Yeux azurs

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Je n'ai eu qu'un seul frère
Mais bon il a fallu qu'il rêve
Je n'ai eu qu'un seul frère
Mais bon il a fallu qu'il crève

Comme un chat de gouttière
Persécuté par un camion
Piqué par la fourrière
Percuté par un ganglion

Puanteur agrafée
Aux temps d'agonie, seul butin
D'une mort balafrée
Quittant cette vie de putain

Tout cela l'a buté
Vidé de son sang, de ses tripes
Fourmis grouillant, mutées
Grisées sont leurs sens, leurs griffes

J'ai bien trop entendu :
« Il est parti dans une paix... »
« Il était détendu... »
« La mort ? Il lui a rit au nez ! »

Ces beaux discours de bien
Ce tissu cousu de malin
Il est mort comme un chien
Un battu, juste un moins que rien

La pire des souffrances
Dévoré, sans l'avoir mandé
La douce délivrance
Qu'il n'aurait jamais demandé

Un putain de pigeon
Sans sa faculté de voler
Un début de bourgeon
Qui avant d'éclore a gelé

Ce texte quel désastre
Raconter ça sur sa figure
J'ai beau fixer les astres
Savoir tout ça, c'est la torture

Ce texte quel massacre
Qui vaut pourtant mieux que le sien
J'ai beau chercher son sacre
Je ne vois pourtant que le chien

Son souffle, ses pupilles
Teintées d'un beau noir sépulcral
Quelques verts dans ces billes
Brûlant dans l'horizon spectral

Quelle saloperie
Que de voir des yeux disparaître
Derrière un voile d'horrible
Bleu azur, et la vie s'arrête

Son corps plus ne bougeait
Depuis un bon moment déjà
Mais horreur : il hurlait
Que bordel, la vie était là

L'attente qu'il périsse
M'aura laissé seul avec lui
Priant pour qu'il guérisse
Et pleurant ses larmes pour lui

Dans un dernier combat
Bercé dans ses yeux grands ouverts
Dans l'ultime coma
Percé court par son adversaire

Alors, gisant damné
L'ingénu criblé des ratures
Plus jamais ramené
Qui vécut jusqu'aux yeux azurs

PoésieOù les histoires vivent. Découvrez maintenant