Idae n’eut pas besoin de s’annoncer qu’un garde l’escorta jusqu’au bureau du Roi. Chaque pas résonnait sur le sol comme une épreuve supplémentaire à franchir. Une appréhension suffocante lui enserra la gorge jusqu’à ce qu’elle atteigne les portes massives qui la séparaient du moment fatidique. Le peu de détermination qu’elle avait en quittant la maison venait de s’effriter, remplacé par une vague de peur et d’incertitude qui s’accrochait à sa peau comme une brume froide. Son cœur battait si fort qu’elle crut qu’on pouvait l’entendre de l’autre côté des portes. Quand la voix grave du Souverain lui intima d’entrer, Idae crut défaillir. Ses jambes tremblaient légèrement, et la pression dans sa poitrine la coupa presque du souffle.
Pourtant, il n’y avait plus de retour en arrière possible. Elle y était, et il savait qu’elle était là. Fuir maintenant aurait été plus qu’une faiblesse : ce serait une fuite d’elle-même. Alors, rassemblant le peu de courage qui lui restait, Idae posa la main sur la poignée et pénétra dans la pièce.
Le bureau du Roi l’accueillit avec son ambiance grave et silencieuse. Les flammes des chandelles projetaient des ombres mouvantes sur les murs tapissés de velours sombre. Au centre, Ernos, penché sur un document, les sourcils froncés par la concentration. Ses traits durs se découpaient à la lumière, et il avait cette expression à la fois noble et fatiguée de ceux qui portent trop. Idae avança avec précaution, presque sur la pointe des pieds. Seul le bruit de ses pas brisait le silence. Elle s’arrêta à quelques centimètres du bureau, observant ce visage qu’elle avait tant de mal à comprendre. Il semblait épuisé, mais malgré tout, son aura naturelle dominait la pièce, imposante, magnétique.
Elle se donna une claque mentale pour chasser les pensées qui l’effleuraient. Ce n’était pas le moment de remarquer à quel point il lui paraissait séduisant. Elle se racla la gorge pour attirer son attention.
Ernos leva lentement les yeux vers elle. Et à cet instant, tout sembla se figer. Le Roi se sentit frappé par une émotion qu’il ne sut définir. Elle était là, devant lui, dans cette robe couleur d’automne qui soulignait la finesse de sa taille. La lumière caressait ses cheveux comme pour lui rappeler qu’elle n’avait jamais été faite pour l’ombre du château. Il se maudit d’avoir tardé à la regarder ; il l’avait fait par peur, car il redoutait de lire dans ses yeux le rejet ou la colère. Mais en la voyant, tout ce qu’il avait voulu retenir s’effondra. Sans qu’il ne comprenne comment, ses pas le menèrent jusqu’à elle.
La surplombant de toute sa hauteur, il la prit dans ses bras.
Idae hoqueta de surprise, incapable de bouger. Son cœur s’emballa, cognant contre sa poitrine à s’en faire mal. Lui qui, quelques secondes plus tôt, semblait ignorer sa présence, la tenait maintenant contre lui avec une douceur désarmante. Elle sentit son souffle chaud contre son cou, régulier, presque apaisé, et des frissons lui parcoururent la nuque. Elle resta tétanisée, ses bras le long du corps, déstabilisée par ce contact inattendu.
— Je suis tellement heureux que vous soyez venue, Idae, chuchota-t-il, sa voix grave résonnant tout contre sa peau.
La jeune femme avala difficilement sa salive. Elle ne savait que répondre. La chaleur qui montait en elle la déstabilisait, et elle espéra un instant que c’était la pièce qui devenait étouffante.
Comme s’il avait perçu son trouble, Ernos se détacha d’elle, mais sans rompre le contact visuel. Idae fut frappée par ce qu’elle lut dans ses yeux. Ce n’était pas la froideur du monarque, ni la distance du souverain. C’était quelque chose d’humain, de profond, de presque vulnérable. Elle y vit une douceur sincère, mêlée à une possession muette. Ce regard la fit frémir.
— Asseyez-vous, s’il vous plaît, lui dit-il doucement.
Elle s’exécuta, essayant de calmer les battements désordonnés de son cœur. Ernos reprit place derrière son bureau. Ses gestes étaient lents, mesurés. Idae remarqua à quel point il semblait fatigué : sa chemise ouverte à la gorge, ses manches retroussées, ses cheveux légèrement désordonnés. Il n’avait plus rien du Roi froid et impeccable. Il ressemblait à un homme, simplement. Et cette humanité nouvelle le rendait plus désarmant encore.
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Impéria [En Cours]
Roman d'amourAprès des siècles de chaos et de luttes, le continent africain connaît une nouvelle ère. La sorcellerie a été éradiquée, les royaumes se reforment et un jeune Roi prend place sur le trône. Mais le pouvoir, aussi imposant soit-il, ne peut effacer le...
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