CHAPITRE XVII

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Idae était rentrée chez elle et avait trouvé sa mère rayonnante, le visage illuminé d’une fierté qu’elle n’avait presque jamais vue. La lumière du jour caressait ses traits, rendant cette scène encore plus irréelle.

Elle avait fait bonne impression au château, au point où la Reine elle-même lui avait adressé une invitation. Une marque d’attention inattendue, presque inconcevable, qui aurait pu flatter n’importe qui.
Mais pour Idae, cela ne provoquait qu’un mélange complexe de malaise et d’incrédulité. Son cœur battait trop fort pour qu’elle puisse s’en réjouir.

La jeune fille se contenta d’un sourire de façade, fragile et soigneusement construit, pour ne pas inquiéter sa mère. Elle n’avait pas besoin de montrer ses émotions, surtout pas la peur ou l’angoisse qui lui serraient la poitrine avec la rigueur d’une main invisible. Sa mère ignorait tout du vrai vécu d’Idae dans cette bâtisse royale : les regards froids, les couloirs silencieux, la tension constante dans l’air… et l’éveil de quelque chose d’inexplicable, de sombre, qui semblait avoir pris racine en elle.

Parfois, elle sentait encore le poids de ce regard sur sa peau. Le sien. Celui du Roi.

Et à chaque souvenir, une étrange chaleur montait en elle, mêlée de dégoût et d’un trouble qu’elle n’osait pas nommer.

Cette nuit-là, elle se coucha le cœur lourd.
Un poids inhabituel.

Ce n’était pas dans ses habitudes. Idae n’avait jamais craint aucune situation. Même face au danger, elle savait qu’il existait toujours une solution, même si les choses ne se déroulaient pas comme elle l’aurait souhaité. Mais depuis sa captivité au château, quelque chose en elle avait changé.

Une ombre l’habitait.
Un fragment de peur s’était installé dans ses entrailles, discret mais persistant. Une peur qui ne portait pas de nom, mais qui se nourrissait de son silence.

Elle ferma les yeux, tenta d’éloigner cette présence invisible, cette impression que le vent lui-même chuchotait des mots venus d’un autre monde. Malgré ses tourments, elle s’obligea à dormir. Il le fallait. La journée qui l’attendait serait incertaine, et elle devait en garder les forces. Dormir était devenu un acte de survie autant qu’un répit.

Le lendemain, dès les premiers chants du coq et le murmure des oiseaux, Idae se leva le visage tiré et les traits creusés par la fatigue. La pâleur de sa peau contrastait avec la lumière dorée du matin.

Elle avait passé une nuit agitée à imaginer mille scénarios possibles : l’invitation, le bal, les regards, la peur d’être reconnue…
Et même un cauchemar — le même, encore — l’avait poursuivie : celui d’un feu immense, d’un cri dans la nuit, et d’une voix murmurant des paroles qu’elle avait déjà entendues.

Sa gorge s’était serrée à son réveil, l’angoisse lui collant encore à la peau. Pour contrer cette peur, elle se souvenait du conseil d’Élion : s’amuser, se laisser aller à la légèreté, même au milieu de l’incertitude.
Alors elle tenta d’y croire, ne serait-ce qu’un instant.

La matinée s’écoula rapidement, presque cruellement, comme si le temps s’amusait à la précipiter vers son destin. Idae n’avait pas envie de quitter sa chambre. Elle observait le soleil grimper dans le ciel, chaque rayon lui rappelant que le soir approchait.
Heureusement, sa mère veillait à ce qu’elle se repose et qu’elle ait le visage frais et reposé pour la soirée.
La fête ne commencerait qu’au coucher du soleil, et Idae savait déjà qu’Élion viendrait la préparer — comme toujours, avec douceur et rigueur.

Et comme si le destin avait entendu ses pensées, le cri de sa mère retentit dans le couloir :
— Élion est arrivée !

Idae sentit une pointe d’adrénaline lui remonter dans le ventre.
Elle appela à son tour pour qu’on la fasse entrer dans sa chambre. Mais derrière cette demande se cachait un stratagème : elle voulait empêcher sa famille de voir les traces de ses inquiétudes, les cernes sous ses yeux, les ombres de ses pensées. Elle attrapa un coussin et le plaqua contre son visage, comme un rempart dérisoire contre le monde extérieur.

Impéria [En Cours]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant