CHAPITRE XVIII

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Après que le véhicule l’eut laissée sous la longue et large marche d’escalier, la jeune fille les gravit lentement, le cœur palpitant et le regard braqué sur l’entrée de ce château qui se dévoilait sous un nouveau jour. Le son de la musique effleurait ses oreilles bourdonnantes jusqu’à ce qu’elle immerge dans un autre univers.

Elle fut ébahie par la splendeur nouvelle de la pièce qu’elle n’avait aperçue qu’avec empressement lors de son escapade matinale, celle qui lui avait rendu sa liberté. Les lanternes donnaient des allures féeriques à la salle, les plateaux argentés chargés de mets ornaient les tables drapées de nappes couleur or, la musique était douce et apaisante, et d’innombrables sculptures de bois et de pierre remplaçaient le vide de chaque recoin. Une fontaine d’eau luminescente trônait au centre, diffusant des reflets mouvants qui donnaient à la pièce des allures de rêve. Idae trouva cela original, mais espéra que cette eau serait réutilisable — sinon, ce serait du gâchis.

Elle descendit lentement les marches, la tête haute, ignorant les regards inquisiteurs des invités qu’elle croisait. Évidemment. Même dans ce genre d’endroit sévissaient les comparaisons. Il fallait toujours que les femmes soient en perpétuelle compétition sur des choses futiles et superficielles : la beauté, la richesse, le rang.

Elle se posa à une table isolée et balaya la salle du regard, remarquant que la Reine Mère et le Roi n’étaient pas encore présents. Une serveuse interrompit son observation en lui offrant un breuvage qu’elle accepta poliment. Si seulement c’était Élion, elle se serait sentie moins seule.

Les invités, hommes comme femmes, venus des quatre coins du royaume, discutaient gaiement autour des tables, jetant parfois des regards furtifs vers le trône momentanément vide. Idae se demanda si le Roi connaissait toutes ces personnes venues célébrer son anniversaire. Lui, si hostile, si réservé… certainement pas. Il devait les connaître uniquement par devoir.

Soudain, la musique se tamisa, et la Reine fit son entrée. Élégante, éblouissante dans sa robe en pagne bordeaux parsemée de motifs jaunes. Idae resta figée devant tant de prestance. Elle fit une révérence, comme l’ensemble des invités, et attendit l’arrivée du Roi… qui ne vint pas.

— Ce serait bien lui de ne pas prendre part à une fête que d’autres ont organisé, marmonna-t-elle, mi-amusée, mi-exaspérée.

On apporta un micro à la Reine, qui resta debout, droite et majestueuse.

— Mesdames et Messieurs, je vous souhaite la bienvenue dans notre château, commença-t-elle d’une voix claire. Je vous remercie d’avoir fait ce long chemin pour participer à cet événement qui symbolise la longévité du souverain de ce royaume. Comme vous le savez, Ernos a été très tôt éloigné de moi, mais à présent, nous sommes de nouveau réunis afin de mener ensemble notre royaume vers une ère prospère, riche et paisible.

Elle fit une pause. Des murmures s’élevèrent parmi les invités. Idae observa la Reine qui, à un moment, posa brièvement les yeux sur elle. La jeune fille jurerait avoir vu son regard s’illuminer, mais balaya vite cette idée absurde lorsque la souveraine reprit :

— Cependant, ce soir, mon fils m’a fait une demande des plus inédites. En effet, le Roi ne fera pas d’entrée traditionnelle.

De nouveaux murmures se répandirent dans la salle. La Reine leva légèrement la main pour apaiser la curiosité générale.

— Le Roi Ernos est déjà parmi vous… de façon anonyme, déclara-t-elle, provoquant une vague d’étonnement et de chuchotements. Ce soir n’est pas seulement son anniversaire, mais également le soir où il choisira sa future épouse. Alors, mesdemoiselles, ne vous inquiétez pas. Peut-être viendra-t-il à vous, ou pas. J’ai seulement un conseil à vous donner : restez vous-mêmes. Et maintenant, profitez de la soirée.

ImpériaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant