Puits

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Je n'ai plus de souvenirs, plus de sentiments
Du temps des soupirs et du maniement
Des faux sourires comme vêtements

Je suis sous-vide.

Loin des démons suréquipés
Qui d'un sermon m'auraient étripés.

Ils sont livides,

Blêmes car j'ai moins de problèmes,
J'ai su donner valeur à mon emblème.

Je suis coyote, ils sont carouges,
Je suis cow-boy, ils sont peaux-rouges.
Depuis mon dernier recueil
Je n'ai plus vraiment d'écueil
J'ai fait germer la graine en fleur naine
J'ai transformé peine et peur en haine,

Et si mille fois son esprit m'a pisté
Ma foi je n'en suis plus attristé.

Mais comment faire un spectacle sans mannequins ?
Une commedia sans Arlequin
Un océan sans ses requins.

Je m'en suis débarrasser.
Qui te reste-t-il à harasser
Quand tes démons t'ont embrassé ?

Une plante sans son terreau
Ou un gamin sans son héros
J'ai brûlé Rome et Nero
Les musiciens, leurs sombreros :
Je ne sais plus quoi regarder.

Je sais que le silence m'attend
Car la tristesse ne dure qu'un temps,
J'ai déjà dépassé vingt ans.

J'apprends la vie à des soixantenaires
Et sur une ligne écrite en ternaire
Je porte la rage d'une panthère.

Mais moins je souffre, moins bien j'écris
Car j'oublie la teneur de mes cris
Et seul ma colère je décris

Je cours après mon passé, depuis,
Tout couvert de crasse et de suie
N'ayant plus de place à la cave
Je jetterai son corps dans un puits
Je dégusterai la rave
Et mâcherai le sang de son fruit
Il me servira d'usufruit,
Guérira les démons, les craves,
Incarnera cette eau qui m'instruit
Permettant que mon mal s'aggrave.

PoésieOù les histoires vivent. Découvrez maintenant