L'ancêtre solitaire

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Je suis un homme qui, naguère,

Voyageait en solitaire,

Parmi la multitude de bribes solaires

Qui apportaient vie au Sud de la Terre.

Mais après la Secousse vint le Malheur

Et le Malheur engendra la guerre.

La tare s'emballa de même heure,

Emportant les enfants comme leur mère.

Moi ? Je suis au ban des tribus.

Je parviens à survivre et tous les jours chasse,

Des heures, tapi, attendant le moment venu

Pour enfin apercevoir la proie que je suivais à la trace.

Mon nom ? Je l'oubliai il y a fort longtemps,

Bien avant la Secousse, avant la Neige Grise.

J'étais petit, les choses semblaient plus exquises,

Le monde plus beau, les gibiers plus imposants.

Après la Secousse, des hommes discutèrent de récits

Sur les Flammes Titanesques, le Grand Fracas des Dieux,

L'Orage Noir, les Ruisseaux de Feu ainsi que les frères occis.

Moi ? Je vis le Soleil s'éteindre, les animaux anxieux.

J'étais petit, ma famille et moi étions loin de tout cela.

Ainsi, quand le Grand Feu de la Montagne s'éveilla,

Nous n'aperçûmes rien dans un premier temps,

Il y eut la Secousse, le Bruit, un parfum entêtant

De feu de forêt, de brûlé, de fumée, de cendre.

Quelques personnes s'affolèrent au village :

Les Dieux en cette journée ne semblèrent point sages.

Il n'en fallut pas plus aux plus jeunes pour prétendre

Que leur courroux remontait des profondeurs,

Afin de punir la race humaine de ses erreurs.

Enfin, les retombées tuèrent les locuteurs,

Comme leur famille, ce fut le début du Malheur.

Je fus chassé promptement du village

Quand, par erreur, on m'accorda pillage.

On ne me confia qu'un baluchon,

Des céréales, quelques fruits ainsi que du poisson.

Les fruits périmèrent avant que je puisse m'en délecter,

Le poisson quant à lui me sembla avarié.

Je jetai tout, hormis les céréales vitales,

Je priai les Dieux pour m'apporter la victoire totale :

Survivre et ainsi venger mon honneur,

Malgré les doutes, malgré le Malheur.

Le reste ? Je l'ai oublié, mais j'ai survécu.

La survie et le manque oblige à ne conserver que l'essentiel,

Ainsi, la mémoire fait bizarrement office de seconde recrue,

N'emmagasinant que quelques habitudes de survie perpétuelles.

Bref, me voilà par ce jour nouveau dans le blizzard.

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