25- RUE

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Elle m'a embrassée.

Je l'ai embrassée.

J'étais comme dans un autre monde. Tout le reste de la journée, comme déboussolé. Alex s'est mis à me charrier lorsque nous sommes rentrés chez moi. Il avait au moins attendu qu'on ne soit que tous les deux pour le faire.

- En tout cas, maintenant je peux l'affirmer. Il n'y a qu'avec cette fille que je te vois avec ce regard.

- Quel regard? m'enquis-je.

- Un regard vivant. Ça change de celui que tu arborais depuis un moment, un morne et éteint. Et je suis heureux pour toi, sincèrement.

Je ne peux m'empêcher de sourire, presque gêné par ses dires, le trouvant un peu dans l'excès. On était tous les deux chez moi, à passer la soirée avec Max. J'avais oublié à quel point mon meilleur ami et lui étaient complices. Et ça faisait du bien à mon petit frère d'avoir un peu plus de gaieté dans cette maison tout comme ça me faisait du bien de le voir heureux. Ces derniers temps, il se renferme sur lui-même et ça m'inquiète.

Un peu plus tard, vers vingt-et-une heures trente, il était temps pour Maxime d'aller dormir. Il tenait à ce que ce soit Alex qui le borde, comme c'était rare qu'il soit présent maintenant. Et dire qu'il y a quelques mois encore, Alex s'incrustait régulièrement chez nous comme s'il faisait partie de la famille. En tout cas, il fait partie de celle que j'ai choisie.

Pendant ce temps, je débarrassais le salon de tout ce qu'on avait laissé de notre repas du soir. A peine arrivé dans la cuisine, la porte d'entrée s'ouvre sur ma mère. Ses traits sont tirés par la fatigue. Elle est encore dans sa tenue de travail, dépose son sac avec nonchalance et s'avance jusqu'à moi dès qu'elle me voit.

- T'as encore séché les cours? me dit-elle d'un ton cinglant.

- Ecoutes, cette foi-

- Je t'ai dit de te concentrer sur tes études! Ta punition ne t'a pas suffit?! me coupe-t-elle agressivement.

J'entends la porte de chambre de Max s'ouvrir. Et je prie de toutes mes forces qu'elle n'osera rien faire devant Alex. Je me rassure en me disant qu'elle n'est pas comme mon géniteur, qu'il n'y a pas de risque. Mais il y a toujours une chance, aussi infime soit-elle. Pourtant, elle s'était calmée ces derniers jours.

- Espèce de petit con! Sa main s'abat sur ma joue. T'es qu'un gamin insolent qui n'as aucune éducation! Son autre main me pousse à l'épaule avec haine.

Je suis terrifié, humilié par la honte qu'elle vient de me faire subir. Ce n'est pas ma mère. Elle ne ferait jamais ça. C'est impossible.

Elle perd un peu l'équilibre face à moi et je dépose de suite ce que je tenais dans les mains pour la rattraper et la soutenir.

- Maman... dis-je d'une voix tremblante.

- Laisses-moi putain, ça va.

Elle se débat, me forçant à la lâcher. Je m'écarte de deux petits pas en arrière, les larmes aux yeux et je déteste ressentir quelque chose à cet instant précis. Mon cœur tambourine de toutes ses forces. Je scrute son visage avec douleur, à la recherche d'une quelconque preuve qu'elle est sous l'influence d'une substance. Comme toujours, la colère émerge, se mêlant au reste.

- T'as encore pris quelque chose? C'était quoi cette fois? Des cachets? De l'alcool? Ou peut-être un mélange des deux que tu t'es amusée à faire, déclarais-je avec plus de véhémence.

- Mêles-toi de ce qui te regarde. Tu devrais plutôt t'occuper de ne pas rater ta vie.

- Parce que tu crois que ça donne envie quand je te vois comme ça? Je passe mon temps à m'occuper de la tienne!

DAMAGED Des histoires addictives. Découvrez maintenant