAPITRE IX

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— Idae ? Idae, réveille-toi. Tu dois te préparer.

La jeune fille émergea de son sommeil, la vue encore embuée, les paupières lourdes. Sa tête reposait à moitié sur l’oreiller, ses cheveux en bataille couvrant une partie de son visage. Elle reconnut la chevelure noire d’Élion, qui se tenait au-dessus d’elle, un sourire doux au coin des lèvres. Idae s’assit lentement, étirant ses bras avant de se frotter les yeux.

— Mais… il est quelle heure ? demanda-t-elle d’une voix encore ensommeillée, la gorge légèrement enrouée.

— Je te croyais lève-tôt, ma chère, dit Élion d’un ton moqueur.

— Bien sûr que je le suis, répliqua Idae avec une moue. Mais depuis que je suis dans ce château, mon mental est soumis à de rudes épreuves… et surtout, ce lit est tellement confortable, avoua-t-elle malgré la mélancolie qui perçait dans sa voix.

Élion la regarda avec un sourire attendri. Idae n’était pas du genre à se plaindre, mais depuis qu’elle avait mis les pieds dans ce château, sa flamme rebelle semblait vaciller entre résignation et épuisement.

— Allez, debout ! Tu as beaucoup de choses à faire aujourd’hui, dit la servante en lui tirant doucement la couverture pour la mettre debout.

Idae poussa un soupir las, se laissant faire.

— Tu dois préparer le petit déjeuner du Roi. Il le prend toujours dans ses appartements. Ensuite, tu devras nettoyer ses appartements et ranger son linge propre. Nous nous occuperons du dîner ensemble, car il mangera avec la Reine.

— C’est la première fois de ma vie que je ne suis pas euphorique à l’idée de travailler, railla la rebelle en se dirigeant vers la salle de bain, le pas traînant.

— Ne t’inquiète pas, tu ne le verras pas beaucoup. Il est la plupart du temps en réunion. Et ensuite, il aime faire des randonnées dans les bois. Des fois, il chasse… des fois, on ne sait pas trop, répondit Élion, un brin mystérieuse.

— Tant mieux ! Ça me soulage, tu ne peux pas imaginer, lança Idae, mi-soulagée, mi-cynique.

Elle entendit Élion ricaner de l’autre côté de la porte.

— Si le Roi t’entendait, je n’imagine pas sa réaction, plaisanta-t-elle. Ton Souverain t’insupporte… ça pourrait être considéré comme trahison, chère Idae.

Cette dernière se raidit. Elle savait pertinemment qu’il était capable de la punir pour moins que ça. Et surtout… les murs avaient des oreilles, ici.

— C’est mieux qu’on n’en parle plus, conclut-elle d’une voix lasse.

Elle plongea dans le bain, laissant l’eau chaude envelopper son corps meurtri et son esprit agité. Pendant un instant, elle se permit de respirer, de fermer les yeux, d’oublier le poids de la veille. L’eau glissait sur sa peau comme pour laver la peur, les doutes, et la tension qui l’habitait depuis qu’elle servait cet homme. Mais bientôt, le temps du répit s’acheva.

La jeune rebelle marchait d’un pas mesuré, le dos droit, en poussant une charrette de bois bien trop lourde pour sa taille fine. Ses mains, serrées à en blanchir les jointures, tremblaient légèrement. Elle détestait cet uniforme trop serré, ces tissus épais qui l’étouffaient, et ce chignon rigide qui emprisonnait sa chevelure sauvage. Tout, dans cet accoutrement, semblait conçu pour lui rappeler qu’elle n’était plus libre.

Le couloir semblait interminable. Les portraits de nobles aux visages figés la fixaient du haut des murs, témoins silencieux de sa servitude nouvelle. À chaque pas, son cœur se serrait davantage. Et lorsqu’elle arriva devant la porte de ses cauchemars, celle du Roi, elle sentit sa gorge se nouer.

ImpériaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant