Les bruits que faisaient les sabots du cheval avaient quelque chose d’apaisant. Idae se sentait chanceuse, presque privilégiée, de pouvoir monter sur un cheval pour la première fois. Le rythme régulier de la bête vibrait sous elle, résonnant jusque dans ses os. Pourtant, malgré ce moment qui aurait dû la combler de bonheur, son esprit refusait de se détendre.
Dans sa tête, elle aurait voulu galoper à toute vitesse à travers la forêt, sentir le vent fouetter son visage, voir ses cheveux se mêler à la brise, et rire enfin sans craindre d’être jugée ou punie. Elle voulait que cette course effrénée lui rappelle ce que c’était que d’être libre.
Mais la réalité était tout autre. La présence du Roi juste derrière elle annihilait toute sérénité. Elle sentait, à travers le fin tissu de sa robe, les pulsations calmes mais puissantes de son cœur contre son dos. Ses mains, grandes et rigides, retenaient les siennes pour lui montrer la direction, mais cette proximité la consumait. Elle se tenait droite comme un piquet, le corps figé, ne sachant que faire de son souffle. Cela sembla amuser le Souverain, qui savourait silencieusement la gêne qu’il lui inspirait — ou peut-être la trouvait-il simplement touchante ainsi, crispée et fière.
— Parlez-moi un peu de vous ! dit-il pour briser le silence, d’une voix plus douce qu’à l’accoutumée.
— Est-ce un ordre auquel je ne peux dire non ? rétorqua-t-elle sur la défensive, regrettant déjà d’avoir accepté de se jeter dans la gueule du loup.
Ernos tapota sa langue contre son palais, légèrement abasourdi par le ton qu’elle prenait avec lui. Il savait qu’il n’avait pas été tendre, mais il ne s’attendait pas à une méfiance si ancrée, presque instinctive.
— Idae… souffla-t-il simplement, en secouant la tête.
La jeune fille se raidit aussitôt. Entendre son prénom sortir de sa bouche provoqua en elle une réaction qu’elle ne comprit pas. Il l’avait prononcé lentement, presque tendrement, comme s’il s’en imprégnait. Un frisson parcourut son dos, une chaleur diffuse monta à sa nuque, et elle se fit violence pour que le cavalier derrière elle ne sente pas ses tremblements.
Troublée par ses propres réactions, elle préféra détourner son attention vers le paysage. Le soleil déclinait lentement, colorant la forêt d’or et de cuivre. L’air sentait la terre humide et les feuilles tombées, un parfum d’automne qui lui rappelait sa cabane d’enfance, loin du château et de ses murs oppressants.
Ernos, de son côté, cherchait les mots justes. Il voulait calmer ce feu qu’il avait lui-même allumé, réparer sans savoir comment. Il sentait la tension dans le dos de la jeune fille, cette armure invisible qu’elle portait dès qu’il parlait.
— Vous m’avez dit que je ne saurais vous connaître à travers les dires des autres, mais en vous côtoyant. C’est ce que j’essaie de faire, Mademoiselle.
— Pourrais-je savoir pour quelle raison insondable vous voulez mieux me connaître ? Cette situation est quelque peu grotesque. Je suis censée être prisonnière !
— Parce que vous êtes une personne vraie, répondit-il simplement. Vous savez, en tant que Roi, il est difficile de faire confiance. Certains envient mon pouvoir, d’autres ma richesse, d’autres encore mon trône. Rencontrer des gens comme vous… c’est peu commun.
Idae resta sans voix. Pour la première fois depuis leur rencontre, elle ne trouva rien à répliquer. Les mots du Roi, simples et sincères, lui serrèrent étrangement la poitrine.
Le cheval ralentit sa course et s’arrêta près d’un lac translucide. Le soleil couchant se reflétait sur l’eau comme sur un miroir d’ambre et d’or. La surface ondulait doucement, parsemée de feuilles mortes. Le vent se levait à peine, portant avec lui l’odeur de mousse et de pin.
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Impéria [En Cours]
RomanceAprès des siècles de chaos et de luttes, le continent africain connaît une nouvelle ère. La sorcellerie a été éradiquée, les royaumes se reforment et un jeune Roi prend place sur le trône. Mais le pouvoir, aussi imposant soit-il, ne peut effacer le...
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