24-RUE

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Mercredi 5 novembre, 22h37:

Encore dans le salon à attendre que ma mère rentre de son service, je remarque que mon petit frère est désormais dans un sommeil profond, allongé sur le canapé.

Ces derniers temps, il a du mal à dormir dans sa chambre et j'ignore pourquoi. Il refuse d'être tout seul alors je reste avec lui jusqu'à ce qu'il s'endorme. Ce n'est pas comme si ça me changeait grand chose de toute façon. Plus les jours passent, plus je deviens insomniaque. Mes pensées me tiennent éveillées et mes cauchemars aussi, au point où je commence à m'endormir en cours et même pendant les évaluations tellement je tombe de fatigue.

Je porte Max jusque dans sa chambre et le pose dans son lit, en prenant soin de ne pas le réveiller et rabat sa couette jusqu'à son menton. Je n'oublie pas de laisser sa veilleuse allumée. Ça m'étonne qu'il ait gardé ce calamar toute la soirée, en ce moment il ne le quitte plus jusqu'à l'emmener à l'école.

Quittant la chambre, je redescends au rez-de chaussé et ouvre la baie-vitrée pour m'installer dans le canapé et fumer une cigarette. Le sevrage de l'herbe que je consommais se passe mieux que je ne l'aurais cru. Finalement, je n'étais pas si dépendant donc c'est un peu pénible mais supportable.

Je profite de ce moment de tranquillité pour appeler Alex. Ça fait un moment qu'on ne s'est pas vraiment donné de nouvelles et avec tout ce qu'il s'est passé ces derniers jours, j'avoue ne plus y avoir pensé. Alors je ne perds pas plus de temps et l'appelle. Au début, j'ai peur qu'il ne me réponde pas parce qu'il est un peu tard et qu'on est en milieu de semaine. Mais très vite, mes doutes se dissipent quand j'entends sa voix à l'autre bout du fil.

"- Alors ma pétasse, les nouvelles sont bonnes j'espère pour que tu daigne m'appeler ce soir"

- Salut Alex. Désolé de ne pas avoir appelé plus tôt mais il s'est passé pas mal de choses ces derniers jours.

"- Comment ça?"

J'entends au ton de sa voix qu'il a perdu sa légèreté habituelle pour laisser place à un sérieux presque déconcertant. Il sait toujours être sérieux et abandonner son comique lorsque j'en ai besoin, comme s'il le savait avant moi. Il est mon meilleur ami depuis plusieurs années maintenant et j'avais pour habitude de tout lui raconter avant, même si ça m'a pris du temps de réussir à me confier à quelqu'un.

Aujourd'hui, il est le seul en qui je fais autant confiance. Alors je lui raconte tout. La soirée d'halloween et l'incident de cette soirée, le comportement de ma mère et de mon petit frère, ma dette envers Donovan et le problème de Luna que j'ai découvert il y a quelques heures. Je lui parle surtout d'elle, de mon inquiétude vis à vis de la situation.

"- Ça m'a l'air délicat comme situation."

- Mais je ne peux pas rester à rien faire. Je veux dire, il faut qu'on en parle ou qu'on agisse!

"- Ecoutes-moi, mon pote. Je sais que tu veux l'aider mais tu ne peux pas choisir à sa place de quoi faire. C'est à elle de choisir quand elle sera prête à en parler. Parce que si tu le fais à sa place, elle risque de mal le prendre. Alors avant de faire quoi que ce soit, tu devrais d'abord en parler avec elle."

- Ouais mais...C'est juste que ça me bouffe de la voir se briser de plus en plus comme ça et de ne rien pouvoir faire, lâchais-je. Si jamais il lui arrivait quelque chose je...

Mais je n'arrive pas à finir ma phrase, la laissant en suspens. Mon meilleur ami ne répond pas de suite.

"- Alors tu l'aime vraiment, hein."

Sa réponse me prend de court. Aimer est un bien grand mot, je l'ai toujours pensé. Avoir des sentiments pour quelqu'un, c'est déjà quelque chose de fort. Aimer quelqu'un, ça dépasse les sentiments car c'est plus fort, plus concret. C'est là sans qu'on ne puisse rien y faire, on ne peut pas l'ignorer ou l'étouffer.

DAMAGED Des histoires addictives. Découvrez maintenant