Idae souffla lorsqu’Elion la laissa en l’encourageant de toutes ses forces. Elle doutait pour la première fois, elle se demandait si elle en était capable. Puis soudain, une petite voix dans sa tête lui intima de se reprendre. Elle toqua d’une manière sûre, et une voix glaciale lui ordonna d’entrer.
La rebelle s’engouffra dans le bureau luxueux du souverain. Elle ne put s’empêcher d’être éblouie par le haut standing de cette pièce, même si les couleurs sombres, reflets de la personnalité de son propriétaire, donnaient un peu froid dans le dos. En parlant de dos, Ernos lui tournait le sien, observant l’horizon comme à son habitude, les bras croisés derrière lui. Idae ne put s’empêcher de remarquer qu’il ne s’offusquait pas qu’on pénètre dans ses appartements de la sorte. Et une partie d’elle se demanda à quoi il pouvait bien penser.
— Que me vaut l’honneur de votre visite, Mademoiselle Idae ? dit Ernos en se retournant.
Idae, surprise, passa une main dans ses cheveux qui avaient désespérément besoin d’être lavés, nota-t-elle intérieurement.
— Comment avez-vous su que c’était moi ?
Il l’observa un instant de la manière la plus intense qu’Idae n’ait jamais connue jusqu’ici. Elle vit même sa bouche frémir d’un léger sourire, qui fana avant même d’éclairer son visage de marbre.
— Je suis le Roi, finit-il par répondre. Je sais tout ce qui se passe dans mon château.
Elle acquiesça, trouvant ça logique, même si une partie d’elle frissonna. Pourtant, Ernos avait simplement reconnu sa démarche boitante — elle portait encore un seul pied de chaussure.
— Je suis ici car j’ai réfléchi à votre proposition.
Elle se stoppa un instant, comme si elle luttait contre elle-même.
Ernos vit l’indécision se refléter dans ses yeux, et ses lèvres torturées par ses dents lui indiquaient que le combat dans sa tête était intense. Il l’invita donc à continuer, montrant clairement son impatience… ou peut-être son envie de la savoir enfin à ses côtés.
— J’accepte votre proposition, déclara-t-elle enfin, comme si cela lui coûtait toute sa fierté. Que devrais-je faire pour vous ?
Ernos s’assit nonchalamment sur son fauteuil vert, l’analysant longuement de son regard sombre. Idae, mal à l’aise, essayait tout de même de garder la face en ne flanchant pas.
— Vous devriez juste être à ma disposition. À partir d’aujourd’hui, vous êtes la seule qui s’occupera de tout ce qui m’incombe. Mon dîner, mon ménage… Si je veux que vous m’accompagniez, vous le ferez sans rechigner. En gros, vous ferez tout ce que je voudrais sans discuter, dit Ernos d’une voix naturelle, presque indifférente.
Mais pour Idae, ces mots résonnaient comme une sentence. Elle avait l’impression de vivre son pire cauchemar.
La jeune fille croisa les bras sur sa poitrine, un réflexe de défense. Elle n’aimait pas être vulnérable, ni sentir qu’on décidait pour elle. Et surtout, elle se demandait jusqu’où les ordres du Roi iraient. Elle ferait tout ce qu’il voudrait, oui… tant que son honneur restait intact.
Ernos suivit son geste et comprit exactement ce à quoi elle pensait. Une colère noire l’engloba, refroidissant son visage ainsi que toute la pièce. Comment pouvait-elle imaginer qu’il pourrait abuser de son pouvoir jusqu’à ce point ? Se questionna-t-il intérieurement, outré. Ernos n’avait jamais forcé aucune femme à partager sa couche.
— Dites-moi tout de suite à quoi vous pensez, ordonna-t-il d’un ton noir, s’approchant d’elle avec empressement.
Idae refusa de répondre et recula à mesure qu’il avançait, jusqu’à être bloquée par une étagère. Ce sujet était bien trop gênant. Elle ne voulait pas en parler… encore moins avec lui.
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Impéria
RomanceAprès des siècles de chaos et de luttes, le continent africain connaît une nouvelle ère. La sorcellerie a été éradiquée, les royaumes se reforment et un jeune Roi prend place sur le trône. Mais le pouvoir, aussi imposant soit-il, ne peut effacer le...
